Musée mémoriel de l'exil : le MUM/E de La Junquera
25 03 2008
Veille de Pâques. Nous étions six visiteurs au musée mémorial de l’exil (MUME), situé dans l’artère principale de La Junquera, village frontalier. Ils étaient six mille –au moins- dans les magasins et « ipermarkets » du Perthus, les consommateurs, touristes ou Catalans du Nord, en quête de boustifaille et d’agneau pascal… D’ailleurs, ils ne savent même pas que ce musée de la Retirada existe en ce lieu de passage international, dédié plutôt aux parkings de poids-lourds et aux bordels à bas prix….Pas d’affichage, pas d’information, ni en France, ni à la frontière. Sans doute faut-il s’intéresser à la chose, être concerné (avoir des parents qui ont connu la déroute républicaine de 1939), être motivé pour échouer dans la rue étroite qui mène à une sorte de blockhaus…
Architecture d’acier rouillé qui évoque le passage, du temps, des siècles car, des exils, il en y eut toujours : rappelons-nous Ovide qui chante le sien dans ses Tristes, poèmes pathétiques, ou encore celui, en Corse, durant huit ans, de Sénèque, chassé par l’empereur Claude…Bâtiment compact, aux colorations jaunes, roses, orange. Traces de rouille, empreintes de pas, signes de passages, là ou un peu plus loin, par les chemins de maquis ou par les cols enneigés. Géométrie abrupte, un bloc de mémoire qui, désormais, est là, destinée à archiver, conserver les souvenirs, sous toutes ses formes : photos, films d’époque, dessins de prisonniers des camps de Collioure, Argelès, Saint-Cyprien, Barcarès, Rivesaltes et, plus loin, Bram et Gurs. Monument, pléonasme de souvenir. Mais aussi anti-monument qui se veut mémoire vive pour les générations présentes et à venir. Ne pas oublier car, on le sait tout en l’oubliant, la mémoire est courte, et l’indifférence presque totale, à considérer les foules investissant les temples du Veau d’or etr de l’Agneau bien peu mystique…Toute une société frappée d’elzheimer (zut, j’en ai oublié l’orthographe !) précoce.. ! Le MUM/E, une conception d’acier qui rappelle les « Passages » de Dani Karavan, dédiés à Walter Benjamin en exil définitif à Port-Bou…
Exil, c’est ce destin invisible incarné par un serpentement de chemin flou qui angoisse car l’horizon masque le but ; c’est la cassure dans la vie, le projet personnel ou familial, la brissure d’un métier, le déracinement hors de son contexte social, hors des premiers rhizomes de l’enfance. Depuis Léreida ou Barcelone, marcher, seul dans la foule hagarde, avec son fardeau d’espoirs déchus. Quitter la rambla et avancer dans la poussière des sentiers, par la frontière hostile, à travers l’hiver des Albères, vers un camp précaire de rétention improvisé sur une plage au sable et aux vents inaccueillants.
La visite du musée s’ouvre sur une citation de Shakespeare : « La liberté est loin d’ici et ici c’est l’exil. » (Le Roi Lear). Signe que ce lieu est ouvert, qu’il n’appartient pas, égoïstement à la Catalogne, mais que le thème traité intéresse le monde, et l’homme total. Il abrite le souvenir les vaincus d’un conflit inséré dans l’histoire européenne et la montée générale des fascismes et totalitarismes en tous genres. Le circuit est un chemin d’information, de réflexion, d’interprétation ; un rappel, surtout, des années 1936-39, de la guerre civile à La Retirada, puis des années de guerre, de Résistance, en France, et des camps de concentration en Pologne, Allemagne…Exposition sur le camp de Bram grâce aux clichés sauvés par A. Centelles, photographe né à Valence en 1909 et mort à Barcelone en 1985, interné un an dans ce camp de l’Aude. A noter aussi les variations de Francesc Abad, artiste catalan contemporain, sur les motifs de la mémoire et de l’oubli, belle –si l’on peut dire-dialectique de l’écriture, de l’inscription et de l’effacement, du gommage naturel ou de l’autocensure du cerveau…(œuvres de 2007).
Les photos deviennent des icônes porteuses de mythologies quand l’objectif est pointé par Capa, Gerda Taro, David Seymour, Manuel Muos, Augustí Centelles, Perè Català Pic : Camp de Collioure, réfugiés sur la route de Céret, colonne de miliciens passant par Port-Vendres, tentes au camp du Barcarès, cohortes de réfugiés par le col d’Arres, arrivée de l’armée franquiste à la frontière du Përthus, attroupement de réfugiés attendant l’ouverture de la frontière (Perthus, 28.1.1939.)…
L'intérieur du Mum/e
Le camp de Collioure au Château royal.
* Museu Memorial de l’Exili, C/Major 43-47, 177000 La Junquera. Tél. 00.34.972.556.533. – www.museuexili.cart - prix d’entrée : 4 euros (réductions nombreuses), ouvert du mardi au samedi de 10 h à 18 h, dimanches et jours fériés, de 10 h à 14 h ; (réserver : infomuseuexili.cat)
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