Publié le dimanche 26 avril 2009

Pierre BOSC - Malaïgue ou l'étang de feu

Que devient Pierre Bosc, ancien journaliste, écrivain et passionné de la petite reine..? Il n'a rien publié depuis longtemps et, pourtant, c'est une des plumes les plus poétiques et élégantes du 66...et du plus lointain! L'ami Michel Cristofol m'a donné envie de replonger dans son "étang de feu". La malaïgue, "ce cancer des eaux, n'altère pas seulement les étangs de Gellone." Le mal est plus profond, plus ample: c'est l'aménagement du territoire, dirigée par un docteur Folamour, qui instaure l'économie touristique et va peu à peu tuer les villages libres, tel le Bourdigou, près de Torreilles, les villages de pêcheurs qui vivotaient d'amour et d'eau salée, le long du littoral languedocien et roussillonnais. Le livre de P. Bosc, réédité en 2001 par les publications de l'Olivier (édition originale chez Denoël), est la célébration de la nature maritime, un chant du monde à la manière de Giono; cette fable à la fois réaliste et fantastique rappelle L'étang d'or de Gaston Bessette. L'écriture limpide, poétique peut devenir soudain forte et dure, pour décrire l'acte d'amour entre Sarah la gitane et Raphaël le héros : la "frénésie du ventre", la passion folle est suivie de la haine et cela est bien vu. Les activités lagunaires, à Gellone, sont décrites, page 51...et me font penser à Leucate, les habitants voulant créer un port et attaquant la falaise "l'altière dent de schiste". Cependant, comme il est écrit en 4ème de couverture "Il serait vain de chercher à situer précisément le lieu présumé de l'action. Gellone est un symbole..." Cette grandeur de perspective fait la valeur du livre : on quitte l'ultra-local pour tendre à l'universel, la lutte des hommes simples contre les machines bureaucratiques, économiques, politiques...conçues dans les laboratoires obscurs de la capitale. L'individu, la petite communauté agricole ou utopique, les valeurs d'humanisme et de travail sont toujours sacrifiés pour la rentabilité et l'efficacité...

Michel Cristofol m'autorise à publier ici les lignes qu'il a écrites après sa lecture enthousiasmante de Malaïgue : "Un ouvrage toujours d'actualité par la prise de défense d'un environnement paysager du littoral méditerranéen, où l'on se sent plongé dans le tourbillon des noces charnelles et sensuelles avec la nature entière, une écriture foisonnante et épidermique avec le sens aigu des lieux et des gens d'une région à ménager plutôt qu'à aménager. Un style dense, imagé et poétique à la fois .

   Certains passages ont pu me faire repenser à John Steinbeck (Les raisins de la colère), avec l'arrivée des bulldozers éventrant la terre et démolissant tout sur leur passage, d'autres aux Nourritures terrestres d'André Gide, d'autres, enfin, à L'os de Dionysos de Christian Laborde..."

Écrit par cat le Dimanche 26 avril 2009
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