Publié le lundi 9 février 2009
Art d'aimer d'OVIDE : une bombe entre vos mains !!!
Qu'apprend-on dans l'Art d'aimer..? Que la séduction est une préoccupation majeure de la vie des hommes, que la femme a droit à une vraie sensualité, que le droit au plaisir est primordial et dire cela sous l'empire d'Auguste, sans tabou, sans souci du péché, c'est s'exposer à la censure et à l'exil (voir les poèmes des TRISTES, renommés Tristes Pontiques par M. Darrieussec, en référence aux Tristes Tropiques de Lévi-Strauss). Ce livre de recettes est surtout une philosophie sage qui montre que l'amour authentique vit dans ma durée. Et sans le recours d'un philtre quelconque, comme il est écrit dans le chapitre "faire durer l'amour" (*): ""les philtres troublent l'esprit et engendrent la folie." Ce livre épicurien et, par là, dangereux, décrit les moyens d'être belle : "...vous avertir que la forte odeur de bouc ne devrait pas siéger sous vos aisselles et que vos jambes ne devraient pas être hérissées de poils rudes...Et vous ne rougissez pas de marquer le tour des yeux avec de la cendre fine ou avec le safran qui naît sur tes rives, limpide Cydnus." Les postures et positions à adopter "Au lit" (page 123) sont aussi bien pittoresques et câlinesques... Ovide qualifie son bavardage de "badinage", mais l'ouvrage est plus sérieux et moins érotique qu'il n'y paraît; en fait, l'amertume affleure dans le chapitre "quels cadeaux faire". Le poète critique une société corrompue, qui pense plus à l'argent qu'à l'amour ou qu'à la poésie; l'amour est vénal et nous pensons aux débauches du Satyricon de Pétrone. En effet, "la poésie n'est guère en honneur...Notre âge est vraiment l'âge d'or : c'est l'or qui procure les plus grands honneurs, l'or qui procure l'amour..." Auguste a compris la satire et il punit moins l'inspiration lascive du petit livre ovidien que le toupet de l'auteur. On connaît la suite de l'histoire... (*) page 59, édition folio-Gallimard, 2000 - Il est d'ailleurs amusant que, pour attirer le chaland et s'accorder avec la liberté sexuelle ambiante, l'éditeur a modifié la première de couverture de l'édition de 1974, qui montrait un dessin plutôt "romantique"...La réédition de l'an deux mille donne à voir une fresque "obscène" provenant de la maison du centenaire à Pompéi (détail pictural très connu -dans lequel la femme prend l'initiative - et qui n'est pas un "détail de l'histoire" artistique de l'humanité !
