Publié le samedi 18 avril 2009
PAULILLES, Côte vermeille, Caroline CHAUSSIN - Actes-Sud & Conservatoire du Littoral
Le petit livre oblong, d'une mise en page très raffinée, publié par les éditions Actes/sud et le Conservatoire du littoral, présente un historique de la dynamiterie de Paulilles à travers la vision mélancolique de Caroline Chaussin; celle-ci a connu le site de Paulilles depuis sa "plus tendre enfance" (cliché de la 4ème de couverture) et refait vivre avec émotion l'ambiance de ce lieu dangereux.
L'auteur manie parfois la formule poétique : "Paulilles restera à tout jamais l'écrin d'un joyau explosif" et a tendance peut-être à idéaliser le passé et le travail vécus en cet endroit paradisiaque, entre mer et montagne, parmi les pins et les vignobles proches de l'adorable hameau de Cosprons; il est écrit en effet, page 11 : "Aucun n'a oublié la solidarité, ce sentiment d'appartenir à un clan, une grande famille..."
La première usine à dynamite est créée par Alfred Nobel en 1870 en raison de l'emplacement isolé, proche de la mer pour les transports maritimes, seuls autorisés pour la dynamite (ouverture vers l'Afrique du Nord grâce avec la proximité de Port-Vendres), et de son éloignement loin des frontières avec la Prusse. L'entreprise ferme en 1984. Les convoitises s'exacerbent alors mais, par bonheur, le Conservatoire du littoral rachète le site en 1998 et le réhabilite en tentant de préserver une partie du patrimoine industriel. La première phase de rénovation est achevée et les lieux sont ouverts au tourisme.
L'auteur n'évite pas les aspects négatifs, accidents mortels et maladies professionnelles; elle rend hommage aussi au livre collectif émouvant : "Paulilles, la mémoire ouvrière" (Les presses littéraires, 2005.) Cependant est passé sous silence le charnier de la centaine d' "Anamites" (terme du colonialisme français rimant si bien avec "dynamite"..!) enterrés dans une fosse commune quelque part dans les collines environnantes...Honte de la direction de l'usine qui utilisait ces Asiatiques comme des esclaves pour les métiers les plus dangereux...
L'auteur raconte le paradis paulillesque et les fêtes : ah! la Sainte-Barbe, patronne du feu, des pompiers, et des ouvriers dirigés par Paul...Barbe, choisi en 1868 par Alfred Nobel pour gérer la dynamiterie. Cependant le livre s'achève en bavardage nostalgique (page 44) et rien n'est dit de l'action du Conseil général 66 et de ses investissements dans cette rénovation (même si on peut regretter une longue inaction afin de sauver les barques catalanes, alors que les Catalans du Sud les ont depuis longtemps "embarquées" pour les exposer au musée maritime de Barcelone. L'idée de créer désormais des ateliers de rénovation des barques encore disponible est une bonne idée, bien que tardive...)
Sur les aspects concernant la spéculation sur la côte, il fallait citer les romans de Josep TOLZA : "Les Scorpions de Corbera" (réédition prochaine chez CAP BEAR) et surtout "L'Homme de Cosprons" (édition du Chiendent, 1984. à rééditer!). Concernant les "fantômes de Paulilles", Caroline Chaussin aurait pu citer l'article d'un certain Jean-Pierre BONNEL, paru dans la La Semaine du Roussillon, repris dans Wikipédia (*)...Enfin, il faut aller voir l'expo consacrée à la rénovation du site: au Château Royal de Collioure, jusqu'au 25 mai. (04.68.82.06.43)
(*) On peut consulter mon article "Les fantômes de Paulilles" sur le site
www.frontières-catalogne.com
Paulilles, un tourisme intelligent si on ne casse pas tous les anciens bâtiments...
