MAI 68 à Perpignan
09 04 2008
la rue Maily
photos JPB
A l’entrée de l’expo trône le fameux slogan « Il est interdit d’interdire ! ». Mais les gracieuses ouvreuses ( plus surveillantes qu'avenantes) m’empêchent de prendre des photos, même sans flash, et me suivent dans ma déambulation, motivée par le labyrinthe des salles : le circuit, dans ce dédale, est indécis et dépouvu de fléchage. Elle m’interdisent aussi de téléphoner, même à Eric Forcada, responsable de cette scénographie, et je leur réponds : "Cela doit troubler les tableaux, sans doute !"
-Peut-être…, ose l’un d’elles sans savoir si c’était de l’art ou du cochon.
-Et fumer, je peux, mesdames… ?"
Elles sourient enfin, Fifine et Fernande, et me laissent me perdre dans le petit espace consacré à Grau-Garriga. Lui qui les exige, vastes, les espaces, au contraire ! Je me souviens de sa belle installation colorée de 1984, en haut du Castillet : bannières sang et or, voilures tendues sur les hauts remparts rose et rouge. Et la tramontane dans les voiles ! Castillet, petit château devenu paquebot urbain ! Le visiteur est frustré…
Et, dernière surprise, les toiles et dessins –brouillons, essais inachevés- de Raoul Dufy, appartenant au musée Rigaud, sont perdus dans cette grande salle . Cela n’a rien à voir avec mai 68, Dufy est plutôt du côté de la tradition, non de la révolution étudiante ou artistique, et puis, il était bien malade et même mort, à cette époque…Dufy dans cette galère.. ! Mais, en fin de compte, heureusement qu’il est là, c’est toujours agréable à regarder, un Dufy, ces couleurs, cette lumière, cet art instantané, cette prise de vue naturelle et sobre : la cobla, la ronde, les danseurs : on n ‘a pas besoin d’aller cogiter du côté de la symbolique de Picasso à Céret, avec sa sardane…Le promeneur n’est pas venu pour rien…
…Car, du côté de 68, c’est pauvre, l’expo montre la frustration de 68 : c’est le chiffre qui mise sur l’explosion sensuelle de 69 ! Et elle est sans doute venue par la suite cette libération sexuelle, morale…Bref, l’expo est chiche en documents, explications, œuvres d’artistes locaux ; certes la reconstitution luxuriante de la rue Mailly est belle : une vraie réussite ! L’agencement de la première salle a dû demander bien du travail ! Il s'agissait là de la continuation artistique, en 1972, de mai 68, Ben, Giner, Vila, Viallat...contestant les déclarations défaitistes de Gérard Fromager, résumant cette révolution à un défoulement : " C'était l'éclatement de tout ce qui couvait dans la bouilloire sous le couvercle gaulliste, l'explosion de longues tentatives vers le débranchement d'une machine centrale et non le début d'une chose." Et Bernard Rancillac d'ajouter : "Je préfère ne plus y penser, je ne sais pas faire marche arrière, je me suis amusé..." Les maos sont devenus des bobos et sont rentrés dans le rang de la société libérale...
finalement, le spectateur reste sur sa faim : il se dit que l’insuffisance de cette mise en scène ne vient pas des concepteurs de l’expo, mais de la vacuité du mouvement lui-même et du manque d’imagination des « créateurs » : bavardage sociologique de Giner, prétentions de Vila, obsession matissienne d’un Viallat…
Mai 68 est réinventer, mais en 2008, le bon peuple parle plus de sous, d’inflation, de pouvoir d’achat que de peinture ! Quant à la révolte, elle est toujours possible !
Oui, c’est ça : A l’ordre du jour le désordre !
Publié par : cat à 13:27:04Permalien
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Catégories : peinture


