Publi le mardi 13 mai 2008

Le port de Lisbonne des oeillets

13 05 2008

Voici un autre texte -à mi-chemin de la politique et de la poésie, même s'il est hasardeux de mêler ces deux activités!- jamais publié, de l'époque de la Révolution d'avril 1974 :

Ce pourrait être le port de Lisbonne

sur le quai marchent les touristes

sur l'eau tiède flottent des étoffes

le couperet de la révolution hache les phrases de l'été

 

J'avais comploté d'écrire là de longues pages de souvenirs

d'impressions de voyage tout un langage de rétine

or il est plus tonifiant de regarder couler le fleuve à larges flots blancs

au pied de ce mur à la sortie bruyante d'un égoût

non loin du pont du 25 avril

les mouettes piquant du bec pour arracher au courant quelques déchets inventent des cibles éphémères

 

Les révolutions aussi parfois tournent en rond

 

Je voyais le soleil qui jouait sur les plumes

Il sortait d'un horizon d'acier et de fumées de navire

il faisait scintiller ces corps maigres

ballons de foire au raz de l'eau noire et chavirée

 

Sur le quai il y avait un café des couples des enfants avec des cacahouètes

des chapeaux et des cigares des taxis et des rues qui se jettent à l'eau

enfin il y avait tout ce qu'il faut pour faire une ville européenne

 

Une ville qui monte vite par les escaliers de ses vieux quartiers de marins

Ville marine où les murs disent l'union du paysan de l'ouvrier et du soldat

Et c'est comme j'étais venu là pour écrire des mots…