Publié le samedi 17 janvier 2009

Virginia WOOLF et l'enfance

En lisant quelques fragments récents de Mathieu Lindon sur son enfance, au style toujours poétique et provocateur (mais ce que l'on dit de façon brute, brutale, obscène, est-ce de la provoc ou le désir d'aller au plus près de la vérité..?), j'ai pensé à l'oeuvre de Virginia Woolf; en effet ses romans, ses journaux intimes n'arrêtent pas de s'abreuver aux sources de l'enfance. Ses écrits sont éminemment autobiographiques, mais l'écrivain anglais réécrit sans cesse, masque et transforme la réalité de sa vie. Ainsi, à propos de Les vagues, elle écrit : "Ce sera l'enfance mais ce ne doit pas être mon enfance." Depuis les premiers écrits, tels La traversée des apparences ou La promenade au phare, nous suivons les récits de la première vie de façon assez limpide, mais ensuite la composition des romans passe par le tamis du style, de la transposition, de la réécriture de ces moments de bonheur. V.Woolf est pudique et prend du recul; de toute manière, quel est l'intérêt du lecteur à reconnaître un événement réel dans l'oeuvre romanesque? Autant lire une autobiographie s'il a le goût du voyeurisme... Et l'auteur nous décourage vite et nous dit qu'il est vain de vouloir débusquer un secret ou une indiscrétion, en déclarant vouloir "placer un mur entre le livre et l'auteur." (La chambre de Jacob, roman sur le frère-Thoby- et sa disparition, après un dernier voyage, en Grèce, en sa compagnie). Les êtres réels, la soeur, le mari ou la mère, surtout, deviennent des personnages de fiction, même si nous évoluons toujours dans cette "spacieuse cathédrale qu'était l'enfance". L'âge de la maturité engendre des livres durs, pessimistes, racontant les épreuves, la dépression, la mort des proches, suggérant le regret de l'insouciance de l'enfance. C'est, bien sûr, le lieu commun du "paradis de l'enfance", mais ce n'est pas un vain mot chez V.Wool qui, tout sa vie, portera ce deuil jusqu'à précipiter, dans le suicide, sa propre mort. Pour se consoler, on peut avancer que la romancière, en dépit d'une existence douloureuse, traversée par la folie et la tentation de la mort volontaire, a réalisé son rêve d'enfant. Et pour un écrivain, c'est l'essentiel, cette période faste à décrypter dans le flux intérieur des phrases de cet écrivain du regret et de la mélancolie...

Écrit par cat le Samedi 17 janvier 2009
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