Publié le lundi 2 mars 2009
Max AUB - Jounal de DJELFA
Les éditions Mare Nostrum ont eu l’excellente idée de publier le pathétique Journal de Djelfa, de Max Aub ; cette maison de Catalogne avait déjà édité le voltairien Manuscrit Corbeau, inspiré de l’emprisonnement, durant six mois, de l’auteur au camp du Vernet d’Ariège. La traduction, les notes et la copieuse préface, définissant les divers camps (1) et leurs différences de nature et de degré, sont de Bernartd Sicot. Il ne manque à cet ensemble remarquable qu’une présentation de Max Aub : éditeur et professeur à Paris X-Nanterre font comme si le lecteur connaissait cet écrivain, né en 1903 à Paris, de père allemand et de mère française…(2) Ce journal est paru au Mexique en 1944, deux ans après sa fuite de Djelfa , en Algérie, pendant l’exil américain ; la publication espagnole aura lieu 54 ans plus tard, en 1998 ! Aub est enfin reconnu pour ses témoignages et la qualité de ses œuvres ; celles-ci vont être éditées de façon intégrale fin 2009. Ce diario est composé d’un prologue, qui définit la poésie et de poèmes versifiés, qui traitent de thèmes personnels : la frontière, l’évocation du passé et de la guerre civile espagnole et la description du camp. Aub donne donc sa conception de la poésie, écrite dans la tranquillité de retrait ou puisant aux sources du surnaturel ; ses textes sont « au contraire, les enfants de l’inquiétude, du froid, de la faim et de l’espoir –ou du désespoir. Car le destin nous fournit les thèmes et il ne nous reste plus qu’à les développer… » (page 59) Cette écriture engagée, marquée par le contexte dont lequel elle a vu le jour est une « poésie attachée au souvenir : elle s’estompe, pâlit et acquiert une vertu fantomatique en fonction des fantasmes de chaque lecteur… » (p.61) Ainsi, le passé heureux resurgit, avec l’Andalousie et Thérèse « Je me souviens aujourd’hui d’Aranjuez…De rien d’autre, ma Thérèse, du vent…castillan » (p.71) Cependant, au moment de l’énonciation, dans la solitude et le désert algériens, c’est un passé tragique qui revient, telle la chute des Républicains catalans et l’entrée des troupes franquistes le 26.2.1939 : « Trois ans hier, Barcelone tombait. Barcelone : peut-être ne seras-tu plus jamais ma Barcelone à moi. » (p.95) Aub s’interroge souvent sur le concept de « frontière », inutile et dangereuse et sur le véritable territoire des hommes : « Beaucoup de terre, c’est de l’argent : peu, une tombe. » Et : « L’homme est identique à la terre Car des semailles Au cimetière Pas de frontière. » Ce n’est là qu’une « question byzantine » : « La plage, est-ce le rivage de la mer ou de la terre ? …Où se trouve la frontière séparant le tien du mien ?...Limites et frontières Un jour se faneront Sans rive ni rivage Qu’importe de qui sont les vagues et le sable. » (p.73) Mais c’est l’écriture au présent qui domine : la description du camp appelé « bagne » (que crève celui qui créa ce bagne d’Afrique du Nord », p.91) est omniprésente et le paradoxe est que cet enfermement en Algérie rapproche le poète de la littérature : il se rappelle que Cervantès fut prisonnier à Alger pendant cinq ans, trois siècles avant lui… En conséquence, c’est la mort (« Les rongeurs d’os », p.81) qui l’emporte dans ce recueil émouvant, qui dit l’espoir et la fraternité des hommes. (1) en s’appuyant sur Robert Antelme, Primo Levi, Denis Peschanski, Varlam Chalamov, David Rousset et mon copain Alain Parrau, qui participa un moment à l’aventure de l’association Frontières-Catalogne… (2) Voici donc quelques informations biographiques (se reporter aussi à la thèse de Gérard Malgat et au site des Amitiés Malraux (AIAM) : Aub part en Espagne en 1916 ; c’est un écrivain engagé, laïc, socialiste, qui répand les idées républicaines. En 1936, il rencontre José Bergamin, Machado et Malraux (le 21.7.36 exactement, jour de l’arrivée de Malraux à Madrid) à l’hôtel Florida de Madrid. Il accepte d’aider l’auteur de La Condition humaine et rentre en France pour demander des avions au gouvernement français ; il revient en Espagne avec une douzaine d’engins. Il forme l’escadrille España et recrute des pilotes (mercenaires et convaincus). De novembre 36 à février 37, Malraux est en Espagne et Aub est nommé, en juillet 1937 secrétaire du « Conseil national du Théâtre. » En 1938, le gouvernement espagnol demande à Malraux un film de propagande ; celui-ci fait appel à Aub pour adapter ESPOIR et participer au tournage de Sierra de Teruel. Avec l’avènement de la République, il est envoyé comme attaché culturel à Paris Le 14 juillet 1938 a lieu à Collioure une rencontre entre Malraux, Aub et Erhemburg. Aub a été l’instigateur du tableau Guernica demandé à Picasso pour l’exposition universelle de Paris. Aub est de retour en France, en février 1939, avec les décors pour finir Espoir. (passage par le Perthus) Pendant la Collaboration, Aub est dénoncé et son exil commence… En 1941, Aub est interné au camp du Vernet, où il « hérite de la paillasse d’Arthur Koestler. ». Il est transféré à Djelfa ? d’où il s’échappe, six mois plus tard : il fuit vers le Maroc (demeure trois mois caché dans une maternité de Casablanca) et s’embarque en septembre 1942 pour le Mexique et un exil définitif : il est, en effet, en tant que « juif communiste dangereux » interdit de séjour en France jusqu’en 1959 et en Espagne jusqu’en 1969. Il écrit une centaine d’ouvrages (*), il participe comme scénariste à une cinquantaine de films et il travaille au Mexique avec Buñuel (Los Olvidados…) et il meurt à Mexico en 1972, grandement méconnu en Europe… (*) entre autres, il invente les œuvres du peintre Josep Torres Campalans…
Écrit par cat le
Lundi 2 mars 2009
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1 Commentaire :
Commentaire écrit le samedi 7 mars 2009 à 12:17:28 (lien)
kader - /
bonjour
j'aimerai vous dire merci pour cet article
car j'ai traduit qlqs poemes de max aub en arabe , et j'aimerai faire de plus
j'habite la ville de djelfa a coté du camps
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