Publié le mardi 3 juin 2008
Saint-Lary la poésie

Au-dessus de Saint-Lary
Sur le versant à l’adret
adroit malin le promeneur
quand les pistes d’Espiaude et les lacs de Néouvielle
meurent dans les brouillards traversés d’un vent froid gorgé de glace et de neige
sur cette pente d’herbe
à cheval sur les mines de schistes et les carrières d’ardoises
j’imagine le circuit des éclats d’eau dérivant en lagunes minuscules
et je me représente la rue piétonne de la ville
là-bas au-dessous bien campée dans la vallée
avec ses foules minuscules allant et venant dans les commerces bondés
suis-je mieux ici à l’écart au soleil
sans doute
l’espace de quelques heures pas plus on s’ennuie vite du monde de sa rumeur
le temps d’appréhender la solitude
de s’accoquiner avec cette fille de perdition
mais le besoin de croire en l’homme vous revient et vous fait vite redescendre
ours temporaire très saisonnier
jusqu’aux terrasses de cafés
jusqu’à la culture des maisons de la presse
J’aime la montagne
et pourtant
elle ne m’inspire pas j’écris peu sur elle sur sa peau de mélèze et de pin
je n’inscris presque rien sur son enveloppe neigeuse
ne sais que dire quand je suis vautré dans sa démesure
sans doute car je suis bloqué par tant de beauté
rien à dire au paradis
qu’à regarder goûter jouir vivre sentir vibrer de toutes les tripes
avec ce désir malsain
peut-être
de ne pas vouloir partager ce bonheur
d’où ce désert de mots cette sècheresse de poésie cette absence de prose
plus besoin d’œuvre ici l’immortalité est à vos pieds ravagés
Oui c’est ça je garde l’éternité pour moi seul
Ou une compagne guidée par le même désir de retirement
Et avec ce chien qui suit imperturbablement
De sables en montagnes de villes en villages de mers en neiges
Et je ne saurai jamais s’il aime ces paysages
Qu’est-ce la beauté pour un animal
Je pense qu’il me suit pas intérêt culinaire et affectif un peu aussi
Par habitude obligation éducation instinct de mouton
Sacrée chienne
Non pourtant je peux constater son enthousiasme
Quand elle s’excite et saute à l’approche de la neige
Quand elle se met à courir tel une folle fouettée par le froid
Quand elle voit et sent une plage
Puis quand je m’arrête pour regarder les monts et les pierres
La bête arrête aussi son jeu son plaisir et se fixe dans la neige
En respire l’oxygène des cristaux
Tandis que je tente de respirer moi l’incongru un cigare
Ce serait bête de fumer ici
Semble-t-il me dire de ses yeux de chien moraliste
Dans ce décor appelé nature
Je m’adresse le même reproche
Mais n’est-ce pas là un effet de culture.. ?
St-Laryaufonddelavallée 
