Publié le vendredi 5 juin 2009

AUTOBIOGRAFICTION "L'Infini de l'enfance" à la librairie TORCATIS

L'infini de l'enfance (éditions Cap Béar)

L'argument : il s’agit donc de l’évocation d’une enfance, jusqu’à l’âge de 11 ans, depuis la naissance,  rue St-Jean, située entre la cathédrale et la Loge, en passant par l’école de la Main de fer, dans le quartier de la Révolution française, par l’ancien lycée, place Arago, et par l’ex-hôpital militaire, avec deux cassures essentielles : la mort accidentelle du père et l’année 1962 passée en Algérie en raison du remariage de la mère. Ces années sont rythmées par les vacances d’été, dans l’Ariège où, chez les grands-parents agriculteurs, Pierre-Jean découvre la nature, les moissons et les troupeaux de vaches…Plusieurs chapitres traitent de la vie quotidienne à Perpignan, de la foire (p.17) ou du carnaval, mais surtout de l’école et de l’évocation d’anciens instituteurs, par exemple, dans le chapitre intitulé « Le maître » (p.63) – Lectures 

Le personnage : l’adolescence n’est pas évoquée puisque le héros meurt autour de 11 ans. Pourquoi ? Cela me permet de ne pas entreprendre la suite de mon autobiographie, l’adolescence, période difficile, pendant laquelle on commence à prendre des responsabilités et donc à devenir adulte.  Cet effacement de l’enfant m’assure un peu plus de recul par rapport à ce livre que je n’ai pas qualifié, d’ailleurs, d’autobiographie, mais de roman. En effet c’est d’abord une fiction. C’est pourquoi, je voudrais l’appeler plutôt une biographiction, c’est le néologisme que j’avais déjà utilisé pour mon livre « Moi, Matisse à Collioure », qui tentait de faire revivre les séjours du peintre, au moment de l’invention du Fauvisme, dans le petit port catalan. Biografiction, donc, de Pierre-Jean qui est mon double, mon jumeau, qui est ce moi que j’ai essayé d’approcher et de comprendre à travers l’écriture et cette plongée dans l’enfance, retour en arrière qui m’a coûté, pendant 5 ans, qui n’a pas été facile et peut être comparé à une sorte de psychanalyse.

L’écriture : J’avais d’abord écrit le livre à la première personne, comme une autobiographie banale ; puis j’ai tout réécrit, j’ai changé le point de vue : il fallait paradoxalement que je me débarrasse du moi auteur pour mieux appréhender le moi acteur, c’est-à-dire le personnage. En changeant la focalisation, en donnant la parole à mon frère, (mais tout ce qu’il raconte ne lui a peut-être pas toujours plu), je prenais encore de la distance par rapport au récit : c’est un roman qui s’écrivait car, quand les souvenirs manquaient, j’inventais des anecdotes ou je transposais des situations et j’écrivais beaucoup à partir de photos d’époque, de lettres, de cartes postales échangées par la famille… (lecture page 11)

L’orgueil. Cependant il est légitime de se demander si une telle entreprise : décrire son passé, son intimité à un public extérieur, n’est pas, même si elle est sincère, vaine et empreinte d’exhibitionnisme. Surtout, n’est-il pas prétentieux de vouloir parler de son enfance ? Quel intérêt le lecteur peut-il y puiser après les chefs-d’œuvre d’auteurs immenses comme Saint-Augustin, Rousseau, Tolstoï, Proust et après des livres plus proches de nous, tels que Enfance de Sarraute, Les Mots de Sartre ou Mes parents d’Hervé Guibert.. ? En effet, le contenu n’est pas foncièrement nouveau ou original : je n’ai pas subi le pouvoir tyrannique d’une mère comme chez J.Vallès, J.Renard ou H.Bazin. Je n’étais pas voué aux plus hautes destinées comme l’enfant du livre merveilleux de R.Gary : La promesse de l’aube…Mon destin n’était pas tracé par la géographie, comme la présence d’une île propulsant P.Loti vers la mer et l’aventure (dans Le roman d’un enfant)…Alors, si le fond ne retrace pas une épopée extraordinaire, la forme présente-elle des aspects susceptibles d’intéresser le lecteur ? L’humour, l’ironie, les petits sarcasmes à l’égard de quelques personnages s’harmonisent-ils avec le ton pathétique de certaines scènes.. ? Le style, mot difficile à définir, a-t-il réussi à évoquer l’ambiance de cette époque : le bonheur et l’insouciance de ces 20 glorieuses des années 50 et 60.. ? La foire de Perpignan, les promenades au petit jardin Terrus, le carnaval, la prospérité du commerce du centre-ville…Même si pour moi, ces années ne furent pas vraiment toujours heureuses… Cette enfance, dont je ne garde aucune nostalgie, est pareille à un temps flou, nullement linéaire, car je ne conserve en mémoire que quelques bribes, quelques images fortes. J’ai l’impression d’avoir vécu dans une sorte d’inconscience…

L’objectif : j’ai voulu, en définitive, que chacun se retrouve dans ce livre, qu’il revive une part de sa propre enfance car, pour plagier Montaigne, chaque homme porte en lui l’image de l’humaine condition. Je voudrais emmener chaque lecteur à se plonger dans l’infini de l’enfance, moment fondateur de l’individu, à se replonger dans les « puissantes images de l’enfance », comme l’écrivait Malraux, lui qui, pourtant a  déclaré dans ses Antimémoires (Gallimard, 1967) : « Je ne m’intéresse guère… Presque tous les écrivains que je connais aiment leur enfance, je déteste la mienne…J’ai quelquefois agi, mais l’intérêt de l’action, sauf lorsqu’elle s’élève à l’histoire, est dans ce qu’on fait et non dans ce qu’on dit. »

Ecrire sur son passé en définitive, n’est-ce pas mauvais signe : signe que le temps est passé par là, sans que l’on s’en rende vraiment compte. Cependant, avec ce regard en arrière, en replongeant dans le temps perdu, comme l’a fait Proust, et en écrivant ce temps passé, ne sort-on pas vainqueur de l’entreprise. ? En effet, l’écriture joue le rôle d’un anti-destin, certes, mais on demeure toujours un peu frustré…

Écrit par cat le Vendredi 5 juin 2009
Permalien   |     |   littérature

1 Commentaire :

Commentaire écrit le vendredi 19 juin 2009 à 05:57:54 (lien)
Pierre Bosc - http://www.rayonsud.com
Incontestablement, un très beau livre. Mon coup de coeur de l'été commenté sur mon site http://www.rayonsud.com/?p=230


Ajouter un commentaire


Un blogue Actualité / Politique / Société par Mon Blogue.com