Publié le vendredi 6 mars 2009
Clint EASTWOOD : les justiciers sont fatigués ( GRAND TORINO )
GRAN TORINO de Clint Eastwood Parfois, après un film, un spectacle, un récital, on ne sait pas que dire. Non que l'œuvre ait été émouvante, simplement, vous ne l'avez pas détesté, ce cinéma, mais sans émotion et il vous laisse froid, mutique. Parfois, souvent, on ferait mieux de se taire, c'est à dire de ne pas écrire quand on n'a rien à dire... Mais cela obsède, cette pensée du rien,cette impression du vide, en vous. On gratte la surface des impressions, on se gratte l'occiput...Ou autre chose, qui rime pauvrement, qui assonance à peine... On voudrait dire et, en le faisant, comprendre ! Alors, que penser de ce film? Que dire de C.Eastwood ? Que l'on a été captivé par son jeu d'acteur. Capturé par la situation finale : on espérait un carnage et c'est une fin banale, je veux dire, de bon sens, qui nous est servie... Voici le portrait de l'Amérique contemporaine. Celui, plutôt de l'Américain actuel : c'est un immigré, un ancien des guerres (néo)coloniales, un vieux que tout insupporte, les voisins, les jeunes, la famille, les curetons...Ou bien, c'est un ado qui vit en marge, rejeté, car étranger, immigré, mais l'auteur ne veut trouver aucune excuse, car tous, américains, désormais, sont dans le même sac, où ce Scapin de Walt, le "héros" voudrait les enfermer et les bastonner, voire les trouer de balles! Ici, c'est le vieux qui est valorisé, le récit étant raconté de son point de vue, ce qui ne veut pas dire qu'il ait raison, et Clint nous laisse dans l'indécision...Au spectateur de se faire une idée..! En revanche, le jeunot, le jaune, le bridé, ce Hmong de la deuxième génération des Coréens transplantés, se résume à un voyou, à un oisif : mais à qui la faute ? A ces communautés d'origine non étatsunienne ou à l'Etat yankee..? La non plus, rien n'est tranché, et Clint n'est plus qu'un fort en gueule, pas cet extrémiste de droite qui prôna, naguère, des solutions radicales et raciales, sorties de la pointe d'un poing ou d'un fusil..! Et le spectateur, qui rêve de solution finale et d'ordre retrouvé, est décontenancé; tout le monde, il est méchant, tous ces énergumènes, ils sont aussi chiants que des Catalans du Nord, et le monde semble à la dérive : haine, insultes, discrimination, viol, menaces, bandes organisées, ghettos, une fin du monde... De même, le dénouement est inattendu. Le vieux cowboy, un ancien ouvrier de chez Ford, nostalgique d'un monde ancien, du bonheur connu dans son quartier de Detroit -mais ce quartier ne représente-il pas l'Amérique dans son entier, de même que le jardin de Candide était le monde dans son ensemble? - est impuissant à régler les problèmes ("ses" problèmes? Non, ce sont ceux de ses voisins coréens, mais la culpabilité de l'ancien militaire resurgit et il veut les aider) lui-même; cette figure d'un Christ vieux, qui a trop attendu pour se sacrifier, va alors donner sa vie pour ces "Jaunes", mais à peine car on a compris que la maladie l'avait déjà condamné le vieux solitaire... On appellera donc la police, qui fera son travail (mais qui sait?) : c'est là l'unique intrusion des "Blancs" et de la société régie par des lois collectives. Cette image fugitive et finale de la justice (et de la vengeance) annonce-t-elle des lendemains qui chantent...? Après la crise, le chômage, la délinquance, les scandales politico-financiers, après les guerres, après Bush, est-ce le retour d'un monde plus humain..? Obama "ô plus haut des cieux" symbolise-t-il, de façon paradoxale, le retour du chevalier "blanc"..?
