ARTS MODESTES (le MIAM de Sète)
23 04 2008
fresque murale du Miam et caravanes de Di ROSA (photos JPB)

Le MIAM -musée d’arts modestes- de Sète est fait pour ceux ceux qui ont vraiment faim (d’ « art » populaire ou brut). MIAM, je famine, je vais à Sète, dans ce musée « international » (pourquoi être modeste ? Mais on joue peut-être avec la dérision…), quai de Lattre de Tassigny, installé dans un ancien chai, et, alors, le menu est roboratif : débauche de courbes et de couleurs, sur tous les murs de l’unique volume. (*)
Là, tout n’est que tags, graffitis, fresques murales, action de peinture éphémère en mouvement. L’expo présente « l’art modeste sous les bombes » et les œuvres de graffeurs passionnés de street art dans l’espace urbain ; ainsi Zonenkinder, enfant de Mayence, veut-il lutter « contre le modèle de société qui place l’argent comme valeur essentielle de notre existence. » Ces ados de la marge, ces artistes de la bombe aérosol peuvent devenir des créateurs d’objets de consommation, de marques et d’entreprises, tel Reach, originaire de Taipei, à Taiwan, crée sa propre « Bomb ». Le parisien Jonone introduit l’abstraction dans le mouvement ; quant à Mist, de Montpellier, a publié « Debil Inside », en 2004, et il retrace son parcours autour de la « Planète Graffiti »…
Ces fresques, donc, c’est supportable et le promeneur peut être indulgent car il y a le monumental et les variations colorées…Mais les vitrines bourrées de jouets ou de produits de consommation des années 50 : éloge de la pub, de la mémoire, du rebut.. ? Ces objets me semblent, à présent, tellement laids, et pourtant, ils ont traversé ma jeunesse, mon adolescence…Ces jeux, ces rails, ces autos, ces images de Banania…je dois les rejeter, de façon plus ou moins consciente, pour ne pas entrer et analyser cette période de ma vie (j’ai pourtant écrit plus de cent pages sur ce sujet dans L’Infini de l’enfance, à paraître chez quel éditeur... ?)
Et puis, il y a les caravanes relookées par Hervé di Rosa, peintre du coin à l’origine de ce musée insolite, municipal (dommage pour nos impôts !) et financé par la région (aïe, nos impositions ! on aurait pu faire autre chose, avec ces sous, quelques RMI de plus, ou un tableau de Cuixart pour le MAMOC, Musée d’Art Moderne de Céret.. ! Donc, il y a Di Rosa et tout ce qu’il se croit obligé de tracer sur un support n’est pas nul ; on a même vu sa veine matissienne à Collioure, mais ces caravanes de l’art modeste à vocation pédagogique, renfermant ses collections d’objets laids et surannés, elles sont coincées dans le paradoxe, car immobilisées alors qu’elles rêvent de voyage et de mouvement…
La gestion du MIAM (je n’ai plus faim, merci, j’ai même une sorte de nausée, mais pas à cause de la houle toute proche, et je sors vite au grand air de la mer, du canal, des mouettes et du bar de la marine de Brassens, jusqu’à la corniche et le musée, enfin un vrai, de Paul Valéry !) est confiée à une association « artistique » qui propose des expos temporaires, car tout est éphémère, ici, sauf le musée, hélas… Non que la dame de l’accueil soit à fuir, non, au contraire, elle est très très sympathique et elle est loin d’être un laideron…Mais ce sont ces fresques tourmentées qui vous suggèrent une graffito-phobie galopante…
Pour finir, considérons l’urbanisme utopique et infernal de l’artiste congolais Isek Bodys Kingelez : sa vision futuriste de Sète 3009 (pourquoi pas 4520.. ? Ainsi on reculerait l’abomination de ce projet fou et hideux) est une invitation adressée à Ben Laden : le terroriste barbu n’est pas venu au vernissage mais il est encore temps de venir bombarder ces tours maudites et ces gratte-ciel sans imagination…
(*) L’expo propose une lecture non exhaustive du graffiti, comme un état des lieux trente ans après Taki 183, Barbara et Eva 62…explique le discours d’un dépliant. « Le MIAM poursuit son exploration de la création populaire contemporaine qui se développe à l’écart des courants artistiques traditionnels et propose à des artistes du Graffiti venus du monde entier de peindre les murs et le plafond du musée…Hervé Di Rosa et Pascal Saumade, commissaires de l’exposition, se chargent de dynamiser les frontières et les poncifs en vigueur en nous offrant à voir tout simplement la peinture du 21 ° siècle. » La prochaine expo, s’inspirant d’un air langoureux connu s’appelle « Coquillages et crustacés »,de juin à novembre 2008 : elle est suggestive car semble à dominante historique et archéologique. Voici le texte de présentation.
Depuis la nuit des temps l'homme ramasse sur les rivages les coquillages rejetés par la mer. Dès la préhistoire le coquillage est utilisé tomme monnaie d'échange et élément de parure, souvent associé à des rites sexuels. L'antiquité fixe la symbolique de la coquille, identifiée à la fécondité et à la naissance. La chrétienté médiévale choisit la coquille Saint-Jacques comme signe du pèlerinage de Compostelle. De la Renai.ssance au XIXème siècle, le coquillage est à la fois dans le décor architectural, la nature morte et les cabinets de curiosité. Fascination pour ces « objets» étranges, aux riches couleurs, aux formes organiques; frontières incertaines entre règne minéral, végétal et animal.
Le XXème siècle n'est pas en reste. Coquillages et crustacés continuent à fasciner les artistes. Tandis qu'en arrière plan, la « culture modeste » foisonne de références: de la chanson de Bardot au « Crabe aux pinces d'or» en passant par les bibelots, souvenirs vendus sur nos plages.
L'exposition Coquillages et crustacés est centrée sur des productions d'aujourd'hui. La majorité des pièces exposées sont des œuvres d'artistes contemporains, qui sont mises en perspective selon trois angles : des œuvres d'art brut et d'art singulier, des objets populaires et une collection de parures ethniques. Autour des thèmes corps/décor, vide/plein, fascination/répulsion, on pourra voir des œuvres de Pierrick Sorin, Orlan, Paul-Armand Gette, Gérard Collin-Thiébaut, Claude Rutault, Patrick Van Caeckenberg, Raymond Hains... L'art brut sera représenté par plusieurs artistes dont Paul Amar. Une exceptionnelle collection de parures ethniques dévoilera l'ancienneté et la richesse des usages culturels et sociaux des coquillages. Suivant l'esprit de l'art modeste, l'exposition Coquillages et crvstacés fera une place aux expressions populaires, bibelots, objets-souvenirs...
* L'association de l'art modeste a été créée en 1991 par Bernard Belluc et Di Rosa afin de conserver le patrimoine des objets quotidiens de consommation courante et industrielle. (04.67.18.64.00.)
Publié par : cat à 06:25:18Permalien
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