Publi le jeudi 19 juin 2008

BACON, estampes à Saint-Cyprien

19 06 2008

  La collection d'art contemporain de St-Cyprien village (33(4)68.21.06.96) nous invite, grâce à Francis Bacon, à la plage et à l'été enfin recommencé. Les estampes de ce "monstre de peinture" (C.Domino, Découvertes, Gallimard), issues de la collection Alexandre Tacou, sont en effet montrées, dès le 28 juin, sur les cimaises de la galerie municipale de la place de la République. Le peintre anglais exprime toujours la souffrance et l'angoisse de l'homme, aux prises avec l'absurdité de sa condition et la perspective d'une mort quelque peu prolongée...D'où la déformation des corps, idée venue sans doute de Picasso, mais ici systématisée. Bacon reste fidèle à la figure et à la représentation physique du personnage, mais celui-ci est métamorphosé, allongé, déchiré, écartelé, et vu dans un miroir déformant : on pense aux phénomènes des anamorphoses, causées par des techniques d'optique et expliquées par Jurgis Baltrusaitis (Flammarion, 1984). Aujourd'hui, certains logiciels informatiques, livrés d'office avec les ordinateurs Apple, par exemple, permettent à l'utilisateur de se prendre en photo, avec la webcam, et de voir son portrait déformé dans tous les sens ! C'est amusant, au début, puis ça lasse, car il manque la profondeur métaphysique d'un artiste "maudit" qui confère à ses montres et à ses créatures colorées le titre de chef-d'oeuvre...

   Il faut lire la biographie peu conventionnelle de Daniel Farson : Francis Bacon, aspects d'une vie (Le promeneur, Gallimard, 1994). Ce livre dresse le portrait de cet homosexuel maso et violent, se maquillant de façon extravagante, se laquant les cheveux et se nettoyant les dents au détergent... Plus sérieusement, de multiples anecdotes hilarantes expliquent ses périodes successives, à Monte-Carlo, Soho des années 1950-60, Tanger, Paris...Il parle des influences, celle de Poussin, pour le thème du cri qui parcourt son oeuvre : quand il voit Le massacre des Innocents à Chantilly, il le décrit comme le plus beau cri humain de l'histoire de la peinture. Celle de Soutine, qu'il évoque dans ses tableaux Peinture (1946) et Personnage avec viande (1954). Picasso, bien sûr, "le plus grand artiste du XX° siècle", renié par la suite et comparé à Wat Disney...Il n'aime pas l'abstraction, estime qu'un courant tel que l'Action Painting n'est que de la décoration et que Rembrandt en faisait à son époque, mais avec plus de profondeur, dans son travail du portrait. Cette biographie décrit encore les rapports de Bacon avec le peintre Lucien Freud, dont les toiles traduisent aussi, avec le réalisme de la nudité, mais avec des images sexuelles moins provocantes, le "saisissement de la névrose de notre époque." Daniel Farson, ancien amant de Bacon, nous explique aussi les procédés baconiens : peindre à l'envers de la toile, tracer des horizontales près des bords suggérant une cage, mettre le tableau sous une vitre épaisse pour protéger la toile...et la théorie de l'accident créateur...

    Enfin, méditons cette pensée de Paul Valéry que Bacon estimait essentielle et très vraie sur l'art moderne : "L'art moderne veut le sourire sans le chat." L'aphorisme signifierait que l'art veut la sensation sans l'ennui de la transmission...

Et vous, qu'en pensez-vous ? Exprimez-vous dans un commentaire, à la fin de ce texte..!!!

 Francis Bacon dans l'incroyable désordre de son atelier (C) Marlborough Fine Art, London.