Bussan, le Japon à Collioure, suite

06 05 2008

Collioure-Kumamoto Art-Fusion

Avant leur retour au Japon
décrochage de l'exposition                       

 

C'est ce dimanche 11 mai, le dernier jour de l'exposition des œuvres réalisées à Collioure par les deux artistes japonais en séjour d'échange résidentiel.

[Exposition ouverte tous les jours de 14h à 18h, ancienne Mairie, place du 18 Juin, Collioure]

Au cours des jours, l'exposition s'est profondément modifiée, enrichie de nouveaux tableaux réalisés depuis l'accrochage le 18 avril dernier. Au sujet de ces dernières toiles, Bussan nous a déclaré : "Ce que j'ai appris ici en un mois m'a profondément bouleversé; ce qu'a apporté Collioure à l'expression de ma sensibilité artistique, c'est la couleur, pas la lumière, je crois que j'avais déjà la lumière, mais la couleur, l'incroyable couleur de Collioure."

Y aura-t-il une période "Collioure" chez ce peintre japonais, un avant et un après Collioure, vous pouvez encore venir apprécier.

Une petite cérémonie d'adieu ou plutôt d'au revoir "sayonara" est organisée le dimanche 11 à partir de 18h pour le décrochage de l'exposition. Acquéreurs de tableaux exposés, collectionneurs encore hésitants, amis des peintres ou amis de l'Art, vous y êtes tous cordialement invités.

Contacts
Art Libres  06 1213 0849  -  Mairie Collioure 04.68.82.05.66.

                                                                   




ARTS MODESTES (le MIAM de Sète)

23 04 2008

 fresque murale du Miam et caravanes de Di ROSA (photos JPB)

 

  Le MIAM -musée d’arts modestes- de Sète est fait pour ceux ceux qui ont vraiment faim (d’ « art » populaire ou brut). MIAM, je famine, je vais à Sète, dans ce musée « international » (pourquoi être modeste ? Mais on joue peut-être avec la dérision…), quai de Lattre de Tassigny, installé dans un ancien chai, et, alors, le menu est roboratif : débauche de courbes et de couleurs, sur tous les murs de l’unique volume. (*)

 Là, tout n’est que tags, graffitis, fresques murales, action de peinture éphémère en mouvement. L’expo présente « l’art modeste sous les bombes » et les œuvres de graffeurs passionnés de street art dans l’espace urbain ; ainsi Zonenkinder, enfant de Mayence, veut-il lutter « contre le modèle de société qui place l’argent comme valeur essentielle de notre existence. » Ces ados de la marge, ces artistes de la bombe aérosol peuvent devenir des créateurs d’objets de consommation, de marques et d’entreprises, tel Reach, originaire de Taipei, à Taiwan, crée sa propre « Bomb ». Le parisien Jonone introduit l’abstraction dans le mouvement ; quant à Mist, de Montpellier, a publié « Debil Inside », en 2004, et il retrace son parcours autour de la « Planète Graffiti »…

Ces fresques, donc, c’est supportable et le promeneur peut être indulgent car il y a le monumental et les variations colorées…Mais les vitrines bourrées de jouets ou de produits de consommation des années 50 : éloge de la pub, de la mémoire, du rebut.. ? Ces objets me semblent, à présent, tellement laids, et pourtant, ils ont traversé ma jeunesse, mon adolescence…Ces jeux, ces rails, ces autos, ces images de Banania…je dois les rejeter, de façon plus ou moins consciente, pour ne pas entrer et analyser cette période de ma vie (j’ai pourtant écrit plus de cent pages sur ce sujet dans L’Infini de l’enfance, à paraître chez quel éditeur... ?)

Et puis, il y a les caravanes relookées par Hervé di Rosa, peintre du coin à l’origine de ce musée insolite, municipal (dommage pour nos impôts !) et financé par la région (aïe, nos impositions ! on aurait pu faire autre chose, avec ces sous, quelques RMI de plus, ou un tableau de Cuixart pour le MAMOC, Musée d’Art Moderne de Céret.. ! Donc, il y a Di Rosa et tout ce qu’il se croit obligé de tracer sur un support n’est pas nul ; on a même vu sa veine matissienne à Collioure, mais ces caravanes de l’art modeste à vocation pédagogique, renfermant ses collections d’objets laids et surannés, elles sont coincées dans le paradoxe, car immobilisées alors qu’elles rêvent de voyage et de mouvement…

 La gestion du MIAM (je n’ai plus faim, merci, j’ai même une sorte de nausée, mais pas à cause de la houle toute proche, et je sors vite au grand air de la mer, du canal, des mouettes et du bar de la marine de Brassens, jusqu’à la corniche et le musée, enfin un vrai, de Paul Valéry !) est confiée à une association « artistique » qui propose des expos temporaires, car tout est éphémère, ici, sauf le musée, hélas… Non que la dame de l’accueil soit à fuir, non, au contraire, elle est très très sympathique et elle est loin d’être un laideron…Mais ce sont ces fresques tourmentées qui vous suggèrent une graffito-phobie galopante…

Pour finir, considérons l’urbanisme utopique et infernal de l’artiste congolais Isek Bodys Kingelez : sa vision futuriste de Sète 3009 (pourquoi pas 4520.. ? Ainsi on reculerait l’abomination de ce projet fou et hideux) est une invitation adressée à Ben Laden : le terroriste barbu n’est pas venu au vernissage mais il est encore temps de venir bombarder ces tours maudites et ces gratte-ciel sans imagination…

 

(*) L’expo propose une lecture non exhaustive du graffiti, comme un état des lieux trente ans après Taki 183, Barbara et Eva 62…explique le discours d’un dépliant. « Le MIAM poursuit son exploration de la création populaire contemporaine qui se développe à l’écart des courants artistiques traditionnels et propose à des artistes du Graffiti venus du monde entier de peindre les murs et le plafond du musée…Hervé Di Rosa et Pascal Saumade, commissaires de l’exposition, se chargent de dynamiser les frontières et les poncifs en vigueur en nous offrant à voir tout simplement la peinture du 21 ° siècle. »  La prochaine expo, s’inspirant d’un air langoureux connu s’appelle « Coquillages et crustacés »,de juin à novembre 2008 : elle est suggestive car semble à dominante historique et archéologique. Voici le texte de présentation.

    Depuis la nuit des temps l'homme ramasse sur les rivages les coquillages rejetés par la mer. Dès la préhistoire le coquillage est utilisé tomme monnaie d'échange et élément de parure, souvent associé à des rites sexuels. L'antiquité fixe la symbolique de la coquille, identifiée à la fécondité et à la naissance. La chrétienté médiévale choisit la coquille Saint-Jacques comme signe du pèlerinage de Compos­telle. De la Renai.ssance au XIXème siècle, le coquillage est à la fois dans le décor architectural, la nature morte et les cabinets de curiosité. Fascination pour ces « objets» étranges, aux riches couleurs, aux formes organiques; frontières incertaines entre règne minéral, végétal et animal.

    Le XXème siècle n'est pas en reste. Coquillages et crustacés continuent à fasciner les artistes. Tandis qu'en arrière plan, la « culture modeste » foisonne de références: de la chanson de Bardot au « Crabe aux pinces d'or» en passant par les bibelots, souvenirs vendus sur nos plages.

    L'exposition Coquillages et crustacés est centrée sur des productions d'aujourd'hui. La majorité des pièces exposées sont des œuvres d'artistes contemporains, qui sont mises en perspective selon trois angles : des œuvres d'art brut et d'art singulier, des objets populaires et une collection de parures ethniques. Autour des thèmes corps/décor, vide/plein, fascination/répulsion, on pourra voir des œuvres de Pierrick Sorin, Orlan, Paul-Armand Gette, Gérard Collin-Thiébaut, Claude Rutault, Patrick Van Caec­kenberg, Raymond Hains... L'art brut sera représenté par plusieurs artistes dont Paul Amar. Une exceptionnelle collection de parures ethniques dévoilera l'ancienneté et la richesse des usa­ges culturels et sociaux des coquillages. Suivant l'esprit de l'art modeste, l'exposition Coquillages et crvstacés fera une place aux expres­sions populaires, bibelots, objets-souvenirs...

 

* L'association de l'art modeste a été créée en 1991 par Bernard Belluc et Di Rosa afin de conserver le patrimoine des objets quotidiens de consommation courante et industrielle. (04.67.18.64.00.)




Japonais à Collioure

20 04 2008

    Collioure-Kumamoto Art-Fusion  -   Échange international d'artistes, Collioure accueille des JaponaisLe printemps artistique 2008 à Collioure sera japonais   

  A l'initiative d'un couple franco-japonais résidant à Collioure et dans le cadre  l'Association Arts Libres, un échange résidentiel d'artistes peintres est organisé cette   année, pour la première fois, avec le Japon. A partir du début du mois d'avril, et jusqu'au 11 mai deux artistes japonais découvriront Collioure et traduiront leurs impressions sur toile. Ils souhaitent en effet s'imprégner de l'atmosphère si exceptionnelle de cette cité qui a vu naître le Fauvisme, séjourner tant de peintres et qui continue à rassembler plus d'une trentaine d'ateliers d'artistes.  BUSSAN (Takefuni SAWAMURA de son nom d'état civil) est né en 1962. Depuis 1998, il enchaîne des expositions personnelles où il traite avec un bonheur très post-impressioniste, paysages, portraits et natures mortes.

Akihiro MASAKI est un talentueux jeune diplômé de l'Université des Beaux Arts SOJO; il s'est spécialisé dans la maîtrise des techniques traditionnelles japonaises qui mettent en oeuvre des supports et produits différents de ceux utilisés pour la peinture "occidentale". Ils exposeront leurs œuvres à partir du 19 avril et jusqu'au 12 mai à l'ancienne mairie, place du 18 juin. Michel MOLY, maire de Collioure et son conseil municipal vous convient au vernissage le vendredi 18 avril à 18h. Contacts Arts Libres : 06.12.13.08.49
Mairie de Collioure : 04.68.82.05.66




Gauguin l'obscène

16 04 2008

   OVIRI, écrits obscènes de Paul Gauguin 

 

            Je viens de racheter ce livre, lu dans les années 80, que j’avais perdu ou prêté à un ami qui ne me l’a jamais rendu (c’est de plus en plus fréquent, semble-t-il…) On est fortement ému par les lettres et les écrits de celui qui se sait « grand artiste…; c’est parce que je le suis que j’ai tellement enduré de souffrances. »  Sa misère est si grande qu’il décide d’aller « vivre en sauvage » à Panama ; il l’écrit à sa femme Mette, début avril 1887 : « Je me détremperai loin de tous les hommes » La correspondance à son épouse parle du travail artistique difficile et, parfois, de moments d’intimité ; c’est alors que le texte paraît exhibitionniste, obscène car il dit ce qui ne doit pas être révélé, surtout quand on est marié : « Les femmes de race noire vont jusqu’à opérer des charmes sur les fruits qu’elles vous donnent pour vous enlacer. Avant-hier, une jeune négresse de seize ans, jolie ma foi, vient m’offrir une goyave fendue et pressée sur le bout…Ce fruit a un sort ; la négresse l’a écrasé sur sa poitrine… » (Martinique, 1887) Bien sûr, on sait que le mariage fut un échec pour Gauguin et Mette la Danoise. Froide, ayant des parents peu sympathiques, privilégiant l’argent plus que les sentiments, elle abandonne le peintre à Rouen, en 1884, et décide son installation, avec les enfants, à Copenhague, près de sa famille. Cependant, la liaison épistolaire se poursuit…

 La sexualité s’accorde avec la mort : souffrant, malade du foie, angoissé, regrettant de ne pas être mort, Gauguin retrouve l’envie de vivre au paradis et c’est le premier séjour à Tahiti. La lettre à Mette de juin 92 est encore la célébration de la femme exotique, quelque peu amorale quand on a abandonné sa famille en Europe ; ainsi, maniant toujours une « chaste impudeur », selon la  belle formule de Françoise Cachin, Gauguin écrit encore à sa femme : « Tahiti n’est pas dénué de charme et les femmes, à défaut de beauté proprement dite, ont un je ne sais quoi de pénétrant, de mystérueux à l’infini. »

Le second voyage en Océanie est marqué par des écrits et des notations encore plus crues ; il est vrai que ce libertaire « primitif » s’adresse à des amis, Schuffenecker, Charles Morice ou Daniel de Montfreid : « Je viens de terminer ma jour avec atelier » (Tahiti, 6.12.95) qui deviendra sa « case à jouir »,  « Toutes les nuits des gamines endiablées envahissent mon lit ; j’en avais hier trois pour fonctionner… » (novembre 1895), « « Je vis avec 100 francs par mois, moi et ma vahiné, une jeune fille de 13 ans et demi… » (avril 1896).

Ou encore, cette confession à son ami Alfred Valette : « Ma nouvelle épouse se nomme Pahura, elle a 14 ans, elle est très débauchée, mais cela ne paraît pas, faute de point de comparaison avec la vertu. Et finalement, je continue à peindre des tableaux d’une grossièreté répugnante. » (juillet 1896, Tahiti)

Mais le plaisir est éphémère et la mort le reprend : « Je ne vois rien sinon la Mort qui délivre de tout. Folle mais triste et méchante aventure que mon voyage à Tahiti » (à Monfreid, 10.9.1897, Tahiti).

C’est l’art, les recherches esthétiques qui ont provoqué l’échec affectif et conjugal du couple Mette-Paul. Gauguin est allé jusqu’aux limites de la création, de l’expérimentation et de la solitude. Il croyait trouver sa voie dans l’exotisme, l’exil d’une île ; ainsi, ses rêveries tropicales s’expriment avant son premier départ, à Panama : « Je m’en vais à Panama pour vivre en sauvage, je connais à une lieue en mer de Panama une petite île (Taboga) dans le Pacifique, elle est presque inhabitée, libre et fertile. J’emporte mes couleurs et mes pinceaux et je me retremperai loin de tous les hommes. » (à Mette, avril 1887). Ce « barbare en Europe » part pour le « paradis » (Tahiti, 1891) : Diderot lui avait dit que « Le Tahitien touche à l’origine du monde » et il « croque sa première Tahitienne « …tous ses traits avaient une harmonie raphaélique dans la rencontre des courbes, la bouche modelée par un sculpteur…cette mélancolie de l’amertume mêlée au plaisir, de la passivité résidant dans la domination » (Noa-Noa)

Dans une même mouvement, Gauguin célèbre la beauté des femmes des îles et le mal colonisateur des Européens ; il est sans cesse déchiré : il dit encore l’amour qu’il éprouve pour son épouse et en même temps, il exprime la détestation de sa famille et de la bourgeoisie danoise, son culte de l’argent, sa morale : « Je hais profondément le Danemark ». L’Europe est moisie et le Pacifique pourri ; c’est la décadence générale et la fin des utopies. Conscient de sa déchéance sociale en raison de la rupture conjugale, il va  achever sa courte vie dans la misère et la souffrance physique. Il va finir aux Marquises et sculpter les panneaux en reliefs polychromes de sa fameuse « maison du jouir ». Il va mourir « dans une claire matinée de la saison fraîche », écrivit Victor Segalen, en janvier 1904, aux Marquises, sur les traces de celui qui a « voulu vouloir », en ajoutant : « Gauguin fut un monstre. »




MAI 68 à Perpignan

09 04 2008

  la rue Maily   photos JPB

    A l’entrée de l’expo trône le fameux slogan « Il est interdit d’interdire ! ». Mais les gracieuses ouvreuses ( plus surveillantes qu'avenantes) m’empêchent  de prendre des photos, même sans flash, et me suivent dans ma déambulation, motivée par le labyrinthe des salles : le circuit, dans ce dédale, est indécis et dépouvu de fléchage. Elle m’interdisent aussi de téléphoner, même à Eric Forcada, responsable de cette scénographie, et je leur réponds : "Cela doit troubler les tableaux, sans doute !"

-Peut-être…, ose l’un d’elles sans savoir si c’était de l’art ou du cochon.

-Et fumer, je peux, mesdames… ?"

            Elles sourient enfin, Fifine et Fernande, et me laissent me perdre dans le petit espace consacré à Grau-Garriga. Lui qui les exige, vastes, les espaces, au contraire ! Je me souviens de sa belle installation colorée de 1984, en haut du Castillet : bannières sang et or, voilures tendues sur les hauts remparts rose et rouge. Et la tramontane dans les voiles ! Castillet, petit château devenu paquebot urbain ! Le visiteur est frustré…

Et, dernière surprise, les toiles et dessins –brouillons, essais inachevés- de Raoul Dufy, appartenant au musée Rigaud, sont perdus dans cette grande salle . Cela n’a rien à voir avec mai 68, Dufy est plutôt du côté de la tradition, non de la révolution étudiante ou artistique, et puis, il était bien malade et même mort, à cette époque…Dufy dans cette galère.. ! Mais, en fin de compte, heureusement qu’il est là, c’est toujours agréable à regarder, un Dufy, ces couleurs, cette lumière, cet art instantané, cette prise de vue naturelle et sobre : la cobla, la ronde, les danseurs : on n ‘a pas besoin d’aller cogiter du côté de la symbolique de Picasso à Céret, avec sa sardane…Le promeneur n’est pas venu pour rien…

…Car, du côté de 68, c’est pauvre, l’expo montre la frustration de 68 : c’est le chiffre qui mise sur l’explosion sensuelle de 69 ! Et elle est sans doute venue par la suite cette libération sexuelle, morale…Bref, l’expo est chiche en documents, explications, œuvres d’artistes locaux ; certes la reconstitution luxuriante de la rue Mailly est belle : une vraie réussite ! L’agencement de la première salle a dû demander bien du travail ! Il s'agissait là de la continuation artistique, en 1972, de mai 68, Ben, Giner, Vila, Viallat...contestant les déclarations défaitistes de Gérard Fromager, résumant cette révolution à un défoulement : " C'était l'éclatement de tout ce qui couvait dans la bouilloire sous le couvercle gaulliste, l'explosion de longues tentatives vers le débranchement d'une machine centrale et non le début d'une chose." Et Bernard Rancillac d'ajouter : "Je préfère ne plus y penser, je ne sais pas faire marche arrière, je me suis amusé..." Les maos sont devenus des bobos et sont rentrés dans le rang de la société libérale...

finalement, le spectateur reste sur sa faim :  il se dit que l’insuffisance de cette mise en scène ne vient pas des concepteurs de l’expo, mais de la vacuité du mouvement lui-même et du manque d’imagination des « créateurs » : bavardage sociologique de Giner, prétentions de Vila, obsession matissienne d’un Viallat…

Mai 68 est réinventer, mais en 2008, le bon peuple parle plus de sous, d’inflation, de pouvoir d’achat que de peinture ! Quant à la révolte, elle est toujours possible !

Oui, c’est ça : A l’ordre du jour le désordre !




Renée Lavaillante à Collioure : tracer, marcher

27 03 2008

   L'artiste québécoise, en résidence à Collioure (pendant trois mois, en 2006) a eu le temps de randonner. Ses  tableaux, au crayon, le plus souvent, nous mènent de Formiguères à Porté, de Vinça à Marcevol, de Paulilles au fort Dugommier de Collioure, de Port-Vendres à Banyuls...Cependant, le voyage semble immobile : la dessinatrice a convoqué un marcheur (ainsi le fameux Francis Moliner, randonneur colliourenc) pour qu'il lui raconte, de mémoire, une rando. Et l'artiste de tracer, d'imaginer, de réinventer le paysage. La marche semble immobile, la toile est une carte topographique avec courbes de niveau, lignes imprécises, relevés sismographiques, relief ou vues du ciel...A suivre ces itinéraires, on s'y perdrait ! Lavaillante semble vouloir "brouiller les pistes", nous égarer dans le pays catalan; or, celui-ci n'a pas d'importance, c'est le nouveau paysage qui importe : l'arpenteuse-artiste s'est réapproprié les lieux, s'est emparé du patrimoine. Le paysage "réel" n'existe pas, c'est l'homme qui interprète les sites et les modèle grâce à toutes les formes de culture : champ, vignoble, casot, église romane, phare ou construction touristique...Cependant, à noter simplement le mouvement de la marche, incarnée par des courbures et des zébrures, on omet l'aspect historique, émotionnel,  de ces chemins frontaliers : le passage des troupes de la Retirada, la souffrance du sentier solitaire de Walter Benjamin, l'empreinte de tous ceux, exilés ou sans-papiers, qui sont passés par un perthuis abrupt ou enneigé, à Rumpissa ou au col d'Arres...Sans parler du passage, en Cerdagne, de la lourde troupe des éléphants d'Hannibal..! Mais c'est une autre fiction, comme les parcours aveugles et virtuels de Renée Lavaillante, la bien-nommée...

  * Pour les randonneurs exigeant des informations moins labyrinthiques et pourvues de plus de chaleur et de sentiments, il faut mettre dans sa poche le nouveau Topo-guide des marcheurs 2008 (11.20 euros, www.ffrandonnee.fr)