Jacques Gautrand : notre imagine-ère

08 05 2008

Invité du blogabonnel, le journaliste et écrivain Jacques Gautrand, d'origine catalane (illibérien) et vivant à Paris. Son point de vue :

        Comprendre notre imagine-ère 

 

    Les Aborigènes d’Australie ont une conception du monde différente de la nôtre. Ils pensent que rien d’important n’arrive au quotidien s’il n’advient pas d’abord dans le rêve. Dans leur culture ancestrale,  le « Dreamtime » préexiste à ce que nous appelons le monde réel et en détermine tous les éléments. Une femme n’aura pas d’enfant tant qu’elle n’aura pas rêvé de son futur enfant… Le « Dreamtime » abrite et englobe toutes les forces de la création, ainsi que les ancêtres, les grands mythes fondateurs, les totems qui déterminent les lignées, les clans…

Notre civilisation rationaliste et hyper technicienne paraît à des années lumières de cette conception du monde. Et pourtant… Je crois que ce que j’appelle notre « imagine-ère » a des similitudes avec le « Dreamtime».

Depuis l’invention du cinéma, puis de la télévision et du multimédia avec la fabuleuse expansion du système planétaire des médias et des écrans, nous sommes immergés dans un monde imaginaire (= faits d’images, de signes et de représentations) qui façonne et métamorphose la vie réelle. Au point de faire oublier l’artifice.

A la fois miroir et loupe de notre modernité, le système des médias et des écrans a le pouvoir extraordinaire de nous projeter et de nous enrôler instantanément dans un univers qui n’est pas une simple « reproduction» du réel (au sens où l’étaient jadis les images d’Epinal) mais une véritable augmentation, une extension continue de la réalité.

Un monde sans limites, plus attrayant que le vrai …et qui finit par nous paraître plus vrai que le vrai !

C’est notre utopie moderne (étymologiquement = non lieu) incarnée sous nos yeux, hic et nunc, par la magie des images électroniques. Voir le succès de Second Life.

Nos technologies audiovisuelles sont devenues tellement sophistiquées qu’elles réalisent une hybridation entre le réel et l’artificiel; qu’elles brouillent les repères traditionnels entre ce qui relève de la réalité et de sa représentation, de sa mise en images.

Diffusant, avec une puissance sans précédent comportements et styles de vie, modèles et archétypes, le système des médias et des écrans est devenu le principal agent de socialisation : par identification, projection et mimétisme. Depuis deux décennies, nos enfants passent plus de temps devant les écrans qu’à l’école…

Nous abordons le monde et les autres à travers les représentations que nous nous en faisons. Or désormais ces représentations se nourrissent principalement de l’imaginaire collectif produit à jet continu par le système des médias. D’où la force des images, des modèles, des icônes populaires, des stéréotypes et la fascination des mondes virtuels dès les plus jeunes années.

Recyclant en permanence les événements heureux et malheureux de la planète, le passé et le présent, mêlant information et fiction, actualité et spectacle, explication et divertissement, révélations et sensationnel, stimulant nos désirs comme nos peurs, ce système comble en tout être humain son besoin invétéré d’admiration et d’adoration. 

L’univers merveilleux des écrans nous console des limites de notre vie de simples mortels. Il nous fait vivre par empathie ou par procuration la vie des autres, anonymes ou célèbres.  Il nous rend instantanément familier de l’intimité des grands et des puissants de ce monde, comme des populations les plus lointaines, dans leurs joies ou leurs drames. C’est pourquoi il est selon moi le seul vrai rival des religions et des grandes idéologies en déclin : c’est  la principale force qui rassemble et qui relie les hommes autour de l’autel lumineux des images.

On remarquera qu’à une époque d’individualisme exacerbé, le système des médias et des écrans crée du collectif et de l’universel en rassemblant les peuples autour de grands événements à portée planétaire. Il fait naître d’immenses « communautés d’émotion » autour de personnalités ou de moments emblématiques (Chute du mur de Berlin, mort de Diana, attentats terroristes, otages exécutés ou libérés, Mundial, J.O., etc.)

Le système des médias et des écrans est aussi le plus puissant moteur de la consommation de masse en répandant à l’échelle du monde le désir mimétique pour de nombreux produits et références. Modes vestimentaires, objets cultes, pratiques alimentaires, sportives, esthétiques, loisirs… se « globalisent » rapidement via le réseau des médias. Internet, en particulier, se révèle une caisse d’amplification et un accélérateur d’une puissance inégalée.

Marketing,  publicité, films, séries TV, clips, blogs, Peoples et star-system, entertainment et sport-business…exacerbent sous toutes les latitudes l’envie d'accéder aux signes extérieurs du "bien-être", aux objets à forte valeur ajoutée symbolique qui sont les signes distinctifs de l’univers merveilleux des écrans.

Au fur et à mesure que le niveau de vie augmente, la consommation s’oriente vers des produits à forte charge symbolique. On n’achète pas seulement une valeur d’usage, mais une valeur d’image : on n’achète pas un yaourt mais une promesse de santé et  de forme ; on n’achète pas un savon mais une promesse d’esthétique ou de jouvence; on n’achète pas un véhicule mais un style de vie… On n’achète pas qu’un bien mais aussi du lien social. C’est pourquoi la consommation d’objets « relationnels » explose : mobiles, portables, multimédia, GPS, etc.

Autant notre époque est matérialiste et hyper technicienne, autant on constate dans les comportements, les aspirations et les paroles des gens un retour en force de la pensée magique (voir, entre autres, le succès de « Da Vinci Code » ou de « Harry Potter »).

Dans ce contexte, n’en déplaise aux « No logos !», si les marques conservent une grande puissance de séduction, c’est parce qu’elles ne se réduisent pas à une étiquette, à un « label », mais parce qu’elles promettent l’accès à un univers en soi, porteur d’imaginaire et de merveilleux. Les marques orchestrent la liturgie laïque de nos aspirations profondes au bonheur, à la rencontre de l‘autre, à l’amour, à la considération, à l'empathie fusionnelle, au paradis perdu... Agents de " reliance " et de reconnaissance, elles sont des signes d’appartenance, elles cimentent des communautés d'émotions, des " tribus " d’initiés, de fans clubs, de " Gentils Membres " du Village mondial…

Dans leur fonctionnement et leurs stratégies, les entreprises doivent tenir compte de l’importance des imaginaires et de la puissance des représentations collectives. Mais pas simplement comme technique promotionnelle ou aubaine publicitaire.

Quelle est la charge symbolique des biens et des services qu’elles proposent ? De quelles représentations sont-ils porteurs ? 

           De même, dans les valeurs qu’elles affichent comme dans leurs styles et méthodes de management, les entreprises ont intérêt à prendre au sérieux les imaginaires collectifs ; à être davantage en résonance avec les attentes et les aspirations sociétales que recèlent ou révèlent les multiples expressions de notre « imagine-ère ». Et surtout ne pas croire que les effets d’annonce ou les prouesses du marketing  suffisent. Attention aux promesses qui s’écrasent sur le mur du quotidien lorsque on éteint les écrans.

 

* Jacques Gautrand est journaliste et consultant. Il est l’auteur de « L’Empire des écrans » (éditions le Pré aux Clercs). Il peut animer des conférences-débats ou des séminaires sur ces thématiques.

Retrouvez Jacques Gautrand sur www.consulendo.com




Portugal de la Révolution des Oeillets : 34 ans déjà..!

08 05 2008

 

Portugal du 24 avril 1974 : LA PAROLE DES MURS          

 

            (Texte écrit au Portugal en avril 1974 et publié dans la revue Expressions méditerranéennes, n°8, hiver 1976, Perpignan – Non revu pour la présente publication - D’autres reportages sur ce sujet ont été publiés dans Méditerriennes, avril 2008. – J.P.Bonnel)

 

           Au Portugal, les murs, s'ils ont des oreilles, celles de la Social-Démocratie, de la C.I.A. et autres O.T.A.N., ont surtout de larges bouches à témoigner de l'histoire. L'imagination des façades qui avait éclaté un certain mois de 1968, déjà clas­sé dans les archives des historiens-fossoyeurs, déjà belle dormante au bois des mémoires, déjà mythologique, donne à voir, au pays des oeillets rouges, une vaste chorégraphie de couleurs, un immense poème témoin d'une révolution permanente qui s'accroche à la vie et qui refuse de sombrer dans l'électoralisme des uns et dans la bureaucra­tie des autres.

     Les affiches, dessins, posters, slogans qui couvrent les villes et les campagnes et qui font entendre une parole "pluraliste", plurielle, ont plus qu'une valeur historique, sociologique ou sé­miologique. Ils renseignent d'abord sur la géo­graphie politique du Portugal - on peut dire mê­me : sur la "topographie" politique, tellement ces signes, ces graphismes, font corps avec la terre lusitanienne, tels ces slogans et sigles peints sur le bitume.

     En effet, cette parole disséminée en formules de lutte, d'espoir, de revendication ou de simple prosélytisme, délimite dans le pays l'influence plus ou moins grande des différents partis politi­ques. C'est ainsi que les affiches et les initia­les "P.C." du Parti Communiste se rencontrent principalement dans les zones urbaines et surtout à Lisbonne, lieux où le parti d'Alvaro Cunhal est le mieux implanté. Dans les zones agricoles, le Sud, en particulier la région de l'Alentejo, où les ouvriers agricoles sont nombreux et ne possè­dent pas, comme les paysans du Nord, leur petite propriété, qui voit fleurir les anciens "vota P.C.P." électoraux ainsi que le symbole de la faucille et du marteau croisés. L'extrême gauche, elle aussi, n'a d'implantation réelle que dans 1es ban1ieues ouvriêres et les sigles du "MRPP", du "MES", du "PRP-BR" (Brigades Révolutionnaires, re­devenues clandestines depuis la constitution du dernier gouvernement "modéré"), tapissent les murs des principales villes du Portugal : Porto, Lisbonne, Coïmbra, Sétubal...

     En revanche, le parti socialiste s'impose par le fourmillement de son sigle "P.S." : c'est in­contestablement le parti le plus "impérialiste", géographiquement parlant. Il est présent partout. A propos du sigle: "P.S.", il faut remarquer au passage l'aspect ludique et créatif de cette ba­taille pour l'occupation scripturale et graphique du territoire mural. Ainsi, les adversaires du parti socialiste ont ajoutés au "SR des initiales "P.S." deux barres obliques, symbolisant ainsi le dollar. Ils veulent montrer, par ce détour­nement du' message originel, que le parti de Mario Soarès puise son idéologie dans le monde capita1is te occidental, que c'est une organisation conser­vatrice, réactionnaire... Géographiquement, l'af­fichage et le "bombage" socialistes ont une gran­de ampleur dans les campagnes, dans la région du Nord (Tra-os-montes) agricole et croyant, à Porto surtout, en ce qui concerne les villes, cette implantation ressemble étrangement... à celle du "Parti Populaire Démocratique" (PPD), dont les affiches prônent sans ambiguïté la Social-Démo­cratie.

     Les organisations de droite (le "CDS" princi­palement) et d'extrême droite (Fascistes et Monar­chistes) égrennent leurs slogans de façon diffi­cilement cernab1e. Cependant, on les trouve surtout dans les localités où le Clergé portugais exerce une grande influence sur la population ru­rale.

L'analyse des affiches des partis politiques portugais est encore enrichissante si on considè­re les sujets et les individus que ces photogra­phies véhiculent. Ainsi, les communistes montrent des gens du peuple (ouvriers, commerçants, fem­mes, jeunes), souriants, fraternels. La scène, les portraits sont rassurants avant tout : pas de violence mais au contraire une image de la vie simple, image si étudiée qu'elle irrite par sa démagogie manifeste. Il ne faut pas choquer : la photo est traditionnelle. C'est Epina1 au Portugal des communistes.  Le parti socialiste, lui, se contente d'arborer des attitudes et des gros plans de son leader. C'est le culte de la personnalité: on exploite la popularité tissée de compromis-compromissions du tribun pour rallier encore des sympathisants, à droite (surtout) et à gauche, en jouant sur l'anticommunisme. Le peuple est absent de ces icônes ; seul Soarês est présenté, de façon évi­dente, comme futur chef de l'état portugais, com­me président d'une "démocratie libérale avancée".

 

   L'Extrême-gauche uti1ise, quant à elle, sur­tout les représentations de foules en mouvement, en train de manifester, ou bien des affiches plus abstraites, plus théoriques, où la plus grande initiative est laissée aux mots. Les nuances signifiantes de cette branche de plus en plus dominante de la communication qu'est l'écriture murale où par1erie et imagerie se mê­lent intimement, ne sont pas à dissocier du domai­ne esthétique. Si le message politique mural est destiné à convaincre sans détours, il est souvent l'occasion d'une recherche picturale. On peut af­firrnçr sans crainte que la production révolution­ naire murale au Portugal a été, pour l'instant d'une bien pauvre originalité. On est bien loin des vastes fresques mexicaines d'un Siquieros, ou des peintures révolutionnaires sur les murs chi­liens, par exemple. Seule, une immense peinture du parti communiste, couvrant sur une dizaine de IlIètres tout un pan de mur dans une artère de Coimbra, présente un réel intérêt. Mais l'imagi­naire révolutionnaire demeure naif, caricatural : on a l'impression de se trouver devant un graphis­me enfantin. De petits personnages peints en cou­leurs primaires très voyantes tiennent les objets caractéristiques de leur appartenance sociale (le marteau, le fusil, la faucille...). L'Extrême­ gauche (marxiste-léniniste) et les comités ou­vriers de base présentent un déroulement graphique  d'où jaillissent des drapeaux et les protago­nistes de la révolution portugaise : le soldat, le marin, l'ouvrier, et le paysan, poings tendus et visages durs. Les lieux communs, les archéty­pes de la révolution sont là, s'inspirant à la fois du Guévarisme et de la Révolution d'Octobre.

 

      Et le M.F.A., dans tout ce1a ? Le mouvement des Forces armées est, lui, le mouvement politi­que matérialisé par les affiches et les slogans de la manière la plus discrète, la plus anodine. Seul, le célèbre oeillet rouge, témoigne de sa présence. En outre, les affiches du M.F.A. sont très rares, occultées par toutes les autres. Par cette modeste présence méme, le M.F.A. apparaît comme l'organisation officielle, la seule qui tienne les rênes du pouvoir. Cette absence de pro­pagande, cette assurance, montrent qu'il est le seul véritable maître de la situation et que les autres organisations politiques devront s'en sou­venir avant de tenter quoi que ce soit.

    En face de cette discrète "parole" de l'armée, le défoulement verbal et graphique, le pu1u11ement fébrile des slogans et des affiches, le flot vio­lent du discours politique, révolutionnaire ou conservateur, la production polymorphe (expres­sions artistiques ou messages de propagande) nés le 25 Avril 1974, révèlent, qu'au Portugal, la parole est bien vivace et libre. Mais aussi, ils témoignent des faiblesses d'une révolution empor­tée vers un avenir sombre; ils montrent que les diverses organisations qui soutiennent vraiment ou qui prétendent soutenir les acquis de cette ré­volution, ont enfanté une parole pulvérisée en prônant leur idéologie respective propre au lieu d'offrir un discours, pluriel certes dans ses nu­ances, mais unitaire dans ses grandes lignes.

      Pour combien de temps encore les murs portu­gais auront-ils la parole ?

 

P.S. Les murs. depuis quelques temps, semblent s'être tus au Portugal. La reprise en main du pays par le gouvernement "modéré", le retour de "l'ordre" vient de mettre un terme au mouvement populaire engendré le 25 Avril 1974. La révolu­tion s'estompant pour laisser plaae à un pouvoir libéral qui préférera donner la présidenae à l'arriviste Soarès plutôt que de laisser au peu­ple un réel pouvoir de déaision et d'aation, nous en sommes, hélas, à l'heure des bilans. Il faut signaler quelques ouvrages intéressants sur la révolution portugaise :  1) Le point de vue aommuniste : "PORTUGAL, L'AUBE DE LA LIBERTE", d’ A lvaro CUNHAL.  

2) L'opinion de l' extrême-gauahe : La révolution en marche (aolleation 10-18)  

3) Deux études favorables aux soaialistes :  NAISSANCE D'UN NOUVEAU PORTUGAL,  de M. HANGOR (Seuil) et LES SOLDATS SOCIALISTES DU Portugal, de Moreira ALVES (Gallimard) 

4) Enfin, de  C. Braeckman : LA REVOLUTION SURVEILLEE, Ed.Rossel, Bruxelles 1975 photos JPB  

 




Torophobie - 3 Claude : Delmas, Massé, Vialat

06 05 2008

        Ils ont publié un nouveau beau livre à 4 mains et à provocations, une "Toromanie" passionnée chez Trabucaires ! Ils sont inspirés, les 2 Claude, le fictionnaire de Vingrau et le plasticien de Perpignan, mais aussi décevants avec leur éloge anachronique, nique et véronique, de la corrida, course tauromachique à pied ou à dada !

         A l’heure nouvelle où les Catalans de Barcelone ferment leurs belles arènes roses à l’entrée des machos à petites fesses et des taureaux, à gros…sabots, pour les adapter à des spectacles plus culturels ! Car la corrida, de mieux disant, n’a que le cultuel, grand messe des jeux du cirque colyséen, grande bouffe minotaurienne, dissimulées sous les prétextes mythiques de l’éternelle lutte de l’homme contre le soleil, contre le destin, contre la mort…

            Claude Macé, avec ses collages et découpages colorés et farcesques à partir d’étiquettes de Banyuls et autres alcools catalans, dialogue avec Claude Delmas et ses mots  tendres, trop tendres pour parler de boucherie en plein air et en public ! Se prennent pour Hemingway et Leiris ? (J’avais déjà abordé le thème et usé des deux écrivains dans mon livre de textes brefs CatalognARTS, en 2006).

            Le livre se clôt en rappelant que l’auteur de l’Age d’homme et de La littérature considérée comme une tauromachie éprouvait un plaisir physique plus intense en assistant à une corrida qu’en écrivant. Leiris dit même que la jouissance est plus forte lors d’un tel spectacle que pendant une danse sexuelle avec un partenaire ; on a compris cette psychologie de 2 sous : la corne de la bête, c’est l’érection de l’homme, du mâle…Et la femme, dans tout ça ? Une belle exception, le chorégraphies élégantes de Marie Sara la Nîmoise…

            On avait déjà Georges Bataille et la « petite mort » de l’orgasme. Le spectateur jouit - et la belle étrangère aussi, vache que rit ! - tandis que le torero joue sa vie et que le toro–animal au sang chaud- souffre sous les piques, banderilles et quolibets. Mais il est inutile de pérorere durant des longueurs d’internet sur ce sujet polémique, nique, nique, à souhait : la corrida trouve des racines antiques, mythiques, c’est évident, et des traditions littéraires ou artistiques universelles (la bêtise l’est aussi, mondiale) *

            Un des meilleurs défenseurs actuels de la corrida est F. Wolff ; son livre Philosophie de la corrida, 2006, est stimulant, même pour un anti-corrida ; par exemple, quand notre filousophe écrit, page 120 : « La mort ne peut rien contre la vie. », ou page 159 : « Toréer, c’est tromper la mort sans lui mentir…C’est une éthique de l’être, de l’ascèse…du stoïcisme… » Cependant, Wolff sait même nous décevoir quand il affirme, page 40 : « Interdire ce serait l’extinction d’une race d’animaux d’exception. » C’est bête –meuh !- et c’est comme si le militariste osait prétendre : « Il faut toujours des guerres, si nous ne voulons pas que nos usines d’armement et, partant (en fait, il ne sait pas parler aussi bien, mais je l’aide à articuler !) nos économies ne périclitent. »

 * Claude Vialat, un enfant du jeu camargais et un passionné de corrida expose durant la Feria de Pentecôte dans les arènes de Nîmes : 60 toiles dans les vomitoires et déambulatoires, couronne du monument décorté de mâts et d’immenses oriflammes peintes ; en outre 2 œuvres monumentales, art de rue, peinture de plein air, face au carré d’art, et ses objets tauromachiques au musée taurin…L’artiste de support/surface revient au figuratif et à l’art engagé : défense de l’indéfendable tuerie autorisée par l’Etat et encouragée par la machinerie touristique…Rappelons-nous l’antique raffarinade : travailler le lundi de Pentecôte, de quoi tuer l’économie nîmoise…




Bussan, le Japon à Collioure, suite

06 05 2008

Collioure-Kumamoto Art-Fusion

Avant leur retour au Japon
décrochage de l'exposition                       

 

C'est ce dimanche 11 mai, le dernier jour de l'exposition des œuvres réalisées à Collioure par les deux artistes japonais en séjour d'échange résidentiel.

[Exposition ouverte tous les jours de 14h à 18h, ancienne Mairie, place du 18 Juin, Collioure]

Au cours des jours, l'exposition s'est profondément modifiée, enrichie de nouveaux tableaux réalisés depuis l'accrochage le 18 avril dernier. Au sujet de ces dernières toiles, Bussan nous a déclaré : "Ce que j'ai appris ici en un mois m'a profondément bouleversé; ce qu'a apporté Collioure à l'expression de ma sensibilité artistique, c'est la couleur, pas la lumière, je crois que j'avais déjà la lumière, mais la couleur, l'incroyable couleur de Collioure."

Y aura-t-il une période "Collioure" chez ce peintre japonais, un avant et un après Collioure, vous pouvez encore venir apprécier.

Une petite cérémonie d'adieu ou plutôt d'au revoir "sayonara" est organisée le dimanche 11 à partir de 18h pour le décrochage de l'exposition. Acquéreurs de tableaux exposés, collectionneurs encore hésitants, amis des peintres ou amis de l'Art, vous y êtes tous cordialement invités.

Contacts
Art Libres  06 1213 0849  -  Mairie Collioure 04.68.82.05.66.

                                                                   




La ROME obscène de DU BELLAY

01 05 2008

  fontaine de Trevi...

 passage du Corso  (photos JPB, août 2008)

            J’avais célébré Rome, dans un texte récent, après l’avoir parcourue à pied, à deux reprises. Je m’étais glorifié, comme tant d’autres, des qualificatifs, prédicats et périphrases qu’on lui prête, avec cette paresse du style qui est si commode et reposante : la ville éternelle, la capitale de la culture, de la Chrétienté, musée à ciel ouvert, ville-spectacle, cité antique et moderne à la fois…

            Et puis, plusieurs mois après, je me suis replongé dans Les Regrets. J’ai relu Du Bellay ;! On n’ouvre pas spontanément, aujourd’hui, un livre du poète de La Pléiade ; on ne le conseille pas sans mimique dubitative aux jeunes et lycéens du XXI° siècle… Et pourtant, il faut y revenir. Pourquoi ? Pour des tas de raisons : le lyrisme, le ton de la plainte, l’invention d’une écriture nouvelle au XVI° siècle et, surtout, pour l’évocation de Rome ! Accompagnant son cousin, le cardinal Jean Du Bellay, diplomate auprès du Vatican, fin avril 1553, Joachim passe par Montargis, Nevers, Lyon, Genève, Côme, Ferrare et arrive à Rome vers la mi-juin.

            Mais, très vite, le poète est déçu par son nouvel environnement, il va éprouver de la nostagie pour sa province natale (les pays de la Loire, la douceur angevine, son village natal « mon petit Liré, cité dans « Heureux qui comme Ulysse… ») et il va s’exprimer, dans ses poèmes, comme un homme en exil. C’est le désenchantement : le recueil des Regrets évoque les souffrances du séjour à Rome de manière sincère, élégiaque. Ensuite, ce journal intime devient plus satirique : Du Bellay stigmatise le monde des courtisans dévoluant dans le microcosme du Saint-Siège, l’hypocrisie des « vieux singes de cour » et des cardinaux qui entourent le pape : « du fiel, du miel, du sel » ; il dépeint de façon railleuse et amère le spectacle de la vie romaine, décrite comme futile et médiocre. Le pape, lui-même, passe ses journées dans le luxe et les jouissances physiques, entouré de jeunes Ganymède ; malade, « les cuisses tant agellées », le pontife Jules III meurt en 1555 dans les plaisirs. Il est remplacé par Paul IV, pieux et réformateur, mais trop impulsif et d’une ouverture d’esprit limitée…

            Mais c’est surtout Rome qui le déçoit, avec ses rues étroites, ses cloaques ; ville de niveau international, pourtant, mais ni grande (moins de 80000 habitants alors que Venise est grosse de 162000 citoyens), ni très belle : cité en chantier, à l’image de la basilique Saint-Pierre ; ville antique encore sous terre, qu’il faudra fouiller et restaurer pendant quatre siècles pour le plaisir de nos yeux d’aujourd’hui ; comme l’écrit Montaigne, auteur d’un célèbre journal de voyage à Rome, il ne demeure plus de la ville romaine que « le ciel sous lequel elle avait été assise et le plan de son gîte ». En 1553, il s’agit d’un spectacle de désolation : des murs qui croulent, de rares colonnes dressées…Le centre actif de Rome se trouve autour du Vatican, composé de bâtiments hétéroclites, de palais fastueux occupés par les cardinaux (Jean Du Bellay se faisant construire une demeure fameuse dans les Thermes de Dioclétien) et hauts dignitaires, ou de petites maisons abritant les divers personnels de cete ville dans la ville…

        Dans cette cité à l’aspect chaotique, où se côtoient le neuf et l’ancien, le populaire et le luxueux, décrits dans Les Antiquités de Rome, dans ce Vatican gangréné par la licence et le lucre, Joachim Du Bellay se sent exilé, géographiquement, tel un nouvel Ulysse, et surtout moralement, sa poésie évoquant, à chaque sonnet,  ce mal-être et ce malaise intérieur…Le poète ne pense plus qu’à revenir en France.

       Tous les chemins, pour lui, ne mènent pas à … 

 ville dans le centre ville, la Rome romaine dans la cité cosmopolite...

  Vatican...Tibre..Etc...

 place du peuple depuis la colline du palais Borghese

  le forum  fontaine du Bernin

              le Tibre...

sculptures du Vatican




Sant-Jordi à Perpignan et Gérard Raynal

29 04 2008

  Gérard Raynal fut le roi de la fête de la Sant Jordi. Lauréat du Prix Méditerranée Roussillon, il dédicaça son dernier roman Lumière fauve (éditions TDO) à tour de bras (et il en a du bras !). Sur les photos de l'ami Loïc Robinot, voici le moustachu souriant en compagnie de Jean-Paul Alduy et d'André Bonet. Cette journée fut une vraie réussite : du soleil, des amateurs de livres, des roses, des amis et des rencontres au hasard des stands...

  La municipalité fut à la hauteur: les organisateurs étaient là au point du jour, Jaume Pol et Maurice Halimi. Les élus d'opposition vinrent, eux aussi, nous rendre visite et j'ai eu le plaisir de bavarder avec le triumvirat socialiste composé de Martine Ruiz, Jean Codognès et Jacqueline Amiel-Donat qui m'acheta un livre d'occasion sur les Bolcheviks (ça peut donner des idées pour investir le palais d'hiver catalan et la mairie de JPA) et surtout mon livre sur Matisse à Collioure : elle a promis de me dire ce qu'elle en pensait; à suivre, donc...  au stand de TDO, Gérard signe...

 ...et puis discute un coup...  Aïssa, le poète des HLM de Thuir et JPB  - photos Loïc Robinot -     Nicole Lantermino




Sant-Jordi 2008 à Perpignan

25 04 2008

Je présenterai mon dernier livre Méditerriennes, quai Vauban, au stand situé près de l'office de tourisme (de 9h à 12 heures) ainsi qu'à celui des amis de "Autres Plumes" (de 13 heures à 18 h). Si les roses manquent, mes lecteurs pourront se contenter d'une bise ou d'une dédicace... (le livre se trouve aussi en librairie, ou par la poste : 15 euros port compris, à JPB, 9 rue St-Jean, 666000, Perpignan). A très bientôt, dans l'ambiance littéraire et festive de la Saint-Georges...              




LECTURE (éloge de la) d'Alberto MANGUEL

25 04 2008

   Quel intérêt de lire un livre sur la lecture ? Tenter de comprendre ce geste de pénétrer le monde intime d’un auteur, d’oser interpréter son texte ? Orgueil, prétention. Il existe mille lectures possibles, autant que de lecteurs. Oser essayer aussi de comprendre l’intention première de l’écrivain : ce qu’il a voulu dire ! Et ce qu’il a écrit de façon involontaire, inconsciente.. ?

   Pourtant ce livre sur la lecture est passionnant : histoire subjective car il s'agit bien d'« une » histoire de la lecture, éloge de l’acte d’écrire; Alberto Manguel écrit dans le plaisir, dans la vie du geste de lire, nécessaire survie. Il cite bien à propos Flaubert : « Lisez pour vivre ! »

   Et il nous parle avec passion de ses auteurs préférés, des différentes coutumes ou postures de lecture, de l’Antiquité à nos jours. Un long développement sur Kafka, dont l’œuvre a suscité une floraison de critiques, d'études et d’analyses : trente-cinq mille, paraît-il, pourquoi tant de livres sur le livre ! Utilité ? Car tous n'ont pas la force, l'aura ou le pouvoir thaumaturge défini par Kafka : « Un livre doit être la hâche qui brise la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois. » (Lettre du 27.1.1904)

   Lire, c’est d’abord traduire, saisir le sens littéral, comprendre le sens propre; ensuite, d'autres lectures sont possibles : degrés, marches vers une connaissance ou élucidation plus approfondie; vers le sens figuré, le symbolique, l'allégorique, enfin, c'est la montée ou la descente vers le non-dit, l'implicite, le sens caché, l'enfoui; creuser le limon des mots pour trouver le trésor suggéré par le verbe; à la lecture d'un auteur ancien, toiletter ces morts que sont les mots. Vers le Mont Analogue daumalien progresser en sachant que la déception sera au rendez-vous, mais il ne faut pas renoncer : arrêter une randonnée, renoncer à une ascension est une profonde frustration.

 ancien rempart d'Ille/Têt (photo JPB)           La lecture est une aventure qui poursuit celle de l'écriture. Alberto Manguel nous dit que le lecteur donne une nouvelle vie au livre et continue l'oeuvre, par d'autres voies. C'est un acte infini et Manuel n'aura pas assez de sa vie pour écrire la saga de la lecture...

Le livre date déjà (1998, Actes-Sud), mais il faut toujours revenir aux livres qui ont marqué, au lieu de se laisser emporter par la frénésie présente de l'édition, où le lecteur n'a plus de repères.




ARTS MODESTES (le MIAM de Sète)

23 04 2008

 fresque murale du Miam et caravanes de Di ROSA (photos JPB)

 

  Le MIAM -musée d’arts modestes- de Sète est fait pour ceux ceux qui ont vraiment faim (d’ « art » populaire ou brut). MIAM, je famine, je vais à Sète, à ce musée « international » (pourquoi être modeste ? Mais on joue peut-être avec la dérision…), quai de Lattre de Tassigny (04.67.18.64.00.) et, alors, le menu est roboratif : débauche de courbes et de couleurs, sur tous les murs de l’unique volume. (*)

 Là, tout n’est que tags, graffitis, fresques murales, action de peinture éphémère en mouvement. L’expo présente « l’art modeste sous les bombes » et les œuvres de graffeurs passionnés de street art dans l’espace urbain ; ainsi Zonenkinder, enfant de Mayence, veut-il lutter « contre le modèle de société qui place l’argent comme valeur essentielle de notre existence. » Ces ados de la marge, ces artistes de la bombe aérosol peuvent devenir des créateurs d’objets de consommation, de marques et d’entreprises, tel Reach, originaire de Taipei, à Taiwan, crée sa propre « Bomb ». Le parisien Jonone introduit l’abstraction dans le mouvement ; quant à Mist, de Montpellier, a publié « Debil Inside », en 2004, et il retrace son parcours autour de la « Planète Graffiti »…

Ces fresques, donc, c’est supportable et le promeneur peut être indulgent car il y a le monumental et les variations colorées…Mais les vitrines bourrées de jouets ou de produits de consommation des années 50 : éloge de la pub, de la mémoire, du rebut.. ? Ces objets me semblent, à présent, tellement laids, et pourtant, ils ont traversé ma jeunesse, mon adolescence…Ces jeux, ces rails, ces autos, ces images de Banania…je dois les rejeter, de façon plus ou moins consciente, pour ne pas entrer et analyser cette période de ma vie (j’ai pourtant écrit plus de cent pages sur ce sujet dans L’Infini de l’enfance, à paraître chez quel éditeur... ?)

Et puis, il y a les caravanes relookées par Hervé di Rosa, peintre du coin à l’origine de ce musée insolite, municipal (dommage pour nos impôts !) et financé par la région (aïe, nos impositions ! on aurait pu faire autre chose, avec ces sous, quelques RMI de plus, ou un tableau de Cuixart pour le MAMOC, Musée d’Art Moderne de Céret.. ! Donc, il y a Di Rosa et tout ce qu’il se croit obligé de tracer sur un support n’est pas nul ; on a même vu sa veine matissienne à Collioure, mais ces caravanes de l’art modeste à vocation pédagogique, renfermant ses collections d’objets laids et surannés, elles sont coincées dans le paradoxe, car immobilisées alors qu’elles rêvent de voyage et de mouvement…

 La gestion du MIAM (je n’ai plus faim, merci, j’ai même une sorte de nausée, mais pas à cause de la houle toute proche, et je sors vite au grand air de la mer, du canal, des mouettes et du bar de la marine de Brassens, jusqu’à la corniche et le musée, enfin un vrai, de Paul Valéry !) est confiée à une association « artistique » qui propose des expos temporaires, car tout est éphémère, ici, sauf le musée, hélas… Non que la dame de l’accueil soit à fuir, non, au contraire, elle est très très sympathique et elle est loin d’être un laideron…Mais ce sont ces fresques tourmentées qui vous suggèrent une graffito-phobie galopante…

Pour finir, considérons l’urbanisme utopique et infernal de l’artiste congolais Isek Bodys Kingelez : sa vision futuriste de Sète 3009 (pourquoi pas 4520.. ? Ainsi on reculerait l’abomination de ce projet fou et hideux) est une invitation adressée à Ben Laden : le terroriste barbu n’est pas venu au vernissage mais il est encore temps de venir bombarder ces tours maudites et ces gratte-ciel sans imagination…

 

(*) L’expo propose une lecture non exhaustive du graffiti, comme un état des lieux trente ans après Taki 183, Barbara et Eva 62…explique le discours d’un dépliant. « Le MIAM poursuit son exploration de la création populaire contemporaine qui se développe à l’écart des courants artistiques traditionnels et propose à des artistes du Graffiti venus du monde entier de peindre les murs et le plafond du musée…Hervé Di Rosa et Pascal Saumade, commissaires de l’exposition, se chargent de dynamiser les frontières et les poncifs en vigueur en nous offrant à voir tout simplement la peinture du 21 ° siècle. »  La prochaine expo, s’inspirant d’un air langoureux connu s’appelle « Coquillages et crustacés »,de juin à novembre 2008 : elle est suggestive car semble à dominante historique et archéologique. Voici le texte de présentation.

    Depuis la nuit des temps l'homme ramasse sur les rivages les coquillages rejetés par la mer. Dès la préhistoire le coquillage est utilisé tomme monnaie d'échange et élément de parure, souvent associé à des rites sexuels. L'antiquité fixe la symbolique de la coquille, identifiée à la fécondité et à la naissance. La chrétienté médiévale choisit la coquille Saint-Jacques comme signe du pèlerinage de Compos­telle. De la Renai.ssance au XIXème siècle, le coquillage est à la fois dans le décor architectural, la nature morte et les cabinets de curiosité. Fascination pour ces « objets» étranges, aux riches couleurs, aux formes organiques; frontières incertaines entre règne minéral, végétal et animal.

    Le XXème siècle n'est pas en reste. Coquillages et crustacés continuent à fasciner les artistes. Tandis qu'en arrière plan, la « culture modeste » foisonne de références: de la chanson de Bardot au « Crabe aux pinces d'or» en passant par les bibelots, souvenirs vendus sur nos plages.

    L'exposition Coquillages et crustacés est centrée sur des productions d'aujourd'hui. La majorité des pièces exposées sont des œuvres d'artistes contemporains, qui sont mises en perspective selon trois angles : des œuvres d'art brut et d'art singulier, des objets populaires et une collection de parures ethniques. Autour des thèmes corps/décor, vide/plein, fascination/répulsion, on pourra voir des œuvres de Pierrick Sorin, Orlan, Paul-Armand Gette, Gérard Collin-Thiébaut, Claude Rutault, Patrick Van Caec­kenberg, Raymond Hains... L'art brut sera représenté par plusieurs artistes dont Paul Amar. Une exceptionnelle collection de parures ethniques dévoilera l'ancienneté et la richesse des usa­ges culturels et sociaux des coquillages. Suivant l'esprit de l'art modeste, l'exposition Coquillages et crvstacés fera une place aux expres­sions populaires,  bibelots, objets-souvenirs.




la RACAILLE en 1940 et 2008 : le témoignage de Varian FRY

21 04 2008

Charles Jacquier présente le livre de Varian Fry (*), ce jeune journaliste américain, envoyé par les Etats-Unis, afin de diriger à Marseille le « Centre américain de secours (CAS) et sauver des intellectuels « apatrides ». Mouvement de « résistance avant la Résistance », comme l’a appelé Victor Serge, l’Emergency Rescue Committee est mis sur pied, tout de suite après le 25 juin 1940, c’est-à-dire après la signature de l’armistice franco-allemand.

Varian Fry propose sa candidature et part de New York pour Lisbonne par avion le 4 août 1940 ; il arrive à Marseille le 13 août et s’installe à l’hôtel Splendid, avenue d’Athènes, tout près de la gare Saint-Charles ; sa chambre va servir de bureau pour accueillir les réfugiés désirant de l’argent et des visas de sortie ; le CAS va s’installer ensuite au 60 rue de Grignan et, enfin, en décembre 1940 au 18 boulevard Garibaldi.

 V.Fry évoque ainsi, au début de son livre son nouvel environnement de l’hôtel Splendid : « Devant la fenêtre, un étroit balconnet surplombe le trottoir du boulevard d’Athènes et effleure le haut des platanes élagués qui bordent les deux côtés de la rue. Un peu plus haut sur le boulevard, à gauche, on aperçoit l’escalier monumental de la gare Saint-Charles et à quelques rues de là, on devine le carrefour animé où le boulevard Dugommier croise la Canebière… »

Il raconte ensuite le fonctionnement de sa petite organisation, la rencontre de nombreux écrivains et artistes (comme André Breton et les Surréalistes installés à la villa Air-Bel) ou militants politiques (de gauche et souvent juifs) menacés par la gestapo. Il explique aussi le but de sa mission, faire évader tous ces hommes et femmes pourchassés, soit par bateau, de Marseille vers la Martinique ou les Etats-Unis, soit par des filières ou « passages » à travers la montagne (de Banyuls à Port-Bou, de Cerbère à Figueras), dont les plus connus sont ceux de Dina Vierny (la route Maillol), de Carlos ou de Hans et Lisa Fittko (la route F). Plus de 3000 de ces « apatrides » seront sauvés, en l’espace de treize mois, par Varian Fry et sa modeste organisation.

Celle-ci s’oppose alors à l’article 19 de la convention d’armistice entre la France et l’Allemagne : « Le gouvernement français est tenu de livrer sur demande  tous les ressortisants désignés par le gouvernement du Reich. » Ce témoignage, enfin réédité (editions précédentes en 1972, 1977 et 1997), permet d’éclairer un moment historique singulier en même temps que l’hérpïsme ordinaire face à la déraison d’Etat. Le seul reproche que le lecteur puisse adresser à V.Fry, c’est que l’auteur n’indique jamais avec précision la date de ses rencontres ou de ses actions clandestines; il écrit simplement « trois semaines plus tard…quatre mois après… »

 Cependant, pour un lecteur de Catalogne, il est essentiel de retrouver dans ces pages Joseph Rebull (page XXXII), Dina Vierny (page XXVI), les lieux tels que l’Andorre, Barcelone, Banyuls (page 217 à 220) et Perpignan où séjourne Varian Fry durant quelques jours. Enfin, les photos, à Marseille et à Cerbère (le 6.9.1941, au moment de l’expulsion de  V.F.) sont inestimables !

 

Pour conclure, il est tentant de reproduire ce passage du préfacier sur la « racaille » de 1940 et de …2008 :

Des rapprochements hasardeux?

 

   Plus d'un demi-siècle s'est écoulé depuis les événements que relate ce livre. À l'exception notable des années 1990 dans les Balkans, le territoire européen - épicentre de la Première, puis de la Seconde Guerre mondiale - bénéfi­cie depuis d'une paix prolongée entre les anciens enne­mis héréditaires qui, hier encore, semblaient prêts à se déchirer jusqu'à la fin des temps. Vivons-nous pour autant dans un monde en paix où toute menace appartient à un passé révolu?

« On fuit la guerre, comme vous en 1940 », déclarait un pauvre hère qu'on aurait appelé, en d'autres temps, un « réfugié» mais que le journaliste qui l'a croisé entre Calais et Boulogne a défini comme un « sans-papiers irakien» 62. Les politiques des grandes puissances poursuivent donc leurs vieilles traditions, mais ailleurs.

Le 26 mars 1941, sur un quai du port de Marseille, pas­sant devant une haie de gardes mobiles avant d'embarquer sur le Capitaine Paul Lemerle, Claude Lévi-Strauss évoquait « un départ de forçats » avant de préciser: « Plus encore que la manière dont on nous traitait, notre nombre nous frappait de stupeur. Car on entassait trois cent cinquante personnes environ sur un petit vapeur. [...] La "racaille", comme disaient les gendarmes, comprenait entre autres André Breton et Victor Serge. » Tout récemment, un ministre de l'Intérieur bientôt candidat victorieux aux élec­tions présidentielles utilisait ce même mot de « racaille ». Difficile de ne pas voir une régression dans le fait qu'une insulte échappant à un troufion ait désormais sa place légi­time dans une stratégie de communication « décom­plexée », empruntant les recettes du Front national pour faire parler les médias et plaire à une certaine idée du peuple sans déplaire au grand patronat.

Pour certains, l'histoire bégaye quand, pour d'autres, tout rapprochement est anachronisme et certaines comparaisons obscènes. Ce n'est pas une feuille de chou gauchiste mais le très respectable New York Times qui, dans un éditorial au vitriol, qualifiait le dernier projet de loi sur l’immigration en France de « nouvelle loi hideuse ». Invoquant les leçons de l’Histoire, le quotidien américain souligne que des « notions pseudo scientifiques de lignée pure ont été introduites, avec des conséquences tragiques, sous l’Occupation par les nazis et leurs collaborateurs de Vichy. »  (Julie Connan, « Le New York Times » écoeuré par les tests ADN français », Le Figaro, 22 octobre 2007.

 

(* ) Varian Fry : Livrer sur demandequand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille, 140.41) – éditions Agone, 2008, 23 euros.

 dîner d'adieu à la gare de Cerbère, Varian Fry et son équipe, le 6 septembre 1941. (Fry, en bas, à gauche)




Sant-Jordi 2008 à Collioure : Anglais et Catalans

20 04 2008

 Le dragon à Collioure - Où était saint-Georges ? On ne l'a pas vu ! Ni le maire, M.Moly, accaparé par un match de rugby...  (photos J.PB.) Platanes, stands de livres et Pension Quintana, en arrière-plan, qui va devenir, enfin, après décision du propriétaire de louer la maison à la mairie, la Fondation Machado.   Ci-contre, les amis de Autres Plumes, Eliane et Aissa : la fête des livres a été plus conviviale qu'ailleurs, il fallait s'en douter, présence du conseiller municipal, M.Bonnafos, musique, chants, apéritif...et nombreux visiteurs...Cette Sant-Jordi fut une réussite et des contacts ont été pris avec les sympathiques Anglais de Collioure (www.canigoupress.com) qui éditent une anthologie de textes, en anglais, français (et l'année prochaine, en catalan) et ont un projet de café littéraire ! Merci Elen Hall et les autres...          

 




Japonais à Collioure

20 04 2008

    Collioure-Kumamoto Art-Fusion  -   Échange international d'artistes, Collioure accueille des JaponaisLe printemps artistique 2008 à Collioure sera japonais   

  A l'initiative d'un couple franco-japonais résidant à Collioure et dans le cadre  l'Association Arts Libres, un échange résidentiel d'artistes peintres est organisé cette   année, pour la première fois, avec le Japon. A partir du début du mois d'avril, et jusqu'au 11 mai deux artistes japonais découvriront Collioure et traduiront leurs impressions sur toile. Ils souhaitent en effet s'imprégner de l'atmosphère si exceptionnelle de cette cité qui a vu naître le Fauvisme, séjourner tant de peintres et qui continue à rassembler plus d'une trentaine d'ateliers d'artistes.  BUSSAN (Takefuni SAWAMURA de son nom d'état civil) est né en 1962. Depuis 1998, il enchaîne des expositions personnelles où il traite avec un bonheur très post-impressioniste, paysages, portraits et natures mortes.

Akihiro MASAKI est un talentueux jeune diplômé de l'Université des Beaux Arts SOJO; il s'est spécialisé dans la maîtrise des techniques traditionnelles japonaises qui mettent en oeuvre des supports et produits différents de ceux utilisés pour la peinture "occidentale". Ils exposeront leurs œuvres à partir du 19 avril et jusqu'au 12 mai à l'ancienne mairie, place du 18 juin. Michel MOLY, maire de Collioure et son conseil municipal vous convient au vernissage le vendredi 18 avril à 18h. Contacts Arts Libres : 06.12.13.08.49
Mairie de Collioure : 04.68.82.05.66




Gauguin l'obscène

16 04 2008

   OVIRI, écrits obscènes de Paul Gauguin 

 

            Je viens de racheter ce livre, lu dans les années 80, que j’avais perdu ou prêté à un ami qui ne me l’a jamais rendu (c’est de plus en plus fréquent, semble-t-il…) On est fortement ému par les lettres et les écrits de celui qui se sait « grand artiste…; c’est parce que je le suis que j’ai tellement enduré de souffrances. »  Sa misère est si grande qu’il décide d’aller « vivre en sauvage » à Panama ; il l’écrit à sa femme Mette, début avril 1887 : « Je me détremperai loin de tous les hommes » La correspondance à son épouse parle du travail artistique difficile et, parfois, de moments d’intimité ; c’est alors que le texte paraît exhibitionniste, obscène car il dit ce qui ne doit pas être révélé, surtout quand on est marié : « Les femmes de race noire vont jusqu’à opérer des charmes sur les fruits qu’elles vous donnent pour vous enlacer. Avant-hier, une jeune négresse de seize ans, jolie ma foi, vient m’offrir une goyave fendue et pressée sur le bout…Ce fruit a un sort ; la négresse l’a écrasé sur sa poitrine… » (Martinique, 1887) Bien sûr, on sait que le mariage fut un échec pour Gauguin et Mette la Danoise. Froide, ayant des parents peu sympathiques, privilégiant l’argent plus que les sentiments, elle abandonne le peintre à Rouen, en 1884, et décide son installation, avec les enfants, à Copenhague, près de sa famille. Cependant, la liaison épistolaire se poursuit…

 La sexualité s’accorde avec la mort : souffrant, malade du foie, angoissé, regrettant de ne pas être mort, Gauguin retrouve l’envie de vivre au paradis et c’est le premier séjour à Tahiti. La lettre à Mette de juin 92 est encore la célébration de la femme exotique, quelque peu amorale quand on a abandonné sa famille en Europe ; ainsi, maniant toujours une « chaste impudeur », selon la  belle formule de Françoise Cachin, Gauguin écrit encore à sa femme : « Tahiti n’est pas dénué de charme et les femmes, à défaut de beauté proprement dite, ont un je ne sais quoi de pénétrant, de mystérueux à l’infini. »

Le second voyage en Océanie est marqué par des écrits et des notations encore plus crues ; il est vrai que ce libertaire « primitif » s’adresse à des amis, Schuffenecker, Charles Morice ou Daniel de Montfreid : « Je viens de terminer ma jour avec atelier » (Tahiti, 6.12.95) qui deviendra sa « case à jouir »,  « Toutes les nuits des gamines endiablées envahissent mon lit ; j’en avais hier trois pour fonctionner… » (novembre 1895), « « Je vis avec 100 francs par mois, moi et ma vahiné, une jeune fille de 13 ans et demi… » (avril 1896).

Ou encore, cette confession à son ami Alfred Valette : « Ma nouvelle épouse se nomme Pahura, elle a 14 ans, elle est très débauchée, mais cela ne paraît pas, faute de point de comparaison avec la vertu. Et finalement, je continue à peindre des tableaux d’une grossièreté répugnante. » (juillet 1896, Tahiti)

Mais le plaisir est éphémère et la mort le reprend : « Je ne vois rien sinon la Mort qui délivre de tout. Folle mais triste et méchante aventure que mon voyage à Tahiti » (à Monfreid, 10.9.1897, Tahiti).

C’est l’art, les recherches esthétiques qui ont provoqué l’échec affectif et conjugal du couple Mette-Paul. Gauguin est allé jusqu’aux limites de la création, de l’expérimentation et de la solitude. Il croyait trouver sa voie dans l’exotisme, l’exil d’une île ; ainsi, ses rêveries tropicales s’expriment avant son premier départ, à Panama : « Je m’en vais à Panama pour vivre en sauvage, je connais à une lieue en mer de Panama une petite île (Taboga) dans le Pacifique, elle est presque inhabitée, libre et fertile. J’emporte mes couleurs et mes pinceaux et je me retremperai loin de tous les hommes. » (à Mette, avril 1887). Ce « barbare en Europe » part pour le « paradis » (Tahiti, 1891) : Diderot lui avait dit que « Le Tahitien touche à l’origine du monde » et il « croque sa première Tahitienne « …tous ses traits avaient une harmonie raphaélique dans la rencontre des courbes, la bouche modelée par un sculpteur…cette mélancolie de l’amertume mêlée au plaisir, de la passivité résidant dans la domination » (Noa-Noa)

Dans une même mouvement, Gauguin célèbre la beauté des femmes des îles et le mal colonisateur des Européens ; il est sans cesse déchiré : il dit encore l’amour qu’il éprouve pour son épouse et en même temps, il exprime la détestation de sa famille et de la bourgeoisie danoise, son culte de l’argent, sa morale : « Je hais profondément le Danemark ». L’Europe est moisie et le Pacifique pourri ; c’est la décadence générale et la fin des utopies. Conscient de sa déchéance sociale en raison de la rupture conjugale, il va  achever sa courte vie dans la misère et la souffrance physique. Il va finir aux Marquises et sculpter les panneaux en reliefs polychromes de sa fameuse « maison du jouir ». Il va mourir « dans une claire matinée de la saison fraîche », écrivit Victor Segalen, en janvier 1904, aux Marquises, sur les traces de celui qui a « voulu vouloir », en ajoutant : « Gauguin fut un monstre. »




Sant-Jordi au Boulou 2008

16 04 2008

  (de gauche à droite : JPB, Aïssa Ouachek, Michel Perpinya et Etiane Chelle; heureusement que les amis étaient là !)

La fête catalan du livre (et de la rose) bat son plein dans les villages. Au Boulou, elle commence mal : très peu de gens intéressés, lecteurs inexistants, organisation chancelante, communiqués de presse minces ou inexistants. Quand une municipalité et une population s'intéressent si peu au livre, c'est grave et significatif de l'indigence des édiles. Ce sera sans aucun doute une vraie fête à Collioure (samedi 19 avril) et surtout à Perpignan (quai Vauban, 26 avril) où j'aurai un stand avec les amis de "Autres plumes".  

 Dans la rubrique "art mural" -voir un précédent article- cette imagerie, entre Banyuls et Cerbère, est naïve, mais fait l'éloge mérité des viticulteurs catalans qui travaillent dans des vignobles pentus ou en terrasses... (photo JPB)




L'Hebdo catalan et Pascale Oriot

16 04 2008

L'hebdomadaire catalan daté du 16 avril consacre un bel article (et une photo !) à la rencontre organisée à la médiathèque de Thuir, autour de notre livre ( à M.Paule Horras et à moi-même) Reflets de Vie. Merci à la journaliste Pascale Oriot qui a bien voulu en rendre compte. Il faut aussi lire ses textes, à l'Harmattan ou dans la revue "La licorne d'Hannibal", publiée à Elne... 

Lisez L'Hebdo, "le journal du pays" tous les mercredis, un euro : www.hebdocatalan.com




Anne Frank, le marronnier, suite

12 04 2008

Je viens d'apprendre avec plaisir que le célèbre arbre, qui était devenu l'unique paysage pour Anne Frank, dans son retirement face aux menaces nazies, ne sera pas, pour l'instant, déraciné : un carcan d'acier, destiné à soutenir le marronnier malade, a été inauguré le 9 avril dernier...

* J'étais hier à la médiathèque de Thuir pour présenter le livre collectif sur le sida Reflets de vie : ce n'était pas la foule, mais l'assistance présente a été très sympathique. Un grand merci à Jean-Georges, l'initiateur de ces rencontres culturelles, et aux responsables de la bibliothèque qui avaient tout très bien organisé et invité le libraire de Thuir, ouvert à d'autres signatures...

* Face aux manifestations culturelles en ordre dispersé, en Catalogne, le site Catacult. net propose une mise en page très suggestive (web gratuit des sorties, spectacles, loisirs, débats...)                         

* Bonne nouvelle ! Mon blog est de plus en plus lu (en progression chaque mois). Pourquoi ? Qu'est-ce vous y trouvez d'intéressant ? Qu'attendez-vous d'autre..? Dites-le moi en ajoutant un commentaire à la fin d'un article...

  opératrices télématiques se connectant au blogàbonnel




MAI 68 à Perpignan

09 04 2008

  la rue Maily   photos JPB

    A l’entrée de l’expo trône le fameux slogan « Il est interdit d’interdire ! ». Mais les gracieuses ouvreuses ( plus surveillantes qu'avenantes) m’empêchent  de prendre des photos, même sans flash, et me suivent dans ma déambulation, motivée par le labyrinthe des salles : le circuit, dans ce dédale, est indécis et dépouvu de fléchage. Elle m’interdisent aussi de téléphoner, même à Eric Forcada, responsable de cette scénographie, et je leur réponds : "Cela doit troubler les tableaux, sans doute !"

-Peut-être…, ose l’un d’elles sans savoir si c’était de l’art ou du cochon.

-Et fumer, je peux, mesdames… ?"

            Elles sourient enfin, Fifine et Fernande, et me laissent me perdre dans le petit espace consacré à Grau-Garriga. Lui qui les exige, vastes, les espaces, au contraire ! Je me souviens de sa belle installation colorée de 1984, en haut du Castillet : bannières sang et or, voilures tendues sur les hauts remparts rose et rouge. Et la tramontane dans les voiles ! Castillet, petit château devenu paquebot urbain ! Le visiteur est frustré…

Et, dernière surprise, les toiles et dessins –brouillons, essais inachevés- de Raoul Dufy, appartenant au musée Rigaud, sont perdus dans cette grande salle . Cela n’a rien à voir avec mai 68, Dufy est plutôt du côté de la tradition, non de la révolution étudiante ou artistique, et puis, il était bien malade et même mort, à cette époque…Dufy dans cette galère.. ! Mais, en fin de compte, heureusement qu’il est là, c’est toujours agréable à regarder, un Dufy, ces couleurs, cette lumière, cet art instantané, cette prise de vue naturelle et sobre : la cobla, la ronde, les danseurs : on n ‘a pas besoin d’aller cogiter du côté de la symbolique de Picasso à Céret, avec sa sardane…Le promeneur n’est pas venu pour rien…

…Car, du côté de 68, c’est pauvre, l’expo montre la frustration de 68 : c’est le chiffre qui mise sur l’explosion sensuelle de 69 ! Et elle est sans doute venue par la suite cette libération sexuelle, morale…Bref, l’expo est chiche en documents, explications, œuvres d’artistes locaux ; certes la reconstitution luxuriante de la rue Mailly est belle : une vraie réussite ! L’agencement de la première salle a dû demander bien du travail ! Mais le spectateur reste sur sa faim : finalement, il se dit que l’insuffisance de cette mise en scène ne vient pas des concepteurs de l’expo, mais de la vacuité du mouvement lui-même et du manque d’imagination des « créateurs » : bavardage de Balbino Giner le petit, dit Gino, prétention d’un Jean-Louis Vila, obsession matissienne d’un Viallat…

Mai 68 est réinventer, mais en 2008, le bon peuple parle plus de sous, d’inflation, de pouvoir d’achat que de peinture ! Quant à la révolte, elle est toujours possible !

Oui, c’est ça : A l’ordre du jour le désordre !

 




Livre méditerranéen : Méditerriennes de Jean-Pierre BONNEL

07 04 2008

   La Méditerranée, la mer, le désert, voici le programme que je vous propose !    En effet, mon prochain recueil, à paraître pour la Sant Jordi (fête catalane du livre et de la rose) sera sur mon stand le samedi 26 avril, quai Vauban, près de l'office de tourisme, à Perpignan. Ce recueil de poèmes, sur la mer et le désert, témoins de mes séjours plus ou moins longs en Afrique du Nord (deux ans en Tunisie, un an en Algérie, une semaine au Maroc...) s'intitule MEDITERRIENNES. Pourquoi ? Lire la quatrième de couverture... Ces poésies qui parlent de Sfax, de Tunis, du Tassili... mais aussi de Collioure et de Marseille...sont suivies de MEMOIRE PROVISOIRE, sélection de mes textes parus sur mon blog(ue) de 2005 à 2008...

  Pour réserver ce livre au tirage limité (association Autres plumes et TDO), soit venez me voir au stand, soit entrez dans une librairie de Perpignan (Librairie ctalane, Privat, Torcatis, Fnac) ou commandez-le directement à mon adresse : 9 rue Saint-Jean, 66000, Perpignan (04.68.55.96.39. ou 04.68.34.41.63.) Prix : 15 euros (+ 2 euros pour frais de port).

  Bonne lecture méditerranéenne aux pays du grand Sud et ailleurs...




Gala de Dali, exposition à Perpignan

05 04 2008

 

(le maire, J-Paul Alduy, avec Montse Aguer, responsable de la fondation Gala-Dali, et, de dos, Jean Casagran, commissaire de l'expo- photos J.P.Bonnel)

 (photo d'Amado Jover) Gala, toujours  nue,  plus provocante que muse...)

* exposition ouverte jusqu'au 8 août 2008, tous les jours sauf lundi, entrée libre -Couvent des Minimes, rue Rabelais, Perpignan.

 

L’exposition de Perpignan est consacrée à la vie de Gala, en images, depuis l’enfance russe jusqu’à la tombe du château de Pubol (situé entre Figueres et Cadaquès). Les photos les plus intéressantes sont au début de cet itinéraire ; hélas, ce sont de petits formats et il faut s’approcher pour se régaler des poses de l’époque surréaliste ! Dali, longiligne, en étudiant moustachu, cheveux longs, aux côtés d’Eluard, de Crevel et d’une Gala souriante, presque sympathique. Photographiée par Man Ray, « nue » dit le cartel, du moins à demi-nue, elle provoque les bons esprits du début du siècle.

Ce trajet trouvant sa dynamique dans la juxtaposition d’images mobiles, émouvantes, est  cependant convenu, divisé en trois périodes : la compagne d’Eluard, l’épouse de Dali, la créatrice ( ?) d’objets surréalistes. Mais les « commissaires » -sale expression- abusent du mythe de Gala « la muse », Gala « l’inspiratrice » ; c’était plutôt une femme d’affaires qui obligea le Maître à produire beaucoup et à dépenser encore plus (à New York, le couple s’est endetté et c’est l’Etat espagnol qui épongea, d’où la soumission de Salvador à Franco). C’était une femme de caractère qui structura l’artiste, sans doute, et lui apporta la sécurité, mais elle lui fit mener une vie de chien, le soumettant à ses fantasqmes et fantaisies, le trompant avec d’innombrables gigolos, le laissant seul, dans sa chambre d’hôtel, par exemple quand ils se rendaient à Perpignan, alors qu’elle batifolait dans la chambre contiguë…

Pourquoi cacher ces vérités, comme Dominique Bona, dans sa biographie de Gala ? Certes, le mythe est plus satisfaisant, plus séducteur et il fait vendre, pensons à Marilyn Monroë…Muse, non, inspiratrice surréaliste, encore non, les compagnons d’André Breton la détestaient et, lors des réunions du groupe, son rôle se limitait souvent à des parties de jambes et de sexes en l’air…Il faut relire la correspondance Gala/Eluard, chez Gallimard…Surtout, relire les textes autobiographiques de Dali et…se rendre au couvent des Minimes de Perpignan…Merci Jean Casagran, grand organisateur dalinien, qui a encore comme qualité sublime (prenez l’accent) d’être né exactement le même jour que moi, à Perpignan !!!

 




Jordi Pere Cerda, écrivain de Cerdagne

01 04 2008

    (c)Oliveras      Chez Jordi Pere Cerda

    Comme d’habitude, et malgré la fatigue –« C’est ça, la vieillesse », soupire-t-il- Antoine Cayrol me reçoit dans sa petite maison de Perpignan, « trop petite, désormais, voyez tous ces livres, partout ; en effet, sur les tables, des revues et des manuscrits, une Description du mensonge, un ouvrage de Georges Mounin…

            Je viens pour lui demander une photo destinée à illustrer l’itinéraire que je lui consacre –à lui le seul écrivain vivant et actif, parmi les trente choisis- dans mon Guide culturel (et sportif !) de la Catalogne.  C’est Hélène, son épouse, qui va les chercher dans des boîtes