Publié le jeudi 21 mai 2009
La MERDE (une vieille histoire de)
Tu vas encore choquer, je me suis dit. Non, suis tombé simplement sur un petit livre merveilleux, un ouvrage qui ne sent pas que la colle, en librairie, tout récemment; il s'agit d'un livre de l'anthropologue Alfredo Lopez AUSTIN et du peintre francisco TOLEDO; traduit du mexicain, publié par le Castor Astral (15 euros, mars 2009), cette brève mais consistante histoire de la merde montre, grâce aux recherches du professeur d'Histoire de la Mésoamérique A.L.Austin, que l'excrément a de nombreuses histoires; ici, dans ce livre ni merdeux ni merdique, mais hautement poétique, rassemblant des légendes indiennes, des mythes pré-hispaniques ou des extraits de traités médicaux: en effet, ces histoires émanent de la culture des hommes qui vécurent en Amérique latine, "près des lacs ou sur les lacs, respirant l'air léger que boivent les aigles. De leur dieu rayonnant, ils reçurent le nom de "Mexica". L'artiste mexicain F. Toledo a rassemblé des images insolites, glanées dans la littérature des "vaincus", dans les Chroniques espagnoles du XVIème siècle, dans le folklore, etc... En conséquence, cette étude est très érudite, montrant que la merde, le déchet sont au fondement des représentations du corps et de certaines représentations du cosmos. Le lecteur en vient à comprendre qu'aucune activité humaine n'échappe au contact avec l'excrément, cette substance rejetée, méprisée, mise à l'écart, alors qu'elle est notre création, un peu de nous qui part chaque jour et qui nous indique l'état de notre santé... Veritas merdum est ! Lisez l'histoire de la merde et vous saurez tout sur les pets, la Déesse des ordures, la mangeuse d'excréments...
Finalement, ce livre beau, blanc, à la jaquette immaculée nous apprend l'humilité: merde nous sommes et poussière deviendrons. Lisons ce petit "conte", pétri de science et de fiction : Le VERS DU CUL
"Ils vivent dans l'excrément. Certains se transforment en mouches afin de continuer à tourner autour des bouses. D'autres ne poussent pas plus loin leur désir, ni ne réalisent leurs ambitions. Ils restent arrachés au terroir, sur le sillon, ou entre les boeufs, pour aviver le feu dans les petits matins froids."
On connaît le personnage du "cagaïre" dans le folklore et les histoires populaires de Catalogne. Qui étudiera cette mythologie à l'aune du livre mexicain..?
( dessin de F.Toledo ) 
