Publié le mardi 27 janvier 2009

Maîtres de Picasso : Goya, Zurbaran, Le Nain, Rembrandt, Le Gréco, Mélendez, Cézanne...

Itinéraire des salles, nouvelles périodes Mes notes, prises au fil de l'exposition, vue deux fois, sont parcellaires, subjectives, souvent erronées ou naïves, sans doute, mais elles témoignent du "parcours d'un flâneur", d'un dilettante... La première salle est consacrée aux grandes baigneuses et aux petits baigneurs, ainsi qu'aux dessins académiques et à la période de Gosol, village de la Catalogne au sud de la montagne du Cadi, pays des cerises d'une taille jamais vu. C'est là que Picasso découvre le cubisme "géographique" dans les paysages des alentours, avant de le systématiser à Céret, ville des cerises d'une taille plus covenue... La deuxième période concerne Le Gréco et le séjour à Barcelone (on a sauté les mois passés à La Corogne) : enterrement de son ami Casgemas, qui s'est suicidé sans doute à cause de la terrible Madeleine et famille Soler (1903, Liège); c'est la période dite "bleue", bien que le parti pris de l'expo soit de ne plus entrer dans le classement facile et chronologique des périodes, mais le texte du cartel, sur le mur, est bien bleu... Ensuite, on confronte des portraits, de façon un peu "tirée par les cheveux": que dire dans la comparaison entre le Démocrite de J. de Ribera et la figure du marchand d'art Ambroise Vollard (1910)..? Dialoguent encore un Homme à la guitare de facture cubiste et l'impressionnant Saint-François d'Assises de Zurbaran : que dire ? A première vue, rien ! Puis, c'est Picasso qui honore Velazquez, célébrant, à son tour, son maître Francisco Pacheco (1621/22): jeux de reflets, clins d'oeil de peintres, le serpent se mord la queue, mais Picasso invente, il ne cherche pas, n'imite pas, mais trouve...Un nouveau style, la nouvelle modernité... Face à face, voici Le Matador de Mougins (1970), c'est-à-dire de la fin de la corrida de la vie, mais la palette est de plus en plus colorée et l'artiste encore plus malicieux, comme retombé en enfance, opposé (mais ce n'est pas le mot...accordé, en miroir, plutôt) à "Un suiveur de Rembrandt" (1675/1725), anonyme "homme assis". Mais l'évidence éclate à la fin du tour d'horizon de cette salle : Le nain, de Velazquez (1644) et Le nain et l'Adolescent de Mougins (1969) Se dire qu'un nain reste toujours adolescent... Avec l'enlèvement des Sabines (1962, Mougins), on assiste à un retour en noir et blanc, couleurs de la tragédie, à Guernica; 1962, est-ce une allusion à la guerre d'Algérie..? Dans Les Ménines (Cannes, 19/9/1957), Picasso utilise l'étoile de MIRO, est-ce vrai? Deux "étoiles" en haut de cette huile du Musée Picasso de Barcelona; elles sont remplacées par deux crochets dans le tableau voisin du 3/10/1957, étrange...Miro n'est pas un maître pour Picasso, simplement un compatriote... La famille heureuse de Le Nain (1642); cependant, il n'y a guère que le chef de famille, un verre à la main, souriant au peintre (?) qui ait vraiment l'air réjoui... Même devant des toiles surprenantes ou comiques (jeux de dérision), le silence est absolu, les spectateurs sont abasourdis : écrasés d'évidence, de virtuosité, de beauté... La salle des natures mortes est bien vivante : Picasso prend la poire et la pomme de Cézanne; les fruits d'or de Menendez ou de Zurbaran sont pleins d'une existence verte et bien plus lumineux que les toiles picassiennes; de même les têtes de moutons d'après Goya (guerre civile de 1939). Le sacrifice du mouton renvoie, est-il écrit sur le mur, à l'iconographie chrétienne, car elle est autoriser, elle, à représenter, mais aussi à la juive, à la musulmane, aux trois religions monothéiste issue de l'héritage d'Abraham... Autant de "natures" vivantes : le pichet d'eau qui suinte de fraîcheur et suggère la soif des pays ibériques, le verre d'eau et la rose sur un plateau d'argent de Zurbaran (seul cartel où l'accent tonique sur le second a fut oublié- comme dans mon texte, par paresse: devoir rechercher les caractères "spéciaux"!) Picasso abandonne sa maîtrise et laisse la technique aux maîtres anciens, pour renouveler le topos antique des "natures mortes". Au gardien, je glisse à l'oreille: "Je voudrais bien voler celui-ci, de Meléndez, pour ma cuisine rustique de Villeneuve de La Raho... -Mais il appartient à Londres, depuis 1760 (sic), mon bon monsieur! Mais vous avez bon goût...Moi, je ne regarde plus les toiles. Je regarde les gens qui passent...Non, même pas, je somnole... -Et vous ne vous ennuyez pas, mon brave..? -Non, je dors le jour et vit la nuit, c'est comme ça, c'est ma vie... (à suivre)

Écrit par cat le Mardi 27 janvier 2009
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Picasso et les Maîtres anciens au Grand Palais, Paris

PICASSO et la tradition picturale : hommage et déformation Pierre Daix, dans son récit se déroulant pendant vingt-quatre heures, à Montmartre (*), montrait déjà l'influence subie par le peintre de Malaga auprès des grands maîtres, tels que Zurbaran ( "L'Exposition du corps de saint Bonaventure", 1629, se lisant dans "L'enterrement de Casagemas" et "La mort ou la mise au tombeau" de 1901), Ingres ("La toilette", ou "Le Harem", Gosol, 1906, se rappelant du "Bain Turc", 1859/63) ou Le Gréco: "Greco n'était pas à la mode quand je me suis mis à peindre comme lui..." (Picasso à Apollinaire). Pablo connaissait la tradition picturale, l'histoire de l'art et ses références étaient multiples; cependant, s'il rendait hommage aux "Maîtres", c'était pour mieux s'en inspirer, les "cannibaliser" (comme il le fit avec ses nombreuses femmes et maîtresses) et s'en libérer. Braque à Picasso: "Tu cherchais la dissipation dans la peinture, tu en avais besoin pour te dégager des maîtres..." Et l'auteur de Guernica de répondre : "Oui, je croyais qu'il suffisait que ma peinture fasse l'amour..." P. Daix affirme que "la montée des rythmes dans le bleu comme chez le Gréco...il n'empruntait rien, ni à Vincent ou à Zurbaran...il les prolongeait jusqu'au XX° siècle..." Une autre source de la grande expo du Grand Palais pourrait être le catalogue conçu, en 1995,(**) par Marie-Claude Bernadac, conservatrice au Louvre, sur "Picasso et les objets"; en effet, dans le cheminement de l'exposition, on retrouve une salle montrant les mêmes natures mortes, pichets, crânes de moutons, toiles de Zurbaran...) Il faut dire que M.C.Bernadac participe avec Anne Baldassari, assistée par Anaïs Bonnel (archives, toiles étudiées à Madrid, chronologie du catalogue ***) à la formidable expo, même si on peut regretter l'absence des "Maîtres modernes", de Matisse, surtout, avec qui Picasso n'a cessé de rivaliser et à qui il lançait du "Cher Maître"...Gertrude Stein, un peu agacée, résumait la formule (obséquieuse, ironique? Non, P. respectait M. et c'était réciproque) en disant "C.M." (cher Maître ou cher Matisse..?) Mes notes, prises au fil de l'exposition, vue deux fois, sont parcellaires, subjectives, souvent erronées ou naïves, sans doute, mais elles témoignent du "parcours d'un flâneur", d'un dilettante... ...à suivre * Picasso au Bateau-Lavoir, "L'atelier du Cubisme", Paris, 1994. ** Réunion des musées nationaux, Paris. *** Réunion des musées nationaux, Paris, 2008, 45 euros.

Écrit par cat le Mardi 27 janvier 2009
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