Walter Benjamin, le scandale de l'hôtel de Francia et Cees Nooteboom
10 11 2007Walter Benjamin et le scandale de la destruction de l’hôtel de Francia à Port-Bou !
Walter Benjamin par Cees Nooteboom, Jean Clair et Laure Murat 
Le livre du temps et du souvenir, Le jour des morts, de l’écrivain néerlandais vivant à Minorque Cees Nooteboom, aborde, de façon légère, comment sans y toucher, les problèmes cruciaux du XX° siècle, l’exil, la mémoire, la guerre, le nazisme… Ainsi, le narrateur revient dans le passé, en retournant à Berlin, ville « moins excitant que Madrid ou New York », à contrecœur : « Je suis partout un peu à contrecoeur » (édition folio, page 39) La question des migrations, des tentatives, de la part des Africains, par exemple, pour trouver un meilleur destin en Europe, est évoquée, page 28, dans un rapide dialogue :
-Le Tiers-Monde ne va pas tarder à venir ici. D’ailleurs, il y est déjà.
-Personne ne veut le savoir. Il doit rester le plus éloigné possible.
Le vieil homme juge son siècle, mais se laisse aussi aller à considérer la jeunesse du XXI° siècle commençant ; les jeunes –et c’est un poncif quasi généralisé, à présent, alors que grâce aux médias actuels, ils ont beaucoup plus de connaissances que les générations antérieures !- sont incultes, sans racines, sans repères, sans critères de valeurs : « …contacts que j’ai, de temps en temps, avec des étudiants, ou enfants de mes amis, jeconstate qu’ils ne savent pratiquement plus rien, leurs lacunes sont invraisemblables, ils vivent dans un présent amorphe, le monde n’a jamais existé avant eux… » (p.246)
La lecture de ce drôle de « roman d’amour et de mélancolie, dépourvu de colonne vertébrale, avançant au gré d’une mémoire capricieuse, s’interroge aussi sur Walter Benjamin : que serait devenu le philosophe s’il ne s’était pas suicidé à Port-Bou…
(à l’hôtel de Francia, avant qu’il ne soit détruit, en juin 2007 ! ô scandale, événement considérable passé sous silence, sans réaction de la population, sans intervention de la mairie, alors que j’avais parlé, en mai, lors de la marche sur le chemin W.B. balisé depuis Banyuls, avec le maire socialiste, nouvellement élu, et qu’il m’avait assuré de son intention de tout faire pour la connaissance de W.Benjamin à Port-Bou.. !)
Serait-il devenu célèbre, alors qu’il a subi un purgatoire, en forme de censure, pendant plusieurs décennies.. ? Quels livres aurait-il écrits.. ? Questions vaines, sans doute, aujourd’hui… Nooteboom écrit, page 26 :
« Si W.B. ne s’était pas découragé après le premier échec, là-bas au pied des Pyrénées, il aurait réussi, naturellement. Parce que les Espagnols avaient beau être des cochons de fascistes, ils n’ont tout de même jamais envoyé leurs juifs à Hitler. Je ne sais pas, mais le suicide m’a toujours fait tiquer… » Bien sûr, on n’arrêtera pas de regretter le suicide, car, le lendemain, la police de Port-Bou a laissé passer les compagnons de route et d’exil de l’écrivain…Il aurait réussi à traverser l’Espagne, à atteindre le Portugal et à s’embarquer : il serait arrivé en Amérique et aurait retrouvé Adorno, Horkheimer et les autres intellectuels juifs partis de Marseille ou d’ailleurs…Mais cela sert à quoi de regetter et d’écrire des œuvres nostalgiques. On rêve à des romans plus constructifs, mais cette qualité n’est pas l’apanage des écrivains d’aujourd’hui, se tournant vers leur passé pour s’auto-célébrer, tel Sollers…). Ecrivains du XXI, positivez !
Publié par : cat à 12:49:30
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