Publié le lundi 22 juin 2009

Voyage en Espagne, suite : Zaragoza, Grenada, Goya et Lorca

   Loin de Madrid et de ses rêves sportifs...  (J.P.Bonnel)

   Zaragoza est la ville de Goya, mais ses chefs-d’œuvre reposent au Prado. L’Aragonais a été récupéré par Madrid…Je pousse plus loin, je vois la ville depuis la route, tel un mirage. Pas le temps de noter, presque rien à dire, à l’époque des voitures rapides… Théophile Gautier qui, lui, va sur une mule, a le loisir d’apprécier le paysage et la vie ibérique dans ses moindres détails. Le soir, à Zaragosse, livre plusieurs landscapes : vignes du Pénedès, collines érodées du bas Aragon, forêts au nord de Madrid ; l’autoroute suit l’aqueduc romain et le TGV Barcelone-Madrid est parallèle aux routes antiques : tout a été inventé, tout a été écrit et ces romanciers-voyageurs font leur orgueilleux…Emerge à présent le plateau castillan s’élevant jusqu’à 650 mètres au-dessus de la mer invisible. Le chemin est âpre, sauvage, en monts et vaux.

Rien à voir avec la route littorale qui va de Málaga à Almería, du mur de béton touristique jusqu’aux palmeraies d’Elche : s’étendent des kilomètres de cultures sous serres, le plastique enfermant les fraisiers monte jusqu’au sommet des montagnes. Almería, signifiant « miroir de la mer », en arabe, vaut pour le quartier des pêcheurs, la Chanca, aux maisons-cubes bariolés. De Murcie la proche, je garde le souvenir de « l’enterrement de la sardine » -écrit par Arrabal- dont le feu final symbolise la fin du Carême…Je parcours au fil des villes, MazarónCartagène, Valence, les guides touristiques dont les descriptions, mises bout à bout, formeraient un délicieux poème : «  ses maisons à terrasses, souvent creusées dans les collines, ses cubes colorés, alignés de façon irrégulière… »

Et puis, après tout ce temps perdu, après toutes ces inutilités, vint Grenade…Théophile Gautier, l’inépuisable, nous la présente en quelques mots : « Grenade est bâtie sur trois collines, au bout de la plaine de la Vega : Tours Vermeilles, ainsi nommées à cause de leur couleur (Torres Bermejas) et que l’on prétend d’origine romaine ou même phénicienne, occupent la première et moins élevées de ces éminences ; l’Alhambra, qui est toute une ville, couvre la seconde et la plus haute colline de ses tours carrées, reliées entre elles par de hautes murailles et d’immenses substructions…

L’Alhambra, ce château rouge sous l’arc blanc, immense, proche et lointain de la Sierra Nevada, c’est un panorama essentiel, à contempler en haut de l’Albaicín, quartier enserré dans la première forteresse arabe de la ville. On a raison de dire : « Quien no ha visto a Granada no ha visto nada ! »  Depuis les ruelles, les maisons ceinturées de palmiers ou de figuiers de barbaries, se protégeant du soleil dans leurs carmenes paradisiaques, c’est le spectacle qui associe l’architecture humaine et la fabrication esthétique de la nature…Loin de la foule qui, dans les boulevards de la ville basse, célèbre le vendredi saint, en suivant les processions et les saints sortis, dont la fameuse vierge, la Macareña, pour cette occasion unique… Loin de la cathédrale et de la mosquée transformée en chapelle où sont visitées les tombes des Rois Catholiques… On choisit l’aura des sommets, empreint d’une religiosité moins guindée…

 

Depuis ces quartiers hauts, sauvages, creusés de grottes où des pauvres et des marginaux ont construit des palais de carton et de bouts de ficelle, on peut apercevoir l’austère masse du palais de Charles Quint, ce cercle inscrit dans un carré, et, plus haut, le Généralife, résidence de campagne des rois de Grenade, reposant dans ses clôtures de rosiers, de cyprès et de lauriers-roses…Le visiteur a le rouge des palais et la neige des montagnes ; il n’a même pas envie d’ouvrir le petit livre de Marguerite Yourcenar, cette Andalousie appelée tour à tour « terre des vandales » ou « Les Hespérides », seuil du couchant…Il faudra bien se coucher un jour, ou un soir…Le cafetier vous montrera la direction de la sortie, dans la nuit, qui n’est plus le royaume du rouge et du blanc, mais celui du guttural flamenco…    Il ne reste qu’à l’accompagner de quelques strophes de Lorca, né à vingt kilomètres de là, à Fuentevaqueros, village devenu neuve ville-dortoir, mais sa villa est dans Grenade, remplie de souvenirs heureux et tragiques…

 

Écrit par cat le Lundi 22 juin 2009
Permalien   |   Ajouter un commentaire   |   balade, littérature

Un blogue Actualité / Politique / Société par Mon Blogue.com