Publié le lundi 23 mars 2009
Polars catalans 4 - Mare Nostrum éditeur - Peur sur la Loge
Peur sur la loge *
Le sous-titre de ce nouveau polar de l’infatigable Babey (2 autres romans sont annoncés chez Mare Nostrum…On attend surtout le texte inédit de Boris Vian !) pourrait être « la chaussette et le briquet », allusions à la tricherie électorale pour les dernières municipales et l’incendie qui s’est produit récemment en face de la mairie de Perpignan…
C'est le retour du tandem Boyer (ex-patron des RG)-Velasquez (ex-flic de
On note souvent une ambiguïté entre le statut du « héros » delagien/alduyiste et le narrareur : qui parle? Ainsi, page 11 : « P.Delage était mieux placé que quiconque à Perpignan pour savoir qu’en politique, tout finit par s’oublier. » Est-ce là, la philosophie « cynique », rappelant les propos récents de G. Frêche, ou l’avis du narrateur-auteur.. ? De même, à la page 31, quand les journalistes de la presse écrite sont traités de "scribouillards", nuls guillemets ni monologue intérieur du personnage, donc, sans doute, opinion du narrateur, porte-parole de l’auteur, qui est…journaliste (de la presse parlée et imagée, certes, mais ce n’est pas très gentil pour les confrères !) Et ça se poursuit avec cette phrase agréable : « …Et cela commençait par affronter tous ces salopards en face de lui comme des vautours tournoyant autour d’un cadavre. » (p.31) Le lecteur est ainsi mis mal à l’aise dans ce microcosme de « flics et de journalistes » (p.49), de politiciens véreux, d’une opposition impuissante : le maire est trahi par « les frustrés du système » (p.52) alors qu’il a, lui aussi, trahi le leader de la gauche et l’accord qui avait été envisagé pour s’unir contre le péril extrémiste ; en effet, Christian Bourquin est évoqué à la page 73 : "l’ennemi politique numéro 1" s’appelle Charles Dauriach et explique son régime à base de raisins…à la journaliste Alexandra, descendue de Paris pour parler de Perpignan. Ce personnage féminin est l’unique point positif du polar : Alduy est une sorte de Machiavel, Bourquin un arriviste superficiel et l’image de marque de la capitale catalane en prend encore un sacré coup ; sont rappelés les deux morts lors des émeutes de 2005 et la victime de l’effondrement tout récent d’un immeuble insalubre à Saint-Mathieu.
Il ne nous reste plus, pour oublier, qu’à aller prendre un pot au « café Yves du Manoir » (page 26) où l’on devine l’ombre imposante du gentil Imbernom… (Mare Nostrum éditeur, février 2009, 9 euros)
Écrit par cat le
Lundi 23 mars 2009
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littérature
Les Polars catalans 3 - GIRODEAU, PARRA, BOYET - Cap Béar éditions
Gildas Girodeau et Antoine Parra-
Aubes meurtrières à Argelès d'Antoine Parra*
Ce polar s’ouvre sur une scène violente : Yvon Roig voit sa femme Marie dans une drôle d’activité.. ! Puis le lecteur est fourvoyé : d’autres scènes et d’autres personnages s’enchaînent et il en oublie presque la scène initiale, initiatique. Il comprend aux alentours de la page 125, quand il retrouve Marie âgée, délaissée par son fils Paul dans une maison de retraite d’Argelès. L’image du père est la plus forte, le complexe d’Œdipe n’existe plus. Le récit se clôt loin de la tragédie : ce n’était qu’une histoire de folie. Le titre aurait dû être « Aubes suicidaires… » Ce bref ne dévoile rien, surtout pas le talent d’A. Parra pour ancrer et camper ses créatures dans un pays qu’il connaît bien : la vigne, le monde du rugby, la mer, les gens, les « sénateurs »…
*CBE « s’offrir l’évasion des mots », avril 2008, 7 euros.
Le rédempteur de la Têt, de Laurent Boyet **
Le narrateur est devenu flic par hasard, il aurait voulu être journaliste. Drôle de policier qui critique le café de la police, la présence des femmes-flics qui passent de lit en lit, la PJ (page 29), tous ces voyeurs de détectives (page 34) et la pyramide de la hiérarchie (p.66 et 220); sans oublier la stigmatisation des journalistes, « ces fouille-merdes dans les pattes » (p.50) et le portrait caricatural du « Catalan typique » : « Gros, insignifiant, des yeux de vache et accent de paysan qui roule les R… » (.96) Loin de ces généralisations faciles et de ces dénonciations assez banales, le polar, bien fouillé, révélant une connaissance interne des mécanismes du milieu, est narré de plusieurs points de vue et, en particulier, depuis celui de l’assistante du lieutenant ; c’est l’écriture de son journal quotidien qui permet au personnage de prendre du recul et au lecteur d’entrer dans la psychologie des acteurs. Conscient de la pertinence de cet élément narratif, l’auteur a recours au journal intime de Caroline dans son polar suivant, aussi captivant avec, peut-être une adaptation télévisuelle à la clé…A suivre !
**CBE, collection polar, avril 2008, 9 euros.
Malaguanyat Terminus bar, de Gildas Girodeau***
C’est un bon polar pour passer un bon moment et ne penser à rien d’autre ; récit bienvenu pour vider l’esprit : quand on le commence, on n’a qu’une envie, celle de le finir ! Il se déroule dans la région, on reconnaît les lieux, même s’ils ne sont pas décrits de façon explicite ; il fait surtout connaître toute une franche de la population qu’on ne fréquente pas tous les jours…La pègre catalane, près de la place Cassanyes, roulant en grosses Mercedes : les gitans ou certains immigrés ne sont jamais cités, mais…
Si on ne peut que reconnaître la réussite des dialogues et de l'écriture, on regrette que les personnages manquent, parfois, d'épaisseur. ***Cap béar, 2006, 8 euros.
Nuclear Parano à Port-Vendres****
Avec ce nouveau polar (printemps 2008), l’auteur de Rouge tragique à Collioure (2005) et de Malagyanat nous propose un roman ambitieux, évoluant dans le monde glauque de l’écologie et de la politique. Cependant, à courir d’un continent à l’autre, loin du pays catalan et de la simplicité propre à Antoine Parra, le lecteur a parfois l'impression de manquer de repères (informations sur les associations écolos, descriptions d’actions politiques…) mais la tâche était ici énorme : oui, un roman ambitieux !
****Cap Béar éditeur,avril 2008, 8 euros.
