Publié le jeudi 19 février 2009
Au diable STALINE, film de MALAELE
Au diable Staline, vive les mariés !
Malgré la faute de grammaire due au traducteur (le titre aurait dû être : vivent les mariés!), le film du roumain Horatiu Malaele, acteur du célèbre théâtre BULANDRA de Bucarest, est formidable : amusant, ironique, tragique, critique… Le stalinisme, les collabos, les lâches, les petits chefs sadiques à la Poutine, qui violent et tuent à tout-venant en prennent pour leur grade et le spectateur, hilare, se met tout de suite du côté de ces villageois qui étaient heureux avant que n’arrive la déferlante communiste. Ripailles, mangeailles, c’est la grande bouffe. Machisme, hommes beaux parleurs et gros baiseurs, on est avec Rabelais et ses géants drolatiques et burlesques. Car tout est burlesque, en particulier la scène théâtrale destinée à glorifier le « petit frère du peuple » mais tournant en fait au cinéma muet à la Laurel et Hardy, le mutisme succédant, à cause de la terreur instaurée par le camarade Staline, à la faconde, dans la « scène de la Cêne », c’est-à-dire du repas de noces dans lequel le chef de famille meurt silencieusement, tel un Christ du XXème siècle, dans un pays arriéré, aux mains de l’ours soviétique…On était dans le Banquet amical et amoureux à la Platon, épicurien et païen, mais avec l’arrivée des méchants et des cons, on bascule dans le tragique des sacrifiés, des persécutés… Le film est baigné dans le fantastique, aussi, surtout lors de l’apparition de la jeune fille enterrée la veille, mauvaise conscience du petit peuple fêtard, qui passe vite des pleurs aux rires du mariage, mais c’est la vie, ce passage du deuil à la noce, ces noces qui deviendront rouges, barbares, tragiques et on est chez Lorca. Tout est référence dans ce film. Kusturica, d’abord, avec ses facéties et fanfares des mariages et des enterrements. C’est « La vie est belle » de Roberto Begnini, racontant l’histoire de juifs toscans envoyés dans un camp nazi, le père cachant la vérité à son fils : la vie et la mort sont un théâtre et le rire permet d’endurer les souffrances et les peurs. Oui, c’est « La vie est belle », rappelant, non la bêtise du feuilleton « Si belle la vie », mais le film de Frank Capra ((1946) ou la chanson de Mc Soolar… Ce film qui est un long retour en arrière sur l’histoire dramatique des villageois et leur extermination, en 1953, c’est aussi le souvenir de Breughel ou de Jérôme Bosch, portraits d’un Moyen-âge bon vivant où les pétomanes avaient des talents musicaux… Autant de références, littéraires, picturales et cinématographiques (rappelons-nous l’autre fable antitotalitaire « Good Bye Lénine) : chacun y trouvera, selon sa culture, son miel, mais à coup sûr le plaisir et le rire, ce qui est l’essentiel…
