Publié le vendredi 16 janvier 2009
Prévert, Bonnefoi, Villeglé : la traversée de Paris
De l'hôtel de ville au centre Pompidou: La traversée de Paris, encore... Il fallait attendre dans le froid pour entrer à l'hôtel de ville et parcourir l'expo consacré à J. PREVERT par sa fille; bel hommage que de « J.Prévert , Paris la Belle »...Le parcours est organisé en séquences qui montrent la variété des inspirations du poète : un homme-orchestre, un touche-à-tout de génie, comme Cocteau : la veine surréaliste, le cinéma, le dessin, le collage, le théâtre (autour du groupe « Octobre », de 1030 à 1936) et, bien sûr, la poésie, facile, populaire, mais toujours de qualité, et rythmée, qui coule de source, s'offrant à la parole et à la chanson, grâce à Montand, Gréco, Mouloudji, Piaf, Cora Vaucaire, les frères Jacques. On sort enchantés et séduits de cette rétrospective intimiste, en se disant, dans la grisaille de notre époque en éternelle crise et dépourvue d'idéal simulant ou d'idées neuves, que c'était là, vraiment, une belle époque, pleine de rêves qui, hélas, se sont transformés en guerres ou en totalitarismes.... Qu'ils sont loin l'enthousiasme et l 'amitié révolutionnaire d'Octobre, qu'il paraît bien hasardeux le compagnonnage avec le mouvement communiste officiel..! Retrouvera-t-on ce temps heureux des utopies, des subversions, où l'on croyait en « quelque chose »..? CHRISTIAN BONNEFOI présente à Beaubourg « L'apparition du visible ». Cet artiste, à rebours des mouvements contemporains tente un retour à la peinture, qu'on disait morte, dépassée par d'autres médias tels que la vidéo, la photo...Il réfléchit sur la théorie picturale out en utilisant le collage, le montage et nous donner à lire, sous l'image omniprésente qu'il s'agit de détruire, la présence de la peinture. Les séries de Bonnefoi sont autant de variations et d'essais destinés à « relancer » la conception classique du tableau. Le peintre invente d'abord une surface dans laquelle il va déposer des suggestions, des couleurs, des traits et des volutes pour créer le mouvement perpétuel de la toile limitée par le cadre traditionnel. Cependant l'expérimentation déborde ces frontières pour s'étendre sur les murs mêmes et les cimaises du musée. Elle s'exprime aussi dans le dépassement de l'unité picturale pour convoquer collages, matériaux divers (colle, tissus en soie...) et donner libre cours au hasard. L'oeuvre échappe ainsi au « stratège du tableau » qui perd alors son statut de créateur ou de thaumaturge... Avec Jacques VILLEGLE, l'oeuvre tombe encore des mains de l'artisan et artiste des recherches aléatoires : en décollant des affiches politiques ou publicitaires, le hasard organise un panorama d'images insolites, inattendues, engendrant le sourire complice ou la réflexion politiques; en effet, les « posters » immenses venus des murs des villes font revivre toute une époque, les années 60 à l'an 2000. Villeglé, qui se qualifie de « flâneur » extrait des dazibaos urbains une sélection d'icônes collectives qui étaient fixées dans notre mémoire ou notre inconscient. Le travail semble facile : découper, lacérer l'affiche, le talent de l'artiste se limitant au choix des affiches et à aider le hasard en faisant surgir des têtes sous d'autres têtes, la ville apparaissant comme un vaste palimpseste. Cet « art » populaire et collectif s'apparente au collage ou aux images criardes du « pop art »: les photos et les mots se télescopent, la pub envahissante et l'idéologie dominante sont perverties dans ce défilement sarcastique de quelques décennies, celles de nos « jeunes années » et on s'en veut d'avoir été si crédule, si prisonnier de l'univers urbain des images. Désormais, c'est à celles de l'internet que nous devons notre « servitude volontaire »...Serons-nous assez forts pour briser ces chaînes invisibles et d'autant plus pregnantes..?
