Publié le jeudi 5 mars 2009

Véronique JOGUET : la lumineuse peinture du silence

   Dans la salle d’attente, les patients peuvent regarder, pour se distraire de leur mal de dents, l’écran de la télé. Ou, mieux, celui de la peinture. Je veux dire les cadres lumineux de l’épouse du dentiste. C’est cet écran que je conseille à ceux qui souffrent. Leurs yeux, en se plongeant dans l’encadrement noir, qui donne plus de profondeur à la nature morte, peuvent ainsi dire à la bouche de se taire, de cesser de se lamenter…Faire silence. Observer. En effet, l’œil s’accroche à la géométrie blanche où sont disposés, disséminés, plutôt, les éléments qui créent le mouvement : l’œil peut alors déguster les agrumes, les fruits, les hespérides, les rouges, les bleus ou les violets. La pâte de la peinture, épaisse, charnue, peut montrer, par exemple, la bogue des grenades, gardiennes jalouses de la sève des fruits… L’œil mange et la bouche voit : tel est le remède à tous les maux dentaires et psychiques…

   L’inspiration cézanienne et bonellienne - elle fut l’élève de Germain Bonel en 1981, à Perpignan- de Véronique Joguet, outre l’invitation à un repas spartiate, à un régime crétois composé de fruits méditerranéens, nous fait revisiter des paysages provençaux et catalans constitués de casots, de castels, de chapelles romanes et de châteaux cathares. On apprécie surtout ces mas d'hiver peints à la chaux et caparaçonnés de neige d’été, fournissant un ancrage au regard, susceptible de se perdre dans un harmonieux ordonnancement d’oliviers. Mas des Corbières ou mas de Cap Béar dans les terrasses de Cosprons.. ? Peut importe : il est la présence du travail de l’homme, pourtant si pesamment absent de ces espaces picturaux. Le silence, ici encore : on ne parle pas dans cette peinture…

   Il s’agit d’un art figuratif qui s’entête à montrer des sites travaillés, pour dire sans doute que c’est la nature qui est abstraite. Du moins, elle l’était, avant la main et l’outil : surface chaotique à interpréter… Sous sa couche colorée d’apparente évidence, de familiarité manifeste, Véronique Joguet nous invite à trouver le sacré qui s’y niche…

 (DR.Joguet)

Écrit par cat le Jeudi 5 mars 2009
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