Raimon SEBON et Montaigne
16 06 2008
Raimon SEBON, philosophe catalan, d’expression latine, est né à Barcelone, à la fin du 14° siècle, et mort à Toulouse en 1438, où il exerçait la médecine et la théologie.
On publie 50 ans après sa disparition, son essai Théologie naturelle, ou Livre des créatures, écrit dans un latin plat mais sans hispanisme ni catalanisme, en 1487 ; il sera traduit en français en 1519. Ce traité prétend expliquer les raisons de la croyance et élucider la théologie grâce à la philosophie, c’est-à-dire par un raisonnement déductif, une argumentation rationnelle et empirique, bref par l’utilisation des méthodes humanistes, ce qui est assez inédit chez un homme d’église ! Il s’empare des armes des Humanistes, des principes des « athées » afin de démontrer les vérités de la foi sans avoir recours aux évidences de la Révélation. Pour Sebon, l’homme serait capable, grâce à son intelligence, à sa raison et à son esprit « scientifique » de démontrer l’existence de la divinité…La philosophie acquiert une nouvelle fonction, assez prétentieuse et « scandaleuse » : seconder la foi des théologiens, apporter des preuves, des arguments persuasifs.. ! Dévoiement de la philosophie comme lorsque l'on parle d'engagement à propos de la littérature...
Montaigne va s’emparer du traité pour le traduire en 1569, à la demande de son père, écrit-il ; c’était surtout parce que l’ouvrage bénéficiait d’une ample influence et qu’il fallait en détourner la « méthode », subtile mais quelque peu insidieuse, afin d’aboutir à une conclusion diamétralement opposée, propre au scepticisme de l’auteur des Essais : l’homme ne peut, par la seule raison naturelle, démontrer qu’il a été conçu dans une Création faite pour lui. Tout n’est que vanité humaine, impuissance du « roseau pensant » pascalien… Montaigne inverse donc, avec la même méthode rationaliste, la finalité du livre et il utilise le même « jeu », soit la même démarche, fondée sur le paradoxe, du théologien catalan.
La réponse de Montaigne est inscrite au cœur des Essais, dans le livre 12, essai intitulé Apologie de Raimond Sebond., très long chapitre (le sixième des Essais !) consacré à la métaphysique. Cette apparente défense du théologien n’a d’écho, dans le livre, ni avant ni après ce livre central, qui est pourtant le moteur de la réflexion profonde de Michel Eyquem de…En effet, la Théologie naturelle est précieuse pour le fond et banale quant à la forme. Comme l’écrit Montaigne : « Il fait bon traduire les auteurs comme celui-là, où il n’y a guère que la matière à représenter ; mais ceux qui ont donné beaucoup à la grâce et à l’élégance du langage, ils sont dangereux à entreprendre… »
Permalien
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Catégories : littérature


