Publi le jeudi 01 mai 2008

La ROME obscène de DU BELLAY

01 05 2008

  fontaine de Trevi...

 passage du Corso  (photos JPB, août 2008)

            J’avais célébré Rome, dans un texte récent, après l’avoir parcourue à pied, à deux reprises. Je m’étais glorifié, comme tant d’autres, des qualificatifs, prédicats et périphrases qu’on lui prête, avec cette paresse du style qui est si commode et reposante : la ville éternelle, la capitale de la culture, de la Chrétienté, musée à ciel ouvert, ville-spectacle, cité antique et moderne à la fois…

            Et puis, plusieurs mois après, je me suis replongé dans Les Regrets. J’ai relu Du Bellay ;! On n’ouvre pas spontanément, aujourd’hui, un livre du poète de La Pléiade ; on ne le conseille pas sans mimique dubitative aux jeunes et lycéens du XXI° siècle… Et pourtant, il faut y revenir. Pourquoi ? Pour des tas de raisons : le lyrisme, le ton de la plainte, l’invention d’une écriture nouvelle au XVI° siècle et, surtout, pour l’évocation de Rome ! Accompagnant son cousin, le cardinal Jean Du Bellay, diplomate auprès du Vatican, fin avril 1553, Joachim passe par Montargis, Nevers, Lyon, Genève, Côme, Ferrare et arrive à Rome vers la mi-juin.

            Mais, très vite, le poète est déçu par son nouvel environnement, il va éprouver de la nostagie pour sa province natale (les pays de la Loire, la douceur angevine, son village natal « mon petit Liré, cité dans « Heureux qui comme Ulysse… ») et il va s’exprimer, dans ses poèmes, comme un homme en exil. C’est le désenchantement : le recueil des Regrets évoque les souffrances du séjour à Rome de manière sincère, élégiaque. Ensuite, ce journal intime devient plus satirique : Du Bellay stigmatise le monde des courtisans dévoluant dans le microcosme du Saint-Siège, l’hypocrisie des « vieux singes de cour » et des cardinaux qui entourent le pape : « du fiel, du miel, du sel » ; il dépeint de façon railleuse et amère le spectacle de la vie romaine, décrite comme futile et médiocre. Le pape, lui-même, passe ses journées dans le luxe et les jouissances physiques, entouré de jeunes Ganymède ; malade, « les cuisses tant agellées », le pontife Jules III meurt en 1555 dans les plaisirs. Il est remplacé par Paul IV, pieux et réformateur, mais trop impulsif et d’une ouverture d’esprit limitée…

            Mais c’est surtout Rome qui le déçoit, avec ses rues étroites, ses cloaques ; ville de niveau international, pourtant, mais ni grande (moins de 80000 habitants alors que Venise est grosse de 162000 citoyens), ni très belle : cité en chantier, à l’image de la basilique Saint-Pierre ; ville antique encore sous terre, qu’il faudra fouiller et restaurer pendant quatre siècles pour le plaisir de nos yeux d’aujourd’hui ; comme l’écrit Montaigne, auteur d’un célèbre journal de voyage à Rome, il ne demeure plus de la ville romaine que « le ciel sous lequel elle avait été assise et le plan de son gîte ». En 1553, il s’agit d’un spectacle de désolation : des murs qui croulent, de rares colonnes dressées…Le centre actif de Rome se trouve autour du Vatican, composé de bâtiments hétéroclites, de palais fastueux occupés par les cardinaux (Jean Du Bellay se faisant construire une demeure fameuse dans les Thermes de Dioclétien) et hauts dignitaires, ou de petites maisons abritant les divers personnels de cete ville dans la ville…

        Dans cette cité à l’aspect chaotique, où se côtoient le neuf et l’ancien, le populaire et le luxueux, décrits dans Les Antiquités de Rome, dans ce Vatican gangréné par la licence et le lucre, Joachim Du Bellay se sent exilé, géographiquement, tel un nouvel Ulysse, et surtout moralement, sa poésie évoquant, à chaque sonnet,  ce mal-être et ce malaise intérieur…Le poète ne pense plus qu’à revenir en France.

       Tous les chemins, pour lui, ne mènent pas à … 

 ville dans le centre ville, la Rome romaine dans la cité cosmopolite...

  Vatican...Tibre..Etc...

 place du peuple depuis la colline du palais Borghese

  le forum  fontaine du Bernin

              le Tibre...

sculptures du Vatican





1 Commentaire :

Commentaire crit le samedi 03 mai 2008 à 18:05:14 (lien)
S. C.
Comme Du Bellay, je n'ai pas apprécié Rome.(Sans doute pas à sa juste valeur)
Mais lirais-je ses Regrets pour autant?
En attendant de décider, je lis les oeuvres "Méditerriennes" d'un autre poète.
Oeuvres achetées à la Sant Jordi de Perpignan et dédicacées par l'auteur lui-même.


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