Publié le samedi 16 mai 2009
L'insurrection qui vient (à propos de) - Coupat et le comité invisible
Le lecteur peut parfois adhérer à certaines formules de ce "comité invisible" qui, dans la lignée de Guy Debord et des Situationnistes, propose une théorie révolutionnaire et une critique de la société actuelle. Ainsi, certains aphorismes sont bienvenus : "L'Europe est un continent désargenté qui va faire en cachette ses courses chez Lidl et voyage en low cost pour encore voyager." (page 10), ou encore: "Cette société ne tiendra bientôt plus que par la tension de tous les atomes sociaux vers une illusoire guérison. C'EST UNE CENTRALE QUI TIRE SON TURBINAGE D'UNE GIGANTESQUE RETENUE TOUJOURS AU BORD DE SE DéVERSER."
Il y a une certaine vérité dans ces constats mers : "Nous avons été expropriés de notre langue par l'enseignement, de nos chansons par la variété, de notre ville par la police, de nos amis par le salariat...3; cependant, comme toute affirmation non démontrée, il faudrait argumenter, trouver des exemples...Mais le livre est trop étroit pour permettre le développement convaincant. Au contraire, le groupe anonyme (celui des amis de COUPAT, incarcéré depuis des mois pour avoir endommagé des caténaires) semble ici ne pas rechercher l'assentiment du plus grand nombre, mais s'isoler, refuser à la fois les syndicats, la gauche traditionnelle, l'extrême-gauche, Attac ("ATTAC avec ses cours d'éducation populaire a essayé de sauver l'économie comme science, la décroissance prétend, elle, la sauver comme morale", p.54,et même la mouvance libertaire : "Les milieux libertaires sont là pour étouffer l'évidence de l'action directe..." (p.88) En outre le mépris affiché pour les milieux littéraires, les classes moyennes, la petite bourgeoisie ("Les cités-dortoirs de la banlieue Nord de Paris, délaissées par une petite bourgeoisie partie à la chasse aux pavillons (belle formule!), rendues à la vie par le chômage de masse, rayonnent plus intensément, désormais, que le Quartier latin.") isolent encore un peu plus cette poignée d'activistes issus de milieux intellectuels et bourgeois, croyant détenir la vérité de l'avenir et de l'action: on sait comment de grands révolutionnaires ont fini en dictateurs sanguinaires...
Ces "autonomes" refusent toute posture institutionnelle, toute "imposture associative" (p.83), mais, inscrits dans "le mouvement d'effondrement d'une civilisation", ils aspirent à constituer des communes: "toute grève sauvage est une commune, toute maison occupée collectivement sur des bases nettes est une commune..." (p.90). Tendant au nihilisme, à l'action violente ("Il s'agit de savoir se battre...", p.96), de rendre "vulnérable l'infrastructure de la métropole...saboter la machine sociale..." (p.101), le comité annonce ses actions à venir (détruire à jamais des données informatisées, saboter les communications ferroviaires et autres dans le pays...) et s'expose à l'emprisonnement. Malgré les maigres indices et les témoignages fantomatiques de l'enquête, Coupat est en prison, coupable surtout d'être la tête pensante du groupe et le théoricien principal; ses complices sont accusés des mêmes tentatives de sabotage: pourquoi ont-ils été laissés en liberté..?
*L'insurrection qui vient - La fabrique édition - Paris, 2007, diffusion Harmonia Mundi, 7 euros.
Écrit par cat le
Samedi 16 mai 2009
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politique
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