Port-Bou, Arthur Koestler et Walter Benjamin
11 03 2008Voici le témoignage du romancier Arthur Koestler sur la fin tragique du philosophe juif allemand qui se suicida à Port-Bou (cf. mon livre Machado et Benjamin, deux destins à la frontière) -photo JPB: le port, le cimetière de Port-Bou; au loin le Cap Creus
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Né à Budapest (Hongrie), Koestler fait des études à Vienne, puis part pour l’Orient et devient correspondant de presse. Son métier de journaliste l’amène à séjourner en France, en Allemagne, en Russie. Envoyé en Espagne par un quotidien anglais, en 1936, il échappe à une condamnation à mort grâce à un échange contre une personnalité franquiste: il relate cet épisode dans son livre Un testament espagnol. Après avoir le parti communiste avec fracas, il s’installe à Paris, où il fonde une revue antinazi et antistalinienne, mais il est surpris par la guerre: interné à deux reprises (voir La lie de la terre), il réussit à gagner Londres. Il devient citoyen britannique et écrit de nombreux articles et romans, dont Le zéro et l’infini, et des essais comme La Peine capitale, en collaboration avec Albert Camus. Koestler a connu Benjamin en 1938, à Paris, rue de Dombasle, où plusieurs émigrés allemands louaient des chambres dans un petit immeuble: Fritz Fränkel, médecin connu qui avait guidé Benjamin dans ses expériences dur le haschich et l’opium, et Hans, le frère de Lisa Fittko. Koestler retrouvera Walter à Marseille en septembre 1940. C’est dans La lie de la terre qu’il évoque la figure de Benjamin: «Ecrivain et critique, mon voisin du 10 de la rue Dombasle, le quatrième dans nos parties de poker du samedi, une des personnes les plus originales et les plus spirituelles que j’aie connues. Je l’avais rencontré pour la dernière fois à Marseille, la veille de mon départ et il m’avait dit: « En cas de coup dur, avez-vous quelque chose pour vous en sortir? » Car, durant cette période, nous avions tous sur nous un petit cachet comme les conspirateurs d’un roman d’épouvante à dix sous; mais la réalité était plus horrible encore. Je n’avais rien et il partagea avec moi ce qu’il avait, soixante-deux tablettes d’un somnifère qu’il s’était procuré à Berlin, lors de l’incendie du Reichstag. Il le fit à contrecœur ça il ne savait pas si trente et une tablettes seraient suffisantes pour le résultat qu’il en attendait. Elles furent suffisantes. Une semaine après mon départ, il prit la route des Pyrénées vers l’Espagne, il avait cinquante-cinq ans et une maladie de cœur. A Port-Bou, la Guardia Civil l’arrêta. On lui dit que le lendemain on le renverrait en France. Quand on vint le chercher pour le conduire dans le train, il était mort. »
Publié par : cat à 16:13:58Permalien
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