Jim HARRISSON à Notre-Dame de CONSOLATION, Collioure

28 08 2008

     Depuis le Casino de Collioure, où un solide cocktail a été offert aux auteurs et organisateurs du salon « Un livre à la mer », je monte vers Consolation. Vers Notre-Dame des pêcheurs, des pèlerins, des inconsolables. Nuit profonde me laissant admirer les lumières du village, du port, du château royal, en bas, près de la mer. Mais la route est étroite, il n’est pas question de se laisser aller à la contemplation du paysage. Il faut se dire que la beauté sera demain, comme depuis cent millions d’années, au rendez-vous…

Je monte dans la nuit ; à droite un parapet naturel de schistes ; à gauche, l’abîme, un vertige de vignes et de terrasses cultivées. En outre, à cette heure avancée du déjà petit matin et vu mon état quelque peu miné par l’ébriété, je dois faire attention…

            Je laisse le Rimbau, signalé tout droit, et je vire à gauche, toutes, dans le petit chemin qui descend allègrement. Le parking est rempli de touristes, des trente et un, des quatre-vingt-treize, des Allemands, des Anglais et d’autres plaques d’immatriculation, que je n’arrive pas à identifier. Voici l’entrée de briques, je suis l’allée que je ressens majestueuse, avec ses platanes centenaires, même si ma vue n’est pas très nette. Sans me heurter aux chaises et tables de la terrasse ni aux arcades et piliers en pierre de l’hôtel, j’atteins la chambre trois.

            Je découvre la pièce à deux heures du matin et je dois me lever à sept ! Je n’ai le temps de me familiariser qu'avec la douche et je m’abats, souche sèche, sur le lit qui ne me semble pas des plus moëlleux, mais peu importe…Et puis, une odeur familière habite, me semble-t-il, cette chambre. La réglisse, le bois de chêne, le pruneau d’un vin de Banyuls..Mais un Banyuls de Collioure ; oui, c’est ça, je le reconnais, j’en suis assez imbibé : la Tour vieille.. !

            La nuit est un ange qui passe... Le matin est déjà là et je peux observer la chambre : des plus monacales, un lavabo simple, une armoire fruste, un sommier sommaire, un wc rudimentaire ; surtout, une haute fenêtre, laissant passer peu de lumière : elle est petite et l’auberge est située sous des ombrages et au pied d’une immense forêts de marronniers. Me voici devenu moine, ascète… ? Non, je dois revenir dans la civilisation, la frénésie des livres, les conférences, les vernissages…

            A la réception, je trouve Mme Campadieu qui prépare le café et installe des brioches et des gâteaux. Sous des dehors froids et distants, Christine n’en est que plus séduisante. J’amorce une timide conversation :

-Vous êtes Christine ? On s’est parlés au téléphone, pour la chambre ; je devais rentrer très tard…

-Ah, c’est vous, du salon du livre ! Oui, et je vous ai laissé la clef sur la porte.

-Je l’ai trouvée, je vous remercie, et personne n’avait volé les serviettes ou les rouleaux de papier…

-Il manquerait plus que ça ! Mais ici, c’est calme, nous n’avons jamais eu de vol à Notre-Dame de Consolation…

-Tout a l’heure, j’ai senti une drôle d’odeur près du lit, pas désagréable d’ailleurs, un fumet de Banyuls…Etrange, non.. ?

-Oh ! Je suis désolée. On vous a donné la trois parce qu’il n’y en avait pas d’autre ; l’hôtel est complet jusqu’à fin août, mais on aurait dû la laisser libre afin de l’aérer…

-Je comprends : à Collioure, tous les hôtels sont complets, même les Trois-Mâts…Mais ce vin…

-Je vais tout vous dire. Vous connaissez Jim Harrisson, cet auteur américain, publié chez C.Bourgois, en dix-dix-huit, qui bénéficie d’un immense succès.. ? Il était là, juste avant vous, il vient régulièrement à Collioure et sur la côte, jusqu’à Port-Bou et la Costa Brava…

-Oui, je l’ai lu, il parle de Walter Benjamin dans un de ses romans, mais ses récits sont assez superficiels, c’est du nomadisme littéraire, de la littérature de voyage, dans la veine de On the road de Kérouac…Et on y trouve l’alcool, les excès corporels…

-Avec, tout de même, la satire sociale et politique de l’Amérique contemporaine : les prédateurs de toutes sortes sont critiqués et Harrisson prend la défense de l’écologie, tout en exprimant une certaine culpabilité : son grand-père a participé à la déforestation des Etats du nord…Jim ne se balade pas pour se balader ; il a toujours un objectif, des « moteurs » littéraires qui le motivent. Ainsi, cet été, il est venu ici pour rechercher les manuscrits de Machado. En passant par la frontière, à Cerbère, le poète républicain s’est fait voler son dernier livre. Il ne l’a jamais retrouvé et il est mort d’épuisement à l’auberge Quintana de Collioure…Jim a fouillé partout, les caves, les dépôts, les alentours de la fontaine bleue, là-haut, dans le bois, il a soulevé toutes les feuilles. Il nous a demandé, à Vincent, Cyril, Incarnation et moi-même de soulever un lourd soupirail…En vain, bien sûr !

-Pour écrire et avancer dans ses voyages et son œuvre, il pourrait aller rechercher le trésor des Républicains, caché à La Bajol, à la frontière, du côté sud de la Catalogne, avec la Retirada. Mais c’est une légende. Ou la valise noire de Walter Benjamin, aux mains de la guardia civil de Port-Bou…Là, c’est pas une légende, mais elle a été détruite…Mais on ne sait jamais, il faut toujours chercher. C’est la leçon de La Fontaine, une belle parabole : que les enfants retournent le jardin, ils trouveront toujours quelque chose…Le bonheur, peut-être, plus important que le trésor…

-Et c’est aussi le « Cultivons notre jardin » de Voltaire..

-Oui, c’est ça, c’est beau, c’est sain, ça donne un but, un idéal…Mais tout de même, je n’en reviens pas : Jim Harrisson, dans mon lit .. ! Heureusement que j'étais pas là ! Cette masse, cette brute, cet alcoolo, cette baraque de peau-rouge sur ce pauvre matelas…J’ai de quoi écrire, à mon tour…

 

                                                     ( Extrait d' Un polar mystique - A suivre…)

    A lire : la revue LIRE, été 2006 et 2008, où il est question de Consolation, de Christine…Mémoires de J. Harrisson – De Marquette à Veracruz…(en poche ou chez Bourgois)           




Collioure, un livre à la mer, Saint-Exupéry

26 08 2008

   J'ai eu le bonheur de préparer le 4° salon du livre de Collioure avec Jean-Pierre Gueyraud, éditeur et créateur de cet événement qui apporte au port catalan, connu pour ses peintres, une note littéraire originale. L'équipe de bénévoles, Dany, Marie-Pierre, Alex, Véronique, a travaillé aux expositions, aux stands, à la communication...Mais avec Jean-Pierre Gueyraud et les écrivains et artistes qu'il avait convoqués, cela ne s'appelle pas travail ! Au-delà des conférences passionnantes de François d'Agay, neveu de Saint-Ex, d'Alban Cerisier, éditeur des oeuvres chez Gallimard, de Françoise Wagener parlant avec fougue de Louise de Vilmorin, de Henri-Gilles Fournier, dernier commandant de bord du Concorde, ce fut la soirée animée par Marie-Christine Barault qui restera dans le coeur du public et des organisateurs. Lecture théâtralisée des textes de St-Ex, présence auratique sur la scène et surtout gentillesse et modestie que l'on a pu apprécier, après le spectacle, dans le merveilleux petit restau à tapas de Collioure : elle a un mot pour chacun, elle s'intéresse au livre que vous avez publié, elle ne parle pas d'elle-même mais de l'association humanitaire "Vol de Nuit" (5 rue Roger, 75014, Paris - www.voldenuit-vuelonocturno.org )

       J'ai personnellement apprécié Françoise Wagener, ancienne journaliste au "Monde des Livres" et auteur de nombreuses biographies; comme je suis allé chercher à Port-Bou et raccompagner à Figueres cette femme de culture et de conviction,  elle a eu le temps de me charmer avec toutes les personnalités qu'elle a rencontrées dans le monde littéraire et journalistique; elle va publier un choix de ses articles et rédiger ses souvenirs professionnels. Elle souhaite revenir, comme d'autres, à Collioure, en août prochain : comme on la comprend ! Mais tout le plaisir sera pour nous...

   En bref, des rencontres, une ambiance conviviale, un rassemblement d'individus partageant, avec Saint-Exupéry, les mêmes valeurs d'amitié, de solidarité, de tolérance...Tout sera fait, l'été prochain, à Collioure, grâce à l'appui ferme de Michel Moly, le maire qui défend cet idéal humaniste, fondement de "Un livre à la mer",  pour que tous les invités qui viendront parler de MALRAUX diffusent ce message de paix et de fraternité !

photos JPB :   Gilles Del Papas  -  la librairie de Roger Coste  -   Collioure vue du Château Royal  -  le groupe Jean-Pierre Gueyraud, Gildas Girodeau, Michel Moly, Jean-Pierre Bonnel.        

 

 Collioure depuis le Château Royal

 

Photos de M.-C.Barrault par Loïc ROBINOT  le 24.8.2008.               à venir...

 




Francesca CARUANA, oriflamme à Montpellier, musée Fabre

25 08 2008

  L'artiste F. Caruana, installée en Catalogne, est invitée au congrès mondial de l'eau, à Montpellier; son oeuvre est installée, du 30 août au 19 septembre 2008, devant le musée Fabre.

 On peut regretter le jeu de mots facile inscrit dans le programme du site officiel (et sans valeur étymologique) : eau-riflamme...

Des animations pédagogiques    Montpellier  3 septembre

Lieu : Maison de quartier Frédéric Chopin  Spectacle – débat « l'Eau dans tous ses Etats »  Soirée ouverte à tous (conférenciers du Congrès et tout public)

18h45 : Buffet bio-équitable et « Bar à Eau » avec la CLCV

19h15 : Compagnie « l'Albatros » lecture au balcon avec « jeu d'eau » « Narcisse » et

« la rivière coule ».

19h 30 : Compagnie « Bagages d'Acteurs » « H2O... Paroles d'Eau »

Exposition : «Homicycle» et projection « le bain à Bénarès »

Exposition : Messages pour la Terre et Objectif Image, du 28 août au 20 septembre 2008.

20h40 : Verre de l'amitié + mini débat.

Maison de quartier Frédéric Chopin – 04 67 72 61 83
http://www.montpellier.fr/539-maison-de-quartier-frederic-chopin.htm

Castelnau le Lez   6-28 novembre  Lieu : Centre André Malraux (MJC)

Exposition "Histoires d'eaux : l'eau et les hommes"

Au programme : Ateliers, expositions, conférences-débats à destination du grand public et des scolaires sur le thème de l’eau Contact : 0467029940

Journées environnement   6 septembre - de 9h à 19h

« Les journées de Thau 2008 »

Lieu : Bassin de Thau

Porteur du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux, le Syndicat mixte du bassin de Thau propose dans le cadre des 3ème Journées de Thau une série d’animations gratuites permettant de découvrir les richesses environnementales du territoire en partenariat avec les acteurs locaux (collectivités, associations, professionnels). Vous êtes invités à y participer, ainsi qu’au grand débat public sur la qualité et la protection de la ressource en eau qui sera organisé en partenariat avec l’Agence de l’Eau RM&C le samedi 6 septembre 2008.

Informations et réservations : Offices du Tourisme de Balaruc les Bains – 04 67 46 81 46     http://www.smbt.fr/index.php?




Sensualité de SAINT-AUGUSTIN

18 08 2008

                Saint-Augustin par Ribera (Musée du Prado) 

            Loin de la frénésie olympique et de la féria touristique, mettons-nous à l’ombre et demeurons dans la sérénité d’un bon livre !

            En effet, l’été est une saison propice à revenir à la lecture des textes fondateurs. Parmi ces fondamentaux, Saint-Augustin, né en 354 à Thagaste (Numidie) occupe une place de choix : ses réflexions théologiques sont pour les spécialistes, mais ses textes autobiographiques sont pour le grand public.

 

            L’évêque d’Hippone (l’actuelle Anaba, en Algérie) a écrit plus de cent livres, mais on retient surtout aujourd’hui La cité de Dieu et Les Confessions (*). Les pages les plus  célèbres et « littéraires » de ces mémoires pathétiques, aveux intimes, à l’opposé de celles d’un Rousseau, victime de l’insincérité, concernent l’enfance, l’anecdote du vol, la description du jardin et de la voix d’un jeune garçon ou d’une jeune fille « Tolle, lege ; Prends, lis ! » qui va provoquer la vocation d’Augustin…

Saint-Augustin aurait été ses Confessions par modestie, humilité, pour montrer qu’il ne faut pas le sur estimer, qu’il est un homme comme les autres, exposé aux tentations, accablé par les faiblesses du corps. Il confesse ses « déchéances », n’emploie que des mots négatifs pour qualifier des actes qu’il rejette, au moment de l’écriture. Pourtant, quelle poésie, quelle expressivité dans l’évocation de ses actes sensuels d’avant la conversion, l’appel de Dieu et le baptême ! Ainsi, au livre III, lors de son séjour à Carthage, il éprouve « l’avidité de sentir » : « Je n’aimais pas encore et j’aimais à aimer. Assoiffé de ne l’être pas encore assez. Je cherchais un objet à mon amour, j’aimais à aimer…Aimer, être aimé, m’était bien plus doux, quand je jouissais du corps de l’être aimé. Je souillais donc la source de l’amitié des ordures de la concupiscence… » (page 45)

Même Dieu est invoqué avec sensualité, au livre second : « Les libertins veulent se faire aimer par des caresses ; mais rien n’est plus caressant que votre tendresse, il n’est point d’amour plus salubre que celui de votre Vérité, belle et lumineuse entre toutes… » (p.39)

Avant d’accéder à l’amour de Dieu, il s’agit de résister, de refuser les « vanités de vanités, les misères de misères », ces amies de jeunesse qui le « tiraient doucement par son vêtement de chair » Il décrit de façon imagée cette lutte avec la tentation du plaisir physique et arrive à n’écouter qu’une « voix languissante » qui annonce le dévoilement de « la dignité chaste de la continence ; sereine, souriante sans rien de lascif, elle m’invitait avec des manières pleines de noblesse à approcher sans hésitation… » (livre huitième, p.198) Belle scène que celle du jardin de sa maison de Milan (où il enseignait, après Carthage et Rome), en août 386, qui prépare sa conversion ; en ouvrant le livre de Saint-Paul,  Saint-augustin trouva des phrases fortes témoignant  de son ancienne vie sensuelle : « Plus de ripailles ni d’orgies, plus de coucheries ni de débauches, revêtez-vous du Seigneur et ne cherchez plus à contenter la chair dans sa concupiscence ! »

Enfin, précisons que la vie débauchée du futur évêque ne fut que relative : après avoir pris une concubine et eu un fils (Adéodat) d’elle, qu’il n’épousa pas, car elle était d’origine sociale inférieure, il lui resta cependant fidèle pendant quatorze ans…Et seize ans après le départ de sa compagne pour l’Afrique, on peut lire, dans Du bon mariage, que le théologien ne l’a pas oubliée.

 

 (*) Les citations réfèrent aux pages de l’édition « Les Belles Lettres », Paris, 1956.




Nohèdes, haut Conflent, Madres et lacs

16 08 2008

 Michel Cristofol, Françoise, Pierre Coureux

           La randonnée, philosophie de l’écart

    C’est le 15 août  et vous n’avez pas envie de vous perdre dans les foules des autoroutes ou dans celles des fêtes de villages aux feux d’artifice convenus, dans les bodegas à bières comme à Collioure ou Céret. Vous n’êtes non plus guère inspiré par des prières ou supplications à Marie, qu’elle soit du ciel ou de la terre…

   C’est le 15 août, date fatale, mémorable comme 1515 et vous estimez qu’on ne doit pas faire la fête à tout prix. Vous ne voulez décidément rien faire comme les autres ? Assurément, et j’assume cette philosophie de l’écart quelque peu misanthrope !

C’est le 15.8. et le temps s’est mis au froid, la météo à la neige, à deux mille mètres, et le vent du nord est de la partie. Comme une odeur de fin d’été…Et pourtant vous partez avec des amis  vers les hauteurs du Conflent.

De Perpignan, voie rapide vers Prades, puis à Ria, à droite, départementale 26 vers Conat, Betllans et Nohèdes : attention la voie est étroite et quelques criminels, nouveaux trabucaïres de la route, prennent les virages sur leur gauche.. ! A Nohèdes, étrangers et indigènes descendent de leur piscine ou de leur four à pain pour préparer la grande table conviviale du repas du soir : le 15 août entre voisins, c’est déjà plus malin !

La départementale devient chemin carrossable ; c’est le sentier de rando du tour du Coronat. En voiture vous empruntez la piste qui monte, avec le panneau indiquant un cul de sac. En effet, au bout de 4 kilomètres de bosses et de devers, c’est l’impasse de la réserve de Nohèdes. Vous garez votre voiture et lisez la pancarte de mise en garde : tout est interdit, ici, à part pour les ayant-droits, bien sûr, et ceux qui ne redoutent pas les amendes ; tout sauf votre chien, mais à tenir en laisse. En effet, vous allez croiser de nombreux troupeaux, de vaches en liberté et, en principe parqués de chevaux, moutons et brebis.

Le sentier marqué en jaune monte raide, mais les sous-bois sont tellement beaux et frais…Le soleil joue de ses rayons entre les hêtres et les noisetiers. Vos pas retrouvent souvent la route forestière mais vous poursuivez tout droit dans la forêt jusqu’à un croisement : à droite le lac (gorg) Estelat qui monte vers le cirque glacière situé entre le pic de la Rouquette et le roc nègre (2459m). Sentier un peu abrupt mais le panorama sur toute la plaine du Roussillon est tellement grandiose !On devine la mer, on aperçoit le Canigou, les Albères : on en oublie ses pieds et les muscles des cuisses…

En descendant par le même chemin, vous aurez la chance, en passant près de son refuge (muni d’un capteur solaire), de rencontrer le beau et jeune berger, barbu et chevelu, qui garde les troupeaux, avec 6 ou 7 patous, de juin à octobre. Il est habillé comme en hiver, mais aime cette vie, cette solitude. Pas de téléphone (les portables ne captent pas) ni internet, mais un transistor dans la main en marchant, en arpentant les cotes raides…Il est payé par le regroupement pastoral de plusieurs propriétaires qui bénéficient de quelques subventions. Sa femme et son fils viennent, de temps en temps, lui rendre visite, mais depuis trois semaines le 4x4 est en panne et ils n’ont pu monter…Une philosophie saine dans le regard et les paroles de ce berger, individu obsolète, décalé, qui peut apparaître comme un martien pour certains, ceux qui, en bas, dans les colonies et camps de rétention touristiques, ne connaissent que les délices du progrès…

Si vous prenez à gauche, c’est le col de Portos (Coll de Portus) où stationnent des voitures venues de la vallée d’Evol, pays de Ludovic Massé ; mais ces touristes paresseux et incultes ignorent le grand romancier né ici. A pied vous suivez la route jusqu’au lac de Nohèdes (2082m). Les plus courageux monteront, à partir du refuge vers le massif du Madres (2469m) en passant par le roc nègre.

 Retour par le même sentier, à moins que vous ne vouliez coucher au refuge du Madres et profiter du fabuleux spectacle sur le Capcir, sur l’Ariège plus lointaine ou le Pays de Sault ; d’ailleurs pour rejoindre celui-ci et filer vers l’Andorre, il faut prendre le sentier qui mène à Mosset et suit la rivière Castellane…

Bref, de quoi faire, de quoi se remplir les yeux et se fatiguer le corps. De quoi occuper les 15 août de quelques décennies…Merci Marie.. !

* jusqu’au lac de Nohèdes, comptez 3 heures pour la montée ; pour l’Estelat, une demi-heure de plus. 5 heures jusqu’au Madres. Balade rude mais accessible à tous.

 Spendeur de la réserve naturelle de Nohèdes




Saint-Estève (Catalogne) : Lire en Fête

14 08 2008

VENDREDI 17 OCTOBRE  18h00 Inauguration Espace Saint-Mamet  .  Entrée Libre

 

Visite de l’exposition « André Malraux »

Cette exposition composée de 19 affiches retrace la vie, le parcours intellectuel, littéraire et politique de l’écrivain.

 

Présentation par L’Amicale Philatélique du Riberal  de 3 collections de timbres primées :

Le livre d’Agnès Roussel ( Bergerac) - Le papier D’agnès Roussel (Bergerac) - L’écriture de Joseph Roucayrol (Narbonne)  A cette occasion sera édité en tirage limité un timbre poste sang et or avec le logo national « Lire en Fête »

 

20h30 Conférence / Lecture  « De l’actualité des romans d’André Malraux » 

Par M. Gérard Salgas et Mme Nicole Barnoyer :   A travers une analyse précise, Gérard Salgas montrera en quoi l’œuvre romanesque de Malraux, bien que profondément marquée par son époque, garde toute sa légitimité auprès des générations actuelles. Des extraits de l’œuvre, lus par Nicole Barnoyer, ponctueront chaque point de l’exposé.  Un échange avec le public clôturera la conférence -

Vin d’honneur

 

SAMEDI 18 OCTOBRE 18h30 Conférence

Autour du film « Sierra de Teruel – Espoir », Par Antonio Cistero et   Jean-Pierre Bonnel

 

 M. Cistero proposera un commentaire du film de Malraux, en revenant sur le contexte historique, le rôle que joua Malraux pendant la  guerre civile espagnole et ses rapports avec l’écrivain Max Aub. Ce commentaire sera illustré par un diaporama et de nombreuses photographies du tournage

 

20h30  Spectacle Musical  « Danses du Monde » Par la Compagnie Evidanse -

  Inspiré des différents folklores, ce spectacle s’attache de récréer l’atmosphère et la richesse culturelle de pays tels que le Mexique, la Chine, Israël ou encore l’Espagne. Originalité chorégraphique et évasion seront au rendez-vous.

 

DIMANCHE 19 OCTOBRE   17h00  Remise des Prix du Concours de Nouvelles « L’Espoir »

 

18h00 « La guitare de Garcia Lorca » Guitare et Poésie Par J. Francisco Ortiz

Programme : Por Campanilleros (Arr. J. Francisco Ortiz)

Recuerdos de la Alhambra  (Francisco Tarrega) - Leyenda  (Isaac Albeniz) - Rosario de la Aurora   Mañanitas Granadinas (Angel Barrios)  - Homenage a Debussy Danza del Molinero (Manuel de Falla)

 

Partenaires : « Amitiés Internationales André Malraux » Association culturelle et apolitique qui a pour vocation de promouvoir l’œuvre et la réflexion de André Malraux.  Les professeurs Gérard Salgas, Antonio Cistero et Jean-Pierre Bonnel en sont membres - www.andremalraux.com

 

* J.Francisco Ortiz  Guitariste international, il fut l’élève de Ramon Cueto, Ida Presti, Alexandre Lagoya et Andrès Ségovia. .Prix du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris

. Lauréat de la Fondation « Prestige Perpignan » . Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques

. Médaille d’Argent de l’Académie des Arts, Sciences et Lettres-. Croix d ‘Argent du Mérite et Dévouement Français

 

Compagnie EVIDANSE

Dirigée par Sandrine Chouaï, danseuse professionnelle en danse classique, et Alexandre Romero, chorégraphe et danseur professionnel de Flamenco et danses espagnoles. 16, rue du Paradis 66200 Alenya Tel : 04 68 66 78 09 - romero-66@wanadoo.fr

 

Amicale Philatélique M. Claude Bourdin BP 23 66240 Saint-Estève

 

Renseignements   Bibliothèque Municipale de Saint-Estève

40, rue de la république 66240 SAINT-ESTEVE  Tel : 04 68 92 41 26  www.st-esteve.com

 




Perpignan, rue du Jasmin à Saint-Jacques

13 08 2008

Rue du Jasmin

         Je marchais, comme souvent, dans le quartier historique de Saint-Jacques, où des pierres sublimes s’élèvent au milieu d’un amoncellement de masures et de misères…

    Je me trouve soudain devant la rue du Jasmin. La poésie de l’appellation conduit à la curiosité et à l’aventure urbaine, même si ce quartier-ghetto a des rumeurs d’insécurité. Mais c'est, désormais, beaucoup de bruit pour rien...en attendant le prochain crime qui placera Perpignan sous les feux des médias !

   Jasmin. Blancheur de l'Afrique. Senteur dans la main. Fleur éclose derrière l'oreille...

 C’est sans doute la seule ruelle de Perpignan que je ne connaissais pas encore. Je presse le pas, mu par la curiosité, je monte la venelle qui s’arrondit très vite et s’ouvre ensuite sur une ligne de maison ocre rose.

Un peu déçu, je me rends compte que la voie n’est belle que par son nom évocateur. Le passage est mort : une seule maison semble respirer ; sur le seuil de son domicile, antre à la perspective sombre et infinie, un homme, jeune, petit, obèse. Il ne me regarde pas, je ne suis que le passant rare et incongru, éphémère, peu intéressant. Il tire, de sa boîte aux lettres décervelée, un imprimé. Il le sort de son enveloppe plastifiée, qu’il jette, objet inutile, aux quatre vents du quartier.

         La poésie de le rue du Jasmin l’emporte tout de même sur la laideur du quotidien.

 ce n'est pas la rue du jasmin, mais une rue de Paris. Laquelle..? (La photo du gagnant sera publiée sur ce blog...)

 

 




L'Ouille, crique catalane entre enfer et paradis

12 08 2008

La plage de l’Ouille

 

 

            J’avais déjà évoqué (*) le paradis de cette crique en forme d’olla (ustensile de cuisine catalan), situé à la limite des communes de Collioure et d’Argelès-Le Racou. C’est le torrent du Ravaner, souvent asséché, qui marque la limite et conduit, grâce à son lit, les visiteurs venus de Perpignan (30 km par la voie rapide). On peut se garer au Racou et prendre le sentier des anciens contrebandiers qui court jusqu’à Cerbère et convie à une vue admirable sur la mer. On peut aussi se garer sur le terrain vague situé près des criques de Porteils et du camping du même nom. Il est aussi possible de venir depuis Collioure : se garer alors au stationnement, gratuit, du stade, ou sur les hauteurs du Pla de Fourques  (**)  On descend alors à pied, de façon assez vertigineuse, vers le camping et la plage où une petite guinguette pourra vous restaurer.

            La crique est fréquentée surtout par les étrangers du campement ou par les Catalans qui savent le charme du lieu. Déjà, en 1905, Matisse le connaissait qui prenait le sentier avec son épouse dont il a fait là plusieurs portraits, en japonaise, entre autres.

Cependant, l’Ouille fut aussi le théâtre de tragédies : en trente ans, une dizaine de noyades ont eu lieu entre les rochers hostiles ; ne vous hasardez pas à prendre le sentier littoral en direction de la plage nord de Collioure, très pittoresque, mais désormais interdit. La famille d’une victime belge a intenté, il y a quelques années, un procès au maire de Collioure, qui a fait alors installé des grilles aux deux entrées. S’il était rénové, avec de copieux crédits européens, ce sentier constituerait une des plus belles balades du littoral méditerranéen français. J’en ai la nostalgie : j’ai fait là, autrefois, au temps de mon adolescence sportive, de nombreux footings…

Hélas, à présent, il faut se contenter de courir de l’autre côté, vers le Racou et revenir par les hauteurs de Collioure, entre les vignes qui dominent la voie rapide qui mène à Port-Vendres…

En tout cas, il faut se méfier des vagues, violentes par temps de tramontane ; c’est ainsi que le 8 août, j’ai assisté à la recherche du corps d’un homme de 45 ans qui s’est noyé dans les parages. L’Ouille est un petit paradis mais peut devenir un enfer…

  

(*) CatalognARTS, LesPresses littéraires, 2006, page 81.

(**) panneaux historiques sur ces « Hauteurs de la Justice » et parcours de santé qui fait découvrir les fortifications du fort rond –ou tour de l’étoile-, le fort carré et le fort Mirador, ou Miradou, construit par Vauban et propriété de l’armée où niche un commando de choc…

 les rochers érodés le l'Ouille




Salon du livre de Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales)

11 08 2008

Voici une belle brochette (photo d'Eliane Chelle) d'écrivains de Catalogne ! Qui reconnaissez-vous..? Je vous donne quelques noms, à vous de compléter : Hélène Legrais, Michel Perpinya, Eliane Comelade, Benjamin Jujiau, Gérard Raynal, Jean-Louis Roure, J.Pierre Bonnel...)




Cravan, Arthur, à Barcelone, et ailleurs

11 08 2008

Arthur Cravan n’est pas mort noyé

 

Philippe Dagen, critique d’art au Monde, réinvente, dans cette autobiographie romanesque, la vie du boxeur, trafiquant et poète dadaïste, Arthur Cravan. Il la complète, plutôt, en imaginant que le neveu d’Oscar Wilde, ce wild, ce sauvage ne serait pas mort en 1918, mais aurait fini sa vie en Suisse, vieux retraité en compagnie d’une jeune femme ; il lui aurait caché sa véritable identité, comme il le fit durant sa courte ( effacé à 25 ans ?) vie : lire la litanie de ses pseudos, pages 103-109. Il écrirait ses mémoires, en juillet 1966, sur les rives du lac Léman et retracerait les grandes aventures de son existence : le dadaïste reconnu par Breton dans son Anthologie de l’humour noir, avec deux autres « suicidés de la société » (José Pierre), Rigaut et Vaché.

Sont alors évoqués le sulfureux Wilde, le révolutionnaire professionnel Trotski, rencontré au Noël 1916, le critique littéraire Fénéon l’heureux, Picabia et Duchamp, artistes atypiques comme lui, mais aussi Cendrars le mythomane, le diffuseur de rumeurs plus ou moins saines… Il décrit surtout ses amours, les femmes aimées, Renée, Mina, Laura…

Pour un lecteur installé en Catalogne, il est passionnant de lire le récit des séjours de A.C. de son vrai nom : Fabian Lloyd, à Barcelone (page 71), à Port-Bou (p.74) et à Tossa de Mar, en août 1916, avec Albert Gleizes et Francis Picabia (page 137)…On peut relire à présent ses maigres écrits, texte contre Gide, articles de la revue Maintenant où il remplissait seul toutes les pages et son écrit le plus célèbre « J’étais cigare ».

         P.S. Je recherche le catalogue vendu lors de l’exposition du musée de Strasbourg consacrée à Cravan (2002.. ?) Qui peut me le procurer.. ? Merci ! (06.31.69.09.32.)

    DR: Roger Lloyd Conover




Le chemin Walter Benjamin saccagé !

06 08 2008

  Comme chaque été, je fais, avec des amis, la rituelle randonnée de Banyuls à Port-Bou : le chemin ultime du philosophe allemand, éreintant, sous la chaleur...En ce premier août, Jean-Christophe, journaliste de Bâle, Fabienne et Didier, Denise et Pierre, de Lorraine, l'ont découvert avec leurs pieds, pour la première fois. Ce fut encore un grand moment d'amitié et de sport !

    Cependant, ce qui gâcha la sortie, c'est de constater que les panneaux (la signalisation installée en juin 2007), à la frontière (col de Rumpissa) et, plus bas, du côté catalan (col de la Fareille) ont été arrachés, brisés...L'hommage à l'écrivain juif ne plaît pas à tout le monde, il faut le croire, et l'esprit fasciste (franquiste ou simplement raciste) est toujours vivace...En outre la partie, difficile, du bas de la Tour de Carroig à la Fareille jusqu'à Port-Bou, n'a pas été nettoyée : de nombreuses broussailles et arbustes entravent le sentier ! La municipalité serait-elle moins attentive (depuis la destruction de l'hôtel de Francia) à la mémoire de W.Benjamin..?

 le panneau, au-dessus de Banyuls, est resté intact, mais à la frontière, la plan est par terre, en 3 morceaux :

 

 au col, vers Carroig, Cerbère ou La Fareilles (Port-Bou)




Pyrénées-Orientales : les 2 cultures (Alduy / Bourquin)

06 08 2008

L’émulation culturelle entre les deux « pouvoirs » antagonistes du département (Mairie de Perpignan et Conseil général : CG66) se poursuit. Cet été, le slogan du CG66, c’est « Le culture pour tous, toute l’année. » Beau programme ! Ce vœu est emprunté à Antoine Vitez : « La culture pour tous », phrase elle-même tirée des Chants de Maldoror de Lautréamont.

Ainsi, le CG66 propose des concerts gratuits, de jazz ou des musiques du monde (« Aux frontières du jazz »; par exemple, en juillet) de qualité, avec Richard Galliano ou Robin McKelle, à des prix modiques (5 ou 10 euros) La mairie, par l’intermédiaire des « Estivales » programme des spectacles plus ambitieux, de renommée mondiale (Béjart, Cunningham l’été dernier, Carmen…) mais les entrées sont autour de 30/40 euros, tout en offrant une gamme de réductions (carte duo) ou des « Scènes ouvertes » animées par de jeunes compagnies de théâtre : ces pièces, à un prix abordable, ont « vocation de promouvoir la création théâtrale et de soutenir la diffusion de troupes en émergence et de jeunes artistes », selon l’organisateur Joël César.

Les deux entités politiques catalanes rivalisent donc et, dans des lieux prestigieux (Campo Santo et Palais des Rois de Majorque) tentent de capter un large public, grâce à des spectacles populaires et à des prix plus ou moins modestes. Cependant, comme aucun coordination n’existe entre elles, mais plutôt la guéguerre et une rivalité agressive, la culture  -et le public- peut y perdre, à ce jeu-là ; en effet, le même soir, le spectateur peut hésiter entre deux programmes alléchants ;et c’est le prix d’entrée qui sera déterminant…

Alors que faire ? S’entendre pour que la culture soit moins malmenée.. ? C’est surtout la question récurrente d’une culture « populaire » et presque « gratuite » qui est encore ici posée. De nombreux artistes et intellectuels ont récemment (Le Monde du 9 juillet 2008) signé un point de vue, « Culture ne rime pas avec gratuité », à propos du projet de loi « création et internet », afin d’adapter le financement de la création et la rémunération des auteurs à l’heure de l’ère numérique. Les signataires (Costa-Gavras, Tavernier, Blier, Lelouch, Gérard Jugnot, J.-Jacques Beinex…) affirment « Nous ne sommes pas prêts à sacrifier à la mode de la gratuité de la culture qui reste une escroquerie intellectuelle et à nous résoudre à voir les capacités de création de notre pays battues en brèche et laminées… »

Avec le piratage de chansons, musiques, vidéos, films…l’auteur est volé et son œuvre se voit distribuée sans contre-partie financière. Ce n’est pas, bien sûr, le cas du CG66 qui paie les artistes invités, mais le département a beaucoup plus de ressources financières que l’association des « Estivales » et la compétition ne semble pas équitable. La solution, alors ? Que la mairie de Perpignan de J.-Paul Alduy investisse plus dans la culture, pas simplement dans la structure (projet du nouveau théâtre de Jean Nouvel, alors que C.Bourquin propose, à juste titre, de rénover l’adorable théâtre à l’italienne de la place de la République) mais aussi dans les subventions, aux associations, organisateurs …

Cependant, on a noté, depuis l’instauration de la gratuité pour certains musées nationaux, que la mesure bénéficie aux classes moyennes et supérieures intellectuelles et non à un public populaire : c’est toujours les mêmes qui entrent dans un musée et l’initiation aux arts, par les parents, ou l’éducation, par l’école, sont essentiels.

 A l’opposé, il est à noter qu’un public « populaire » est prêt à payer cher le spectacle d’un comique ou d’un chanteur à la mode (c’est le cas de la saison avec Boîtaclous, les places avoisinant les 40 euros !) : il n’y donc pas que les soirées pour publics restreints ou initiés (Opéra, Festival d’Aix, de Bayreuth, de Salzbourg ou les représentations à la cour d’honneur d’Avignon) qui sont excessives…

Il faut revenir à la question : « Qu’est-ce qu’un spectacle populaire et qu’est-ce qu’un public populaire ? »

Stigmatisant les médias actuels et la télévision, en particulier, Pierre Jourde, prof. à l’université de Grenoble, écrit : « Il y a de vrais spectacles populaires de qualité. Le public demande ce qu’on le conditionne à demander. On a presque abandonné l’idée d’un accès progressif à la culture par le spectacle populaire. Hugo, Chaplin, Molière, Prévert, René Clair, Jean Vilar, Gérard Philippe étaient de grands artistes et ils étaient populaires. Ils parvenaient à faire réfléchir et à divertir. L’industrie médiatique ne se fatigue pas : elle va au plus bas. » (« La machine à abrutir », Le monde diplomatique d’août 2008, page 28)

On aborde alors le problème de la hiérarchie des arts et des cultures. Et, à ce propos, il ne faut pas avoir peur d’affirmer (ni de passer pour élitiste !) que tout ne se vaut pas, la Flûte enchantée de Mozart et un sketch d’Elie Semoun, un film de Fellini et les Chtimis, une chanson de Léo Ferré et une autre de Carla Bruni, les caricatures de Goya et celles de Charlie Hebdo, une sculpture de Rodin et une photo exposée aux « Rencontres » d’Arles, une pièce d’Ionesco ou de Koltès et une dialogue de boulevard, du style « Au théâtre ce soir »…

Ne pas confondre divertissement (plaisir nécessaire, bien sûr !) et création qui donne à penser et une vision approfondie de la condition humaine et des grandes questions de la société contemporaine.

On ne peut mettre sur le même plan culturel un tableau de Rembrandt, ou de Picasso et la toile d’un « peintre du dimanche » ou une « installation » d’objets manufacturés (même si, souvent, l’enjeu est satirique : critique de la société marchande, de la représentation picturale traditionnelle, provocation…Marcel Duchamp a montré, depuis longtemps, le chemin !) La culture exige un effort ; Hugo et Molière sont populaires, accessibles facilement, mais René Char, Claude Simon, Proust… ?

 

Jack Lang, grand Communicateur, grand Masturbateur de cervelles, a instauré avec brio des journées culturelles populaires « fête de la musique », par exemple, où un orchestre symphonique est  au même niveau (le bitume, la rue) qu’un gratteur de guitare ou qu’une bruyante formation de rock. Il était cependant conscient des « valeurs » et de son échelle,  et l’homme « de gauche » était pris dans un débat entre élitisme et populisme, entre culture authentique, érudite (connaissance des racines des civilisations, de l’étymologie des langues) et culture mise à toutes les sauces de la mode médiatique et de la société du spectacle (culture d’entreprise, culture-confiture dont on étale la prétentieuse vacuité !) Essayant de concilier l’inconciliable, J. Lang lança le mot d’ordre de « culture élitiste pour tous » : marier le divertissement et le spectacle de qualité (à ce propos, on regrette les émissions de Jacques Chancel, diffusant la « grande » musique à 20h30, sur les chaînes publiques !)

Cependant, malgré ces efforts louables pour faire accéder le plus grand nombre à des œuvres difficiles (l’opéra, le livre de philosophie, la poésie contemporaine…), il est évident que tout se joue dans l’enfance, dans la famille : la transmission, l’héritage culturel des grands-parents sont primordiaux. Mais la famille, aujourd’hui, éprouve tellement de difficultés : pouvoir d’achat, chômage, tendance à la facilité, à l’assistanat, manque de courage, perte des repères et des valeurs (et l’exemple négatif est montré par « la France d’en haut », celle des ministres, ; des bureaucrates et des PDG d’entreprises !)

L’enjeu d’une culture populaire se trouve alors entre les mains de l’école (assume-t-elle cette mission ?) et les efforts louables des structures locales et départementales ; mais quelle aporie, ce projet de culture « moyenne », introuvable entre les grands chercheurs et intellos (Lévi-Strauss, Hagège, Morin…) et les grandes messes de la télé, privée ou publique (le sport et le foot, en particulier, phénomène « culturel » dominant, les feuilletons américains, « romantiques » ou de « californication », le show de la « reality » (télé-réalité), la vie « bling-bling » des gouvernants, incultes le plus souvent et dont l’œuvre civilisatrice est d’abêtir le bon peuple pour mieux le gruger.

La culture a encore de longues années noires devant elle…




Nymphéas de Manet, Traces du Sacré...Villégiature à Paris (2)

06 08 2008

 de Jean Nouvel   

l'Institut du Monde arabe - Les Arts premiers - En bas, sur l'esplanade du Centre Pompidou, rassemblement pour

 Marina Petrella

Voyage à Paris (2)

 Le baiser de Rodin

* Orangerie : les nymphéas de Monet

 Laissant Maillol et Tuileries, voici l’Orangerie, édifiée sur un bastion du XVI° siècle, une des enceintes de Paris, celle des « Fossés jaunes » ; Louis XIV, par la suite, délaissa le rempart et Paris devint « ville ouverte ». Orangerie, rêve d’orangeraies, je me souviens des routes andalouses et des villes maures et grenadines. Mais ici, il s’agit d’une autre culture, les serres des nymphéas. Monet, de 1895 à 1926, peint son « jardin d’eaux », jardin d’éden, bouquets d’eau et de fleurs, de mer et d’espace, monde presque abstrait, à part les ronds des nénuphars ou les stries colorées de l’eau, des masses de nuages aquatiques ; c’est une sorte de carte astronomique du ciel, des océans et des terres émergées. C’est un Okusaï occidental, serein, apaisé, une immensité vague aux eaux maîtrisées. Il s’agit d’une utopie, d’un idéal de paix, d’une existence sans vagues à l’âme, mais de songes bleus, violets, ocres, roses, de drogues naturelles avec leur infinie gamme de verts…

Au cœur de la salle oblongue, œuf d’une création mystérieuse et mystique, les touristes sont prosaïques et pesants, courbés sous le faix des gadgets numériques, Chinois laids, Allemands grossiers, maniant les flashes intempestifs du viol et de la bête reproduction photographique ! Ne savent pas faire silence, pourraient se coller un audio guide sur les portugaises et un idiot guide en guise de muselière…

Il faut laisser parler la bouche d’ombre et d’eau, la fresque creusée, concave, bassin où l’on plonge le regard pour se rincer les yeux et se rafraîchir l’âme…Les couleurs sans contours dessinent des continents, tout ce vide d’hommes, d’absences de constructions humaines, est un plein d’énergie. Ici, je plane, je m’avachis, je reste, de longues minutes, assis et je crois en cet instant que la peinture, comme la poésie, est un état d’âme, le ravissement de la portraiture dans la « peinture » actuelle. Dans la seconde salle, des arbres pleurent la connaissance perdue et le spectateur, devenu promeneur dans un parc imaginaire, retrouve soudain des repères naturels : un lac, un marécage, un lieu romantique…

Je voudrais bien saisir de quel bois il était fait, cet homme en barbe et en costume d’une autre ère… Il se baignait dans son jardin-tableau, il y trouvait l’aléatoire et un espace en extension, piscine illimitée, volcan où surgissent des jaunes ouverts, des fleurs en fusion, des cascades de saules, des fontaines florales, les formes fluides d’une nature subjective, propre à Giverny ou à un paradis, entre Seine et mer, près de femmes cachées dans des fourrés énigmatiques, où s’inventent des écoulements de lumières et de cuisses, des théâtres de reflets, de frondaisons noires, de seins charnus et comestibles…

 

Ce parcours dans un drôle de musée est une immersion, pas une balade, un prétexte à spectacle de grandes eaux. La frise tourne les têtes, vous encercle, et vous ne pouvez que plonger dans cet enveloppement, même si la toile semble présenter un monde à plat, sans perspectives…Et s’il n’y avait pas de fond.. ?

Dehors, dans les jardins de la réalité, je photographie le quatre sculptures de Rodin, posées là, un peu au hasard. Aux Tuileries, le désordre des œuvres de Maillol est étudié, les séparations matérialisées par les haies créent des groupes homogènes. A Perpignan, qui se  veut ville maillolesque, les deux statues de la promenade sont perdues, petites sous les platanes, sans un mot d’explication, sans la moindre mise en valeur : le bronze jaillissant sur un parterre de pelouse bien verte, le personnage juché sur un socle…Comment se peut-il que des responsables culturels aient si peu de jugement ou de goût. A choisir, on préfère le mauvais goût à l’absence totale de goût…

Donc Rodin, des statues échelonnées entre 1881 et 1905 : Le baiser, L’ombre, Eve, la Méditation avec bras. Voici un créateur violent, profond, tourmenté, qui ne se contente pas de formes douces ou de corps harmonieux. On aimerait tant que Maillol n’ait engendré que des Monuments à Blanqui

 

Tout près, le Jeu de Paume est désormais consacré à la photographie : un autre beau lieu perdu pour les arts majeurs ! Richard Avedon expose des portraits d’individus de toutes classes sociales, de tous âges…Le regard est fixe, impassible, aucun sentiment ne passe ; pourquoi sont-ils là, posant, ces travailleurs de l’Ouest américain, ces Noirs, ces femmes fatigués ? Pour l’argent ? Sans doute. Le photographe les a voulus ainsi, dans la double fixité de la pose et de l’éternité du noir et blanc, de la laideur et de la beauté, de l’angoisse du quotidien et de la pensée de la mort. Autre tonalité dans l’album sur la famille Kennedy : couleurs, sourires, aspects officiels, mais aussi détente et naturel dans les petits clichés des planches contact…

Je repars dans ma folle marche parisienne jusqu’à l’entrée du Palais-Royal et j’entends déjà des dialogues à la Diderot. Le garçon de café du Nemours me dit :

-         Le café est à trois euros.

Je regarde la carte et lui montre le prix : deux euros cinquante !

-Mais il est quinze heures…me rétorque-t-il.

-Je ne vois pas le rapport, et le ton de ma voix commence à monter.

-Et pourtant c’est quinze heures deux !, ose-t-il poursuivre de son air narquois.

-Vous pouvez raconter ce que vous voulez, je ne paierai que 2,50.. !

-C’est dangereux de boire un café à partir de quinze heures, poursuit-il sans se fâcher mais de façon toujours énigmatique. Moi je le prends pour un plaisantin ou un impoli. Un provocateur ou un malpropre. Cet homme prosaïque a du répondant, il cache son jeu et, qui sait, une culture plus étendue que son statut de serveur ne le laisse présager…C’est, à coup sûr, un descendant du célèbre neveu de Rameau ! En tout cas je reste interloqué. Constatant que je me rouvais dans une mauvaise passe, Albert - appelons-le ainsi - eut pitié de moi et, tout goguenard, me lança :

-Lisez bien la carte, c’est écrit tout en petit sous expresso : « A partir de quinze heures, le prix du café est majoré : trois euros. »

Les allées du royal palais est toujours peuplé d’êtres merveilleux, de marginaux comme on les trouve dans les romans de Jim Harrisson. Ces joueurs de pétanque  s’arrêtent de jouer au passage de deux étrangères exagérément grandes, et se font des mimiques et s’échangent des regards médusés et convoiteurs…

            Je n’ai pas le temps de capter toutes ces scènes, toutes ces paroles, je dois rejoindre Ana, Françoise et Pierre au Centre Pompidou. Sur l’esplanade de Beaubourg, lieu de rencontre, de dmonstrations diverses, une petite manifestation demande la libération de Marina Petrella, ex-militante terroriste italienne, retraitée des Brigades rouges ; elle doit être expulsée mais a entamé une grève de la faim. Mon sentiment est si partagée que je me place, durant quelques minutes, dans la petite foule où je côtoie Onfray, l’abbé Pierre, Cravan, Ségolène et Duchamp flanqué de Villon et de Duchamp-Villon ; puis je m’extraie du groupuscule pétrellien pour prendre du recul et des photos. Je les mettrai dans mon blog afin d’informer mes cinq mille amis connectés chaque mois. Je pourrais aussi vendre ces clichés à une agence ou à un journal, mais ce genre d’événement est tellement courant…

 

            Au fait, je m’en aperçois, j’ai oublié de parler de la collection Paul Guillaume, à l’Orangerie…

 

 * Traces du sacré au Centre Pompidou

 

             Voici une expo ambitieuse : Traces du sacré. Signes du sacré, sacré sens, sacrées traces : il s’agit de s’interroger sur les rapports qu’entretiennent art et spiritualité en Occident, au XX° siècle ! On a placé au centre de l’expo les trois catastrophes qui ont marqué le siècle passé : la guerre de 14-18, la Shoah et la bombe nucléaire à Hiroshima-Nagasaki ; la chronologie part de 1919 avec ce « désenchantement du monde » décrit par Max Weber, jusqu’au constat provocateur d’un artiste actuel comme Damien Hirst : « Je crois que l’art contemporain est un mythe… »

            En tout cas, les organisateurs estiment que le sacré (pas le religieux ni l’irrationnel, mais la part la plus élevée de l’homme) parcourt le siècle précédent même s’il a donné une apparence ordinaire, profane et souvent vulgaire : barbarie, racisme, tortures, pouvoirs de l’argent, trompeuses séductions des médias…faisant croire à la mort de dieu, puis à celle de l’homme.

            Pourtant, les néons de Bruce Neauman affirme, à l’ouverture de l’exposition : « Le véritable artiste aide le monde en révélant des vérités mystiques. » Le siècle passé ou celui à venir- est-il ou pas mystique.. ? Constate-t-on un retour du religieux.. ? On ne pense pas, mais le phénomène est peut-être insidieux, dans les têtes, les secte, le discours politique, le bourraaaaaaaaaaaage de crâaaaaaaaaane médiaaaaaaaaaaaaaatique…

 

 J’ai aimé les œuvres sacrilèges : La prière de Man Ray (1930) ou, de Max Ernst : La Sainte Vierge corrigeant l’enfant Jésus, qui en perd son auréole. C’est désormais l’ironie de Cattelan qui prend le relais, avec le personnage de ce petit garçon, montré de dos et qui se dévoile quand vous faites quelques pas vers lui ; vous sursautez : il s’agit de… Hitler !

        Et le Louvre d’art. Pas pour cette fois ! Basta ! Saturation ! Plus tard, l’œuvre d’art !




Les écrivains de l'été, Hélène Legrais, Gérard Raynal à Vernet, Collioure...

04 08 2008

Après mon voyage à Paris et dans la fraîcheur des librairies de la capitale, voici les fêtes livresques de l'été : le 2, c'était à Vernet-les-bains; le 9, ce sera Prats-de-Mollo, au bout du Vallespir et, le 22, le salon du livre et de la mer, à Collioure : j'espère y dédicader enfin mes 30 itinéraires culturels en Catalogne (sous presses...du Languedoc)              Gérard Raynal et Michel Perpinya          Vernet, où les pêches se vendent mieux que les livres

 




CHAPPERT-GAUJAL : sculptures à Leucate

04 08 2008




Sur l'A75, de Pézénas à Saint-Flour

31 07 2008

Villégiature à Paris I

     ô Millau 

1. A l’aube : Six heures, le soleil se lève sur l’étang de Salses, sur la frange de sable qui abrite Coudalère, Barcarès, Port-Leucate, et un train qui glisse entre étang et mer et on a, malgré le sommeil, envie de chanter La mer.

 

2. Sur la route : De Narbonne à Béziers, de plus en plus de gens et même de routiers prennent la nationale, en dépit du barrage de Coursan, ses feux à l’entrée et ses viticulteurs qui osent se balader en tracteur, avec ce soleil et ces cohortes de touristes ! C’est la question du pouvoir d’achat, redondante cet été : l’essence est trop chère, on ne peut plus prendre l’autoroute…Mais on risque des amendes avec tous ces  automates flasheurs et l’économie réalisée sur la nationale fondra vite…Solution abrupte : nationaliser les autostradas ! Avec ce phénomène, soit il y aura moins d’accidents car on ne peut rouler vite, soit les automobilistes prendront des risques : connaissant un peu l’Homo-conductor, je parie, cher Pascal, pour la seconde solution !

A hauteur de Montpellier, un accident mortel sur l’autoroute, c’est pour cela, peut-être, que les mouches sont détournées…

Des travaux titanesques à Pézénas avant de rejoindre l’A75 : la jonction n’est pas pour demain, le TGV passera avant ; ça n’empêche pas une belle pensée pour Molière qui, lui, circulait en charrette…

La strada giscardienne monte à travers Larzac, Cévennes, Causses, grands déserts faits pour les troupeaux ovins, la marche ou la rando à dos de mule, pas vrai, cher Stevenson.. ?

 

3. Vers le centre de la France : Elle monte toujours, la région Languedoc-Roussillon, par la Couvertoirade, Saint-Guilhem, Le Caylar, les chaos de Montpellier-le-jeune-et-le-vieux, elle s’étire vers le nord si loin de la Méditerranée : Millau, son pont suspendu, dentelles du viaduc moderne. Pour bien le voir, depuis l’escalette qui sert de panorama sur la ville colonisant la vallée, depuis l’ancienne nationale et ne pas payer le péage : c’est connu, dès qu’on monte dans le figuier, on ne voit plus les beaux fruits convoités ! Approches du Cantal : le viaduc de Garabit, au métal peint en rouge, paraît rouillé et antediluvien, pauvre Eiffel !

Puis l’A75 est gratuite et avance par monts et par vaux, Saint-Flour, sur son plateau inaccessible, Issoire (histoire, pour moi d’excès de vitesse, l’autoroute étant soudain et souvent limitée à 110 !) jusqu’à la chaîne des puits qui cernent Clermont et Ferrand : il faut, c’est vrai, cher Michelin, de bons pneus, ici, surtout l’hiver…La courageuse voiture ronronne : Vichy, pas une larme pour Pétain, Moulins, Nevers et le pont Bérégovoy : de la route, j’aperçois le sentier de halage où le maire-ministre se promenait et se tua, un jour, en étant tué, par les requins de la politique, les médias cannibales et la bêtise généralisée…Une larme pour Béré !

 le viaduc de Millau

 

4. Les banlieues : L’heure et le bitume s’écoulent, voici Nemours et Fontainebleau, pays de châteaux, banlieues de Bobos…

 

5.Paris-plage, Paris-embouteillage

 

 Avant la sortie à la porte d’Italie, c’est le bouchon sur le périphe ; un panneau lumineux demande à tous ceux (banlieusards, travailleurs, gens n'étant ni bobos ni touristes) qui n’ont pas à se rendre dans le centre-ville d’éviter ces lieux en raison du phénomène de pariplage… Des files en attente sous le soleil, des individus qui oscillent entre leur lieu de résidence et leur lieu de travail, ne connaissant de la capitale que ses limites d’immeubles, que ses boulevards de ceinture ; justement, de ceinture, parlons-en, en cet été 2008, on ne partira pas en vacances, ou alors trois jours dans le camping de Saint-Maur, le temps de goûter un peu au farniente de guinguettes… Vivre ici, dans les transports, le bruit, la pollution, la chaleur fausse des voies « rapides » : est-ce ainsi que les hommes vivent, avec si peu d’argent.. ?

 

     Loin de cet enfer, la ville intra-muros semble calme et belle : soleil pur, terrasses joyeuses, peuplées de jeunes gens cosmopolites, beaux et insouciants, autour de Bastille, monde de la jeunesse reflétée dans les miroirs de l’opéra. Quatre athlètes brésiliens, les muscles mis en valeur par les couleurs de leur pays, font une démonstration digne du cirque Gruss, sur les trottoirs… Et puis, des expositions partout, des pages dans Pariscope, Camille Claudel, les traces du sacré, Za-Wou-Ki, la galerie Louis Carré, la peinture chinoise chez Maillol, la Polynésie aux Arts Premiers, la vie romantique ou les Mignard du musée Carnavalet…

Ma petite auto voit Paris pour la première fois ; elle découvre la montée vers le Père-Lachaise, l’avenue de la Roquette, de Ménilmontant…Devant le cimetière, un campement de sans-domicile-fixe ; ils se sont fixés là, ils étaient déjà sur ce trottoir, en décembre, devant l’arrêt de bus ; il n’y a que leur « mobilier qui s’est agrandi : des chaises branlantes, des morceaux de bois, des ustensiles de récupération : tout cela suggère une « installation » muséale inattendue ! Je suis sûr que si on la propose à Beaubourg, ils la prendront…

Les arbres du cimetière-musée ont verdi, les hauteurs sont plus souriantes, on est loin de la noirceur et du froid du temps de Noël, et puis, voici des cars de touristes, avec guide et plan des tombes célèbres. Les ados vont se lamenter devant Jim Morrison, les amoureux s’attendrir avec Héloïse et Abélard, les mamis, lectrices de Voici, colérer devant la photo de Nadine Trintignant…Et des larmes, des soupirs, devant les pierres qui cachent Montand, Signoret, cote à cote, et Déproges, dans un berceau d’acier et de vieilles herbes, qu’on croirait mort depuis dix siècles.. La tombe la plus fleurie, celle de Chopin ; à deux pas, le discret géant du jazz, ce nain de Pétrucciani… Plus haut, la sculpture, debout, du digne Vivant Denon, l’érudit, tandis que l’insurgé Richard Lenoir est allongé dans son bronze, usé à l’endroit du sexe : il paraît que si le visiteur caresse cette partie de son anatomie, dure, certes, mais grâce à l’armure de l’art, il captera de l’énergie…

J’accompagne Ana à son boulot, au musée Picasso : je laisse, ô privilège, la voiture dans les sous-sols, je revisite le musée et me pieds encore dans le dédale des salles ; on mange, repas sobre mais sain, dans les jardins de l’hôtel Salé, on parle du catalogue qui est presque achevé, prêt à être imprimé, pour l’expo du Grand Palais, à la rentrée : une journée entière avec Pablo, à Paris, c’est plus agréable qu’à Barcelone ou Malaga. Je rentre de nouveau contempler la Nevinbumbaau, dans sa vitrine : ogresse munie d’un sexe mâle, dont l’aura troubla Matisse ; lors d’une visite de Picasso en 1951, Matisse l’offrit à son ami, qui ne la prit pas tout de suite, prétextant que l’œuvre ne pouvait pas entrer dans sa voiture : lui aussi avait été quelque peu remué ! C’est Pierre Matisse qui remet le personnage, utilisé lors des rites de fécondité au Vanuatu, île des Nouvelles Hébrides – à Picasso, fin 1954…Et voici La Nevinbu…devant nos yeux occidentaux étonnés…

Dans le Marais jusqu’à la Seine, où je préfère la fréquentation des bouquinistes (tiens, un Durliat, un Brasillach, un Sylvestre Clancier, les Mémoires, On a le temps, de Pierre Daix…) aux exhibitionnistes de Paris-plage d’artifice. Le sont-ils, eux aussi, ces nombreux handicapés que je croise sur les trottoirs entre Cité et Tour Saint-Jacques enfin déshabillée de ses échafaudages.. ? Une SDF sans âge et sans jambe gauche, sur fauteuil roulant, lourd de poches plastique ; une jeune femme aux formes amples, aux cheveux noirs et à la main droite amputée ; une vieille habillée de noir, cassée en deux, le regard qui ne voit rien de l’effervescence de la rue, mais le verre qu’elle tend à une hypothétique générosité…

C’est un monde autre, dans la fraîcheur du BHV, c’est la modernité : des ustensiles de cuisine à profusion, les arts décoratifs culinaires pour la femme aux fourneaux, des gadgets de salle de bains, l’occasion unique d’avoir votre rouleau de pécul dans un appareil esthétique, à l’insolente beauté métallique…

 

Mes pieds me portent et je supporte leurs ampoules, depuis La folie-Regnault, Roquette, Bastille, Institut du Monde arabe toujours étonnant grâce à Jean Nouvel, boulevard Henri IV, Saint-Germain, rue de Buci,  de Seine, Jacob, quai des Tuileries, l’Orangerie. Je me repose sous les allées ombragées de tilleuls, où des gens solitaires courent, où des bandes de jeunes déplacent les lourds fauteuils de métal vert, pour parler fort et jeter des bières dans leurs tripailles et les parterres de fleurs.




Ingres, conférence de Florence Viguier

30 07 2008

Au musée d’art contemporain de Saint-Cyprien, Florence Viguier, conservatrice en chef du musée Ingres de Montauban, a tout de suite relié sa conférence à la précédente, sur l’art conceptuel, en citant L. de Vinci : « L’art est une chose mentale ! » Nous montrant la photo d’Ingres à 84 ans, en 1864, la conférencière revient à l’incipit, la naissance du peintre à Montauban en 1780, ce qui explique la richesse de ce musée de province : 4500 dessins, 38 toiles et des centaines d’objets divers. F.Viguier va ensuite dérouler la vie d’Ingres, durant deux heures et demie, ce qui est trop long, d’où les nombreuses défections dans l’auditoire (de 18h à 2030)…à travers des chapitres ou séquences : l’élève de David et l’académisme, l’influence de Raphaël, le maître absolu, les portraits, le premier séjour en Italie (Rome et Florence, en 1806)…

 

Elève de David, disciple de l’Académisme : en 1799 à Paris, Ingres travaille dans l’atelier de David et copie le serment des Horaces (à voir au Louvre) : au XIX° siècle, il faut copier pour acquérir son art ; il obtient le prix de Rome avec les Ambassadeurs d’Agamemnon. Mais le maître absolu, c’est Raphaël ; ses cendres se trouvent au Panthéon, à Rome, mais Ingres réussit à obtenir un os du maître italien ; cette relique est aujourd’hui au musée de Montauban… De nos jours, on aime Ingres pour ses nus et ses portraits ; or il considérait le portrait comme un art mineur : il veut devenir un peintre d’Histoire ! Cependant Baudelaire écrivait que le portrait était «  la reconstitution idéale des individus » et il n’y a qu’à contempler au château de Chantilly, son fameux Autoportrait  et le Portrait de Caroline Rivière (fille d’un ami de la famille, un grand collectionneur) : il s’agit là de l’image d’un ange, mort l’année de la composition du tableau (en 1805, elle n’avait que 25 ans) ; à partir de là, Ingres commence à déformer les corps : goitres, triple seins des femmes, dos courbe, compositions en « tire-bouchon », ainsi La grande Odalisque, commande de Caroline Murat, sœur de Napoléon : on note trois vertèbres en trop, des pieds de « monstre » qui n’a jamais marché et ce goût pour le corps morcelé !…L’auditeur peut alors jeter un œil sur les formidables estampes exposées dans la salle et juger où en est arrivée la peinture…

En 1806, Ingres passe un premier séjour à Florence et à Rome, au cœur même de cette nouvelle science, qui naît au XIX° siècle, l’archéologie. Ingres se représente dans son atelier de Rome avec sa femme Madeleine Chapel et son violon, exposé désormais à Montauban. Il fait aussi à cette époque le portrait de Napoléon Ier (aux Invalides), Jupiter et Thétis (au Musée Granet d’Aix)

En 1832, Ingres peint le portrait de M.Bertin, directeur du journal « Les débats », représenté en « gros fermier », cet homme puissant symbolisant l’ascension de la bourgeoisie au 19ème siècle, ainsi que le portrait du Duc d’Orléans, fils de Louis-Philippe, mort l’année même de la commande : ce fut un énorme succès et de copies vont circuler…

Ingres recherche le beau idéal : la nature doit se plier aux constructions géométriques, avec ses courbes totales : il faut représenter en même temps le devant du corps et le dos, d’où cet œil droit qui pointe et ce sein droit aperçu, alors que la toile représente le profil gauche (au musée Bonnard de Bayonne) : Picasso observera bien ce « maître » et représentera toutes les dimensions d’un objet ou d’un corps avec le Cubisme….

Et la conférence, érudite, passionnante, mais longuette, s’achèvera sur d’autres chefs-d’œuvre, avec les anecdotes qui s’y rattachent : La libération d’Angélique, sujet pris à l’Arioste et qui nous rappelle, ici, en Catalogne, la légende de Sant Jordi…La Fornarina (la boulangère-sans mitron) et Raphaël, Paulo et Francesca</