Publié le dimanche 22 février 2009
DALI : les montres molles et la persistance de la mémoire à FIGUERAS
Le théâtre-musée de Figueres Dans le mausolée dalinien, on retrouve les expositions permanentes, les lithos phalliques sur Rabelais la fresque (abîmée par les infiltrations d’eau) au-dessus du cercueil « Gala Salvador Dali 1947 », la salle dédiée à Gala, à Cadaquès et Port-Alguer, le portrait de Mae West, 1934.35, pouvant être utilisé comme un appartement, l’escalier Piranèse, la suite de dessins sur Les chants de Maldoror, 1934 et le détournement des œuvres de Millet, dont le célèbre Angelus (lire l’étude de Dali et celle de Catherine Millet sur la sexualité dalinesque)…Mais, en ce mois de février 2009, sont montrés les objets montés construits exclusivement avec des Dali-Dors (1967, donation de la famille Schneider), suite de bijoux et d’objets en or. Sont plus intéressantes les toiles moins connues comme le « Mannequin de Barcelone, 1926 », « Vénus et le marin, 1925 », « l’autoportrait au bacon grillé, 1941 » ou le « Portrait de Picasso au 21 ème siècle, 1947 ». Les influences (Dali et les maîtres modernes) ou hommages sont évidents dans le tableau de 1923 ressemblant à la danse de Matisse, sur fond bleu avec des danseuses roses, le « Déjeuner sur l’herbe, 1921 » avec la mer les voiles et le bleu matissien, encore, ou le « Thé sur l’herbe, 1921 », dans lequel sont nues les demoiselles, mais pas les messieurs…On apprécie surtout les scènes catalanes, le Moïse déblatérant sur Perpignan, et les paysages du Cap de Creus : la baie de Cadaquès avec, au verso un autre tableau « Clair de lune sur la plage de Llaner Petit, 1918 » et le « Portrait de la grand-mère Anna », de 1920. On est venu aujourd’hui, pour le célèbre tableau « La persistance de la mémoire », tenu par le MOMA de New York et qui n’est jamais revenu en Catalogne. Avant cette vision angoissante, voici d’autres montres, l’horloge paralysée à 18h50, dans le tableau « Poésie d’Amérique, 1943 », avec l’œuf de C.Colomb, l’image du temps en fusion et la présence d’une bouteille de coca-cola, symbole de la (pauvre) culture yankee… Et voici la toile tant attendue, et si petite dans la dernière grande salle « oli sobre tela » (huile 26x33) de 1931 : Dali a 27 ans et le paysage éternel de la baie de Port-Lligat s’oppose au caractère éphémère du temps des hommes ; dans ses écrits autobiographiques, Dali révèle que cette idée de montre molle provient d’un rêve contenant un camembert mou. La scène évoque l’impuissance sexuelle de l’artiste, la peur du temps et de la mort, avec ces animaux dévoreurs, ces fourmis ayant la tête, chercheuse et mangeuse, en bas, ; c’est le rêve d’éternité qui est l’obsession de Dali et il deviendra, plus qu’un académicien, immortel, grâce à son talent de dessinateur et à sa machine à fantasmes personnels et à mythologies modernes ou antiques… Sur la toile, persiste l’heure, arrêtée une fois à 18h55 et, dans deux autres montres mollassonnes, à 18h, ce qui montre le caractère arbitraire du temps humain. Oui deux fois 18 heures et il est, dommage, juste 18 h, l’heure de la fermeture du musée, du théâtre, du mausolée, du labyrinthe, de la farce à ciel ouvert de Salvador, le sauveur de nos mesquines angoisses existentielles…
