Publié le lundi 19 janvier 2009
Le LOUVRE, hypermarché infréquentable
Le Louvre, musée infréquentable Le 2 janvier, j'avais eu la bonne idée d'aller voir le parallèle entre Picasso et Delacroix. Mauvaise elle était ! J'ai été emporté par les foules touristicoles qui semblent venir au Louvre pour dire « J'y étais! J'ai vu La Joconde et la Victoire de Samothrace! » Familles pressées, enfants énervés, bébés qui pleurent, bavardages en tous genres, photos dans tous les sens...Impossible de regarder une toile dans la sérénité, de méditer un instant, de noter une remarque..On vous presse, vous touche, vous bouscule...C'est beau, la culture de masse, mais il faudrait canaliser les foules au lieu de vouloir faire à tout prix du chiffre d'affaire! Ce musée est devenu un supermarché de l'art, où l'on ne consomme que quelques produits-phares célébrissimes. Je reviens sur cette visite en lisant le livre intéressant et coquin de Bonnafoux et Couderc Les coulisses du Louvre (Chêne, 2008). L'ouvrage n'hésite pas à montrer des photos insolites et amusantes et à rappeler des propos ironiques; ainsi le point de vue de Paul Valéry sur les musées : « Je suis dans un tumulte de créatures congelées, dont chacune exige, sans l'obtenir, l'inexistence de toutes les autres. » Il disait son malaise dans ces espaces saturés d'oeuvres d'art et son sentiment d'être perdu « dans ces galeries, seuls contre tant d'art. » Perdus, éperdus, le plan à la main, étaient les provinciaux et étrangers, lors de ma maudite visite, et, une fois à l'air libre « saoulés d'art, les jambes cassées, la tête lourde, bourdonnante d'images », comme le nota le jeune Charles Péguy... Bien sûr, hors des périodes de vacances ou des fêtes, Le Louvre trouve un certain calme et peut présenter des aspects bien positifs; Baudelaire écrivait en effet : « C'est l'endroit de Paris où l'on peut le mieux causer; c'est chauffé, on peut y attendre sans s'ennuyer, et d'ailleurs, c'est le lieu de rendez-vous le plus convenable pour une femme. » De même nous n'irons pas contre l'avis de l'ancien conservateur, Pierre Rosenberg, qui publia, en 2007, un Dictionnaire amoureux du Louvre (Plon, Paris). Cependant, ému par ma mésaventure et un peu choqué que Le Louvre veuille faire du chiffre et louer ses chefs-d'oeuvre à Abbou-Dhabi ou ailleurs (l'Etat se désengageant et tentant de privatiser peu à peu la culture...), je me placerais plutôt sur le versant de l'ubac, c'est-à-dire du côté de Jean Clair qui stigmatise les visées commerciales du premier musée du monde et le tourisme muséal de foules non initiés un minimum, « débarquant de l'autobus, devenant nonchalantes et finalement indifférentes, bruyantes, vulgaires, avachies... »
