Publi le mardi 01 avril 2008

Jordi Pere Cerda, écrivain de Cerdagne

01 04 2008

    (c)Oliveras      Chez Jordi Pere Cerda

    Comme d’habitude, et malgré la fatigue –« C’est ça, la vieillesse », soupire-t-il- Antoine Cayrol me reçoit dans sa petite maison de Perpignan, « trop petite, désormais, voyez tous ces livres, partout ; en effet, sur les tables, des revues et des manuscrits, une Description du mensonge, un ouvrage de Georges Mounin…

            Je viens pour lui demander une photo destinée à illustrer l’itinéraire que je lui consacre –à lui le seul écrivain vivant et actif, parmi les trente choisis- dans mon Guide culturel (et sportif !) de la Catalogne.  C’est Hélène, son épouse, qui va les chercher dans des boîtes et enveloppes : « Nous ne les avons pas rangées à temps, à présent, c’est trop tard ! » Non, ce n’est jamais trop tard car ces trésors recèlent de beaux souvenirs. Des images de la maison en schistes de Saillagouse, des couleurs à Osséja, à la chapelle de la Trinité, ou cette belle série en noir et blanc due au photographe de Gérone Josep Maria Oliveras.        . Pendant ce temps, Antoine lit mon texte avec attention ; la seule retouche concerne Marie-Claire Zimmermann, ancien professeur à la Sorbonne venue passer son enfance à Osséja où son père se soignait ; elle ne mérite pas les adjectifs oiseux, je veux dire les noms d’oiseau dont je la gratifie ; de même pour André Marti : l’expression « le boucher d’Albacete » l’a poursuivi toute sa vie ; il était très autoritaire, certes, mais lui non plus ne mérite pas cette qualification. M.Cayrol est trop gentil…

            Ensuite, nous évoquons les livres qui traitent de son pays "alt", haut, la Cerdagne française. Dans ses nouvelles des années 1980-90, il est question d’une Cerdagne actuelle, contemporaine, « en mouvement, prise entre deux forces de volonté, les politiques de deux Etats, la France et l’Espagne, les deux Catalognes ; c’est la description d’un arrachement à une façon de vivre, sans doute arriérée et en direction d’une vie nouvelle ; j’ai voulu montrer la rupture en Catalogne. »

Au contraire, dans son dernier roman Passages étroits vers les hautes terres, il s’agit de la fresque d’une société : « J’ai essayé d’écrire l’oralité de ces gens simples ; parti de la poésie, il a fallu que je gagne le droit de passer à la prose. La poésie est intuition, pas la prose. J’ai, par moments, des passages naturalistes, mais j’ai travaillé un style plus moderne ; c’est vrai, parfois, peut-être j’ai été influencé par Proust, que j’aime beaucoup ; on me l’a fait remarquer, mais je ne m’en rends pas compte ! »

Enfin, Jordi Pere Cerda me parle de ses mémoires ; après la publication de ses Chants hauts, sorte de premier tome, il a achevé la suite, Finestrels d’un capvespre, manuscrit de trois cents pages, posé là, sur la table base du salon tapissé de livres et de tableaux…Je cherche un éditeur : à Barcelone, il ne veulent pas éditer un livre qui parle de gens qu’ils ne connaissent pas, Enric Guiter ou Sebastia Pons, d’accord, mais Maurice Blanchot, tour de même…Alors, ici, publié par la maison des Trabucaires, ce serait bien…

On attend avec impatience tous ces livres (une édition de poèmes est en cors, grâce à Richard Meier, à Elne) et leur traduction en français. En attendant, Antoine Cayrol a été contacté par une revue -belle, volumineuse et française- pour y insérer un texte : Altermed ne paraît qu’une fois l’an, mais elle promet ! (www.editionsnonlieu.fr)




Renée Lavaillante, le Québec à Collioure

01 04 2008