Publié le vendredi 3 avril 2009
Le FUTURISME - Marinetti à Beaubourg
Après avoir vu, au nouvel an, l'exposition consacrée au centenaire du mouvement futuriste du début du XX° siècle, au Centre Pompidou, je voulais revenir sur la trajectoire de MARINETTI, le Milanais.
Pour lui, l'espace de l'art n'est plus le musée : en lançant le Futurisme et la revue Poésie, en 1905, destinée à jeter des ponts entre l'Europe et l'Italie, il devient le premier provocateur d'un monde nouveau, avant les dadaïstes et les surréalistes. Esprit d'avant-garde, défenseur du vers libre, il opère une rupture brutale avec la tradition et prône le rôle accru de l'artiste, son engagement dans la société et l'élan révolutionnaire.
En 1908, il publie le célèbre Manifeste du Futurisme; dans le Figaro du 20 février 1909, il use d'une écriture hétérogène en mêlant trois styles, trois genres, l'image, le slogan et l'ironie. L'homme moderne est confronté à la machine, promesse d'un futur inédit; il s'oppose au culte des musées et des villes d'art et son cri de révolte exige que l'on brûle les bibliothèques et que l'on inonde les réserves des temples de l'art... Pour résumer l'idéologie nouvelle, Marinetti forge la fameuse formule, facile et fascinante à la fois : "Une automobile rugissante est plus belle que la victoire de Samothrace." Il prône une esthétique de la vitesse; il privilégie l'objet de série face à l'unicité des statues antiques; le nouvel objet d'art est une "chose" industrielle, formule qui annonce les provocations d'un Duchamp et les duplications mercantiles d'un Warhol... Il s'agit de ne plus idolâtrer la beauté féminine ou la littérature décadente (d'un D'Annunzio, par exemple), mais il faut célébrer la guerre "seule hygiène du monde", exalter le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, annonçant le lyrisme marsien d'un Apollinaire "O Dieu que la guerre est jolie"...
L'écrivain s'investit dans la lutte sociale, il chante la révolution et tient des meetings en exhortant les syndicalistes à recourir à la violence, véritable force de progrès. Il médiatise ses idées, ses slogans et l'art ou la littérature deviennent des événements au même titre que la politique ou le sport.
Marinetti est suivi par les peintres qui publient leur propre manifeste en 1910 : leurs tracts sont lancés depuis la Tour de l'Horloge, à Venise ! Cependant ces peintres milanais ne partagent pas la convergence politique entre futurisme et anarcho-syndicalisme. Leur première exposition a lieu dans une usine désaffectée au bénéfice des chômeurs. Ensuite, le futurisme devient une idée globale de la modernité, englobant toutes les disciplines artistiques...
Mouvement novateur, courageux, généreux, le futurisme souffre sans doute d'interprétations fausses : son prétendu sexisme (certaines formules du Manifeste laissant croire que la femme n'a qu'un rôle mineur) et ses mouvements de menton guerriers faisant penser à la volonté de puissance à venir d'un Mussolini...
Il faut revenir au texte du Manifeste pour saisir l'intention novatrice et démocratique de Marinetti et consorts..!
