Publié le vendredi 20 février 2009
Nicolas GENKA : le livre et la censure
Je viens de lire L’EPI MONSTRE, roman de Nicolas Genka (1962, Julliard), refusé par 13 éditeurs et finalement publié par Christian Bourgois. Livre censuré à l’époque, malgré la sollicitation auprès de Malraux qui n’intervint pas, livre maudit, toujours à l’index, et qui parle d’inceste entre un père veuf et ses filles. L’inceste et la pédophilie sont les derniers sujets tabous et la société pourchasse toujours ces déviations sexuelles. Elle a raison et elle a censuré Sade, Bataille et quelques autres…(mais pas Christine Angot dont l'oeuvre se nourrit de l'inceste et du viol initiaux) N. Genka vient de mourir, à l’âge de 71 ans (né à Quimper, mort à Nogent-sur-Marne le 13 janvier dernier, et son œuvre mince et interdite demeure méconnue : en 1964, il publie Jeanne la pudeur, chez Julliard, roman censuré malgré les appels d’Aragon, de Paulhan… (réédition chez Flammarion en 1999) et en 1968, un troisième livre Les premières maisons de la ville… Dès la préface Marcel Jouhandeau avertit le lecteur : « La première fois que j’ai rencontré NiKolas (sic) Genka, tout en lui me fit me hérisser : le débraillé du costume, le tour trop relâché des propos, une suffisance un peu cavalière… », mais l’écrivain défend son confrère…Quant à moi, j’ai été déçu par le livre ; en ce qui concerne l’aspect pornographique, on voit tant d’horreurs aujourd’hui et là, on est bien en dessous…c’est de l’érotisme et du suggestif en dessous de la ceinture. Quelques exemples de passages, Marceline « hurlant de soleil », page 43 (édition originale, 1962) et d’expressions sulfureuses : « …les filles en profitant pour se disputer les braguettes les mieux remplies… » (p.58), « Morfay (le père) lui avait donné le vrai plaisir. Son buisson phallique… » (p.118), « Elle connut dans ses bras ce premier étrange plaisir, « l’avant-plaisir » dont l’osmose procure ce bouton d’œillet dans la poitrine qui s’ouvrira plus tardivement, œillet crématoire, foyer de l’inceste ou de l’homosexualité. » Mais il y a un style, certes, une poésie, c’est indéniable, je veux dire que Genka surveille son écriture et tente d’innover ; il ne se contente pas des clichés des romanciers à la mode… « Le bruit de son sang en désordre », « la mort est peut-être dans la cour ou cachée dans l’étable aux vaches… », « Mauda la frigide environnée de ronds, de brume, tu guettes le fonte des ombres, l’irruption du soleil qui te montre son crâne barbu… » Ce sont ces insolences d’écriture que nous guettons, que nous aimons, et elles sont rares ! Il faut revenir à Proust, à Céline ou à Hervé Guibert… Ecoutons encore Jouhandeau : « On découvre, çà et là, des nappes d’abjection, des fumets de luxure propres à couper l’appétit aux coprophages… » Bon appétits, ô ministres de la culture anastasienne intègre.. !
Écrit par cat le
Vendredi 20 février 2009
Permalien
|
Ajouter un commentaire |
Retirada, l'exode commémoré : mauvaise conscience ?
Chaque village de Catalogne et Perpignan rivalisant là encore avec le conseil général, essaie de commémorer les 70 ans de la RETIRADA (exil des Républicains espagnols en France en février 1939, après la chute de Barcelone et la victoire des Franquistes): concerts, expos, colloques, c'est la saturation, mais il faut, bien sûr, toujours avoir la mémoire longue... Cependant, je me souviens : dans les années 1970.80, le respect de l'Espagnol, du Catalan du Sud, ce n'était pas évident; un certain racisme régnait, l'Hispanique était considéré comme arriéré et il venait à Perpignan se défouler et voir le "Dernier Tango à Paris": ces queues devant le cinéma "Le Français" motivaient l'ironie des journaleux locaux. Le catalanisme, les rêves d'unité des deux Catalognes, cela n'était pas à l'ordre du jour et on lisait le livre d'Anne Hormière et de Françoise Capdet "A mort l'Espagnol" (éditions du Chiendent). Je me souviens...Non, j'étais dans une autre galaxie, mais en 1939, les Espagnols en déroute n'ont pas été -sauf de rares exceptions, dont la maternité d'Elne, dirigée par une infirmière suisse- très bien acceptés, mais parqués dans des camps immondes ! Alors, à présent, les manifestations multiples sur la Retirada, bravo..! Mais c'est sans doute là le signe d'une certaine mauvaise conscience...On ne veut pas croire que c'est de l'agitation culturelle, touristique, permettant à des artistes, à des auteurs, à des éditeurs...de gagner leur vie...
Écrit par cat le
Vendredi 20 février 2009
Permalien
|
|
1 Commentaire :
Commentaire écrit le mercredi 3 février 2010 à 12:36:22 (lien)
Marine de Brégeot
Déçu, pornographique. Ce livre est un chef d\'oeuvre que beaucoup comme vous visblement n\'ont pas du tout compris . Nicolas était un visonnaire ,un des plus grand écrivain de XIX sècle !!
Pour comprendre ce livre il eut fallu avoir quelques connaissances en psychanalyse.
Je vous invite à vous rendre sur le site de la Sfpi
Bien à vous
M de B
Ajouter un commentaire
