Publié le vendredi 3 juillet 2009

Cézanne et Picasso en AIX (en Provence) - Vauvenargues et Sainte-Victoire

 

L’intérêt de passer les épreuves écrites de l’agrégation, c’est de voir du pays. Ainsi le pays d’Aix, par deux fois. L’oral est moins intéressant ; il a toujours lieu à Paris et, à l’époque c’était au moment de la Toussaint : sous le froid et dans les brumes du très petit matin de Saint-Maur et Créteil, il fallait préparer une épreuve de six heures…

Mais Aix, ses eaux étymologiques et ses fontaines authentiques, ses places et ses platanes…Je n’y allais donc pas pour Cézanne mais pour les auteurs du programme, D’Aubigné, Chateaubriand, Paul Valéry... Cézanne, je ne l’abordais donc pas pour ses peintures ni pour ses lieux intime, le Jas de Bouffan, l’atelier, le chemin des Lauves, ses sentiers qui menaient à la Sainte Victoire, au Tholonet et à Vauvenargues

Avec Daniel Rous, compagnon de concours, je me risquai donc une fois à escalader la montagne sacrée des Auxois où, selon la légende, Marie serait venue se refugier, au cours de son périple d’exilée, après la mésaventure du Christ. D’autres rumeurs rôdent sur ce nom ; il célèbrerait la victoire du général Marius (un gars de Marseille, sans doute !) sur les Teutons ; il s’agirait de façon plus sûre du nom celtoligure du dieu de la montagne, ou dieu du vent, semblable à celui qui règne au Ventoux… Nous montâmes sans difficulté en haut des mille et onze mètres de la montagnette et nous reposâmes quelques minutes dans la cavité où Marie s’était abritée. Un coup d’œil au panorama, à l’alignement des vignobles, aux plissures de la roche, aux évaporations lointaines venues de la mer phocéenne…Puis la  descente et là, Daniel me surprit car il prit un train d’enfer. J’avais de la peine à le suivre et certains muscles paresseux tiraient mes jambes si fortement sollicitées… Il m’expliqua, à l’arrivée, qu’il s’ennuyait tellement au retour d’une balade qu’il allait le plus vite possible ! 

Une autre année, sentant que j’allais être admissible pour la seconde fois, je vins réviser dans le bar unique de Vauvenargues. Dans la vallée étroite, en effet, pas d’autre refuge et, comme Picasso, quand il se rendit sur place, en 1958, visiter le château avec Cocteau et un agent immobilier, et échoua à cet endroit du village…Seul à la terrasse écrasée par l’ombre austère de l’édifice féodal, je me mis à réviser mes notes sur Chateaubriand, mais en parcourant des citations extraites des Mémoires d’Outre-Tombe, résumables dans le seul vocable MOT, c’était le mot MORT qui m’obsédait. En fait, je ne pensais qu’à Picasso, enterré tout près, dans le jardin de sa vaste demeure de Vauvenargues, au pied des escaliers monumentaux…

   Il vint régulièrement ici jusqu’en 1961 et y peignit, outre les paysages verts, la série des « Déjeuners sur l’herbe » Accablé à Mougins par les visites et les journalistes, il trouvait là l’isolement, la sérénité pour travailler. Le fantôme de l’ancien propriétaire des lieux, Luc de Clapiers de Vauvenargues, le célèbre moraliste né à Aix en 1715, lui prodiguait peut-être une force d’esprit même si le philosophe eut un destin tragique : il mourut seul et désespéré, à l’âge de 32 ans…Mais Pablo regardait sans doute son portrait en médaillon, sculpture de Francis Deltour, apposée au château en 1947 pour le bi-centenare de sa mort…

Mais Picasso s’installa ici pour revenir à Cézanne, au maître de la modernité, inventant une nouvelle perspective : spatiale par simplification des formes et juxtaposition de plans colorés ; imaginant le fauvisme avec ses grands aplats de couleurs non délimités par des traits ; inventant le cubisme en rendant compte de la masse des falaises architecturales de la Sainte Victoire, en représentant les formes cubiques des cabanons de la vallée et la géométrie des carrières de Bibémus…En arrivant à intégrer les personnages dans le paysage, telles ces « Grandes baigneuses » de 1905, entrevues dans la rivière de l’Arc, au Pont des Trois Sautets…

 

Écrit par cat le Vendredi 3 juillet 2009
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La TOUR de France en Catalogne : livres en fêtes - autres plumes

 Tous à LA TOUR de FRANCE  samedi 3 juillet à partir de 15 heures pour la fête du livre: dédicaces et présentation par les auteurs de l'association "autres plumes" (photo)

Écrit par cat le Vendredi 3 juillet 2009
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