Balades catalanes dans Pyrénées Magazine
Cet article est à lire sur la page d'accueil du site de la revue "Pyrénées Magazine". Il sera publié dans le prochain numéro de la revue (mars 2010):
Le livre de la semaine : En balade catalane avec trente artistes
Ici, chaque paysage cache un artiste. Écrivain et professeur de lettres, Jean-Pierre Bonnel nous donne une belle leçon de culture générale, qui plonge dans les racines de l’histoire de l’art et la géographie. Il nous entraîne « de Perpignan à Tarragone, avec trente personnages illustres » comme le souligne le sous-titre. De Salvador Dalí, à Cadaqués, à Prosper Mérimée, à Ille-sur-Têt et au Monastir-del-Camp, l’auteur évoque les artistes à travers leurs histoires catalanes, et parfois de manière plus personnelle, comme pour Jordi Pere Cerdà. Il suffit de partir sur les traces de l’artiste. Carte à l’appui, l’itinéraire est alors prétexte à découvrir des monuments incontournables. Si Walter Benjamin à Port-Bou, Matisse et Derain à Collioure, Antonio Machado et Aristide Maillol sont ses favoris, Jean-Pierre Bonnel nous dévoile quelques pépites. On découvrira ainsi Santiago Rusiñol à Sitges, Chagall, Masson et Bataille à Tossa del Mar et Montserrat, Victor Brauner à Canet et Saint-Feliu-d’Amont et Nabokov au Boulou. Notre coup de cœur portera sur l’écrivain Ludovic Massé à Evol, le peintre Charles Rennie Mackintosh sur la Côte Vermeille, Raoul Dufy à Perpignan et l’économiste Alfred Sauvy à Montalba. Ce petit livre, qui pourrait devenir incontournable, est une vraie déclaration d’amour au Roussillon et à la Catalogne.
Balades culturelles en Catalogne, Jean-Pierre Bonnel, Nouvelles presses du Languedoc, 247 pages, 22 €.
Patrice Teisseire-Dufour - Le 02 février 2010

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Jeudi 4 février 2010
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patrimoine, actualité en Catalogne, littérature, balade, photographie, Barcelone, paysagisme
Balade au Mas Larieu (Argelès, bocal du Tech)
Entamer l'année avec du sport, avec une simple marche, c'est toujours une idée saine. Mais la balade, pour être tout à fait efficace, doit être intéressante, instructive, esthétique... Je suis revenu récemment au "Bocal du Tech" (embouchure de la rivière du Vallespir) non pour faire des rencontres 'gays" (ces hommes d'âges mûr et même blet, attendant dans leur voiture, ne sont pas ma tasse de thé), mais pour garer mon véhicule; la véritable entrée de la réserve naturelle, située entre mer et route (de St-Cyprien à Argelès) est accessible par la D81 et la route du Mas Bertrand. Avant d'arriver à Argelès-Plage par la D81, après la rivière Tech, tourner à droite pour passer sous la route.
Surface : 117 hectares - Période d'acquisition : 1981 - 1997 Commune : Argelès-sur-Mer, Elne (66) Nom du gestionnaire : Commune d'Argelès-sur-Mer. Un tour sur le site du mas ou du Conservatoire du littoral vous en dira plus :
Comme beaucoup de zones littorales en Languedoc-Roussillon, le Mas Larrieu(x) était convoité dans les années 1970 par un projet de construction de villages de vacances et d'un centre naturiste. Il faudra attendre 1984 pour que, suite aux volontés locales de préservation de cette zone, la réserve naturelle soit créée par décret ministériel. Le Conservatoire commence à acquérir des terrains sur cette zone dès 1981. Aujourd'hui il possède 117 hectares sur le territoire de la réserve. La réserve est gérée par la commune d'Argelès-sur-Mer avec pour mission d'assurer la conservation du patrimoine naturel qui a motivé son classement. Un plan de gestion du site a été réalisé et validé par le Ministère de l'environnement afin de planifier les opérations à mettre en œuvre. Tous les 5 ans, le plan de gestion est réactualisé...
Ce que je peux dire, c'est qu'il s'agit d'une balade facile, sur une surface plane, mais longue si on veut tout voir et qui se perd, parfois, par manque e signalisation, dans un espace labyrinthique changeant : bosquet, champs déserts, allées de bambous, ruisseaux, sables... Agréable à la bonne saison, avec possibilité de visite guidée, l'été, mais avec beaucoup de monde, il est conseillé d'aller repérer seul, au printemps, ce lieu, un des derniers susceptibles de nous donner l'illusion d'habiter encore dans un monde naturel et préservé...
depuis la plage du bocal du Tech, vue sur les Albères. (photos J.P.Bonnel)

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Dimanche 3 janvier 2010
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balade, patrimoine
Une année poétique avec Patrice Teisseire-Dufour
"Cahier d'un illusionniste", de Patrice Teisseire-Dufour
Passer d'une année à l'autre en compagnie d'un recueil de poèmes, voilà une idée qu'elle est belle... Chacun a son "rituel de passage" : un bon repas, une cuite mémorable, un tour au lupanar, une veillée au coin du feu, l'incendie d'une voiture...
Bref, mon incipit à moi, c'est le "Cahier d'un illusionniste" d'un jeune poète, qui possède plusieurs plumes dans son encrier : grand reporter au magazine "Pyrénées-Magazine", donc grand marcheur, randonneur, découvreur d'espaces insolites, mais auteur aussi de livres divers "Les crus de Banyuls et Collioure...", "La spéléologie catalane..." (je mets des ... car Patrice a la manie des titres interminables) , "Des hommes et du Roussillon", ou encore "Corbières", avec de sublimes photos de Paul Palau. Et ce confrère et ami, au talent désormais reconnu, lui a offert la couverture, avec vue sur Sant Pere de Roda et le Cap Creus !
P.T-D., dont les lecteurs de "La Semaine du Roussillon" connaissent les initiales, guide le lecteur, sous l'égide de Roland Barthes, dans son jardin intime et l'ambiance de ses vingt ans. "Nous étions d'une autre époque", mais ce recueil de souvenirs, cette brassée d'images, n'ont rien de passéistes !
Depuis l'enfance et la naissance d'une belle odyssée, l'auteur nous plonge dans ses nuits, dans la danse des chevaux, dont les troupeaux "sont composés de vent et d'eau", dans des cités uniques, Aigues-Mortes ou Salses... et Perpignan : "Je veux expliquer d'abord la ville / Les criminels et les anges s'y côtoient / Les premiers avec des yeux à la dérive de récits puisés dans le ruisseau..." Puis, soudain, la nostalgie guette quand "le juke-box se tire un disque dans la tête", ou l'amertume : "Notre parcours est jalonné d'idéologies dont nous ramassons les miettes. Nous n'avons pas de pensées propres..."
Oui, j'aime ce poète qui sait que "la main qui chante est toujours réfractaire", qui écrit dans "la mémoire du soleil", qui chante si bien ce Collioure, pourtant si souvent chanté...
Ce livre est hors du temps des éditions mercantiles et des rotations rapides : lecteur, tu ne le dénicheras que chez un libraire honnête ! (éditions Aliance, BP 19, 66241, Saint-Estève, 5 euros)
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Samedi 2 janvier 2010
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journal intime, photographie, balade, poésie
Au col de JAU, en quête de neige
photos Jean-Pierre Bonnel
Refuge du Callau, à partir de col de Jau, chemin dans la forêt au-dessus des anciennes infrastructures de la station de ski. Désolation de ces ferrailles abandonnées, pistes dévastées, dont les ornières disent sans doute l'amertume de tous ceux qui aimaient ce lieu familial, méprisé par les impératifs économiques...
Vous êtes partis, en ce mois de décembre, froid et venteux, à la recherche de sentiers enneigés pour faire un peu de ski de fond, de quoi vous échauffer les muscles avant de descendre des pistes moins sauvages mais plus rapides et pentues...Hélas, le tapis blanc n'est dressé devant vos planches que par intermittences et il faut souvent déchausser... Pourtant la forêt sait conserver la neige entre ses sapins... Mais vous voilà descendus au beau et triste refuge de Mosset : personne, le désert glacé, les portes closes, les anciens feux de camp fossilisés dans une mince couche de gel...
Alors, vous revenez au col (de JAU, à ne pas confondre avec celui de JOU, celui de la joie, ouvrant la rando vers le Canigou) au décor inachevé, les jambes peu dérouillées et le coeur frustré. Par chance, il reste mille sentiers; en particulier celui qui descend, à gauche, vers un point géodésique et va vous permettre une balade unique, dans une montagne brute et silencieuse...
Devant vous, l'étroite vallée verte et mauve, nimbée de brumes blanchâtres qui signifie que, là-bas, tout au fond, à Prades, la marinade a réussi à monter vers le Conflent... Mais les yeux se reposent face à la silhouette de Mosset et, un peu plus bas, de Molitg...
* à partir de Prades, prendre la route sinueuse qui mène à l'Aude, par la belle vallée de la Castellane, en passant par Molitg et Mosset : là, voir la tour des parfums, faire le sentier forestier des cinq sens, lire les livres de Michel Perpinyà, poète, romancier et enfant du pays, créateur du "pessèbre mossettan", aller, l'été, assister à une représentation de "Opéra Mosset"...pour aller randonner jusqu'au Madres-Coronat, à près de 2500 mètres, qui offre une vue incomparable sur le Capcir et les montagnes d'Andorre et d'Ariège...
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Vendredi 18 décembre 2009
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balade, patrimoine
Chemin des Templiers, de Nyls au Mas Deu, Robert VINAS
Avant de parcourir le chemin historique des Templiers, en partant de Nyls (depuis Pollestres, traverser Nyls, puis à droite, attention, pancarte indiquant " Cabrinyls" : chemin pour chèvres et pèlerins...), il est bon de s'attarder dans les canyons de "Negue Bou" et de la rivière Canterrane, venue du massif des Aspres. Dans le lit de cette rivière souvent asséchée comme un oued d'Afrique du Nord, vous pourrez admirer des sculptures de sable construites par des artistes inconnus... (photos J.P.Bonnel)
Ces falaises de sable où sont incrustées des pierres anciennes, des fossiles et de figures -animaux ou visages- récentes, sont vraiment insolites...
Le lit creusé comme par un torrent inattendu, en cette plaine tranquille du Roussillon, se poursuit dans des cultures de roseaux, des trous d'eau et la marche est malaisée. Il est alors plus agréable de remonter vers les vignes et de trouver le chemin des Templiers...A suivre, du Mas Deu à la Commanderie de Sainte-Colombe...
** Pour en savoir plus, lire le livre récent de Robert VINAS (TDO éditions) : Dans "Le Procès des Templiers du Roussillon", un ouvrage qui retrace l’histoire tragique de ces légendaires soldats de Dieu, leur procès et leur destin, Robert Vinas nous fait vibrer au rythme d’une incroyable aventure humaine.
C’est en historien spécialiste de la question que l’auteur de L’'Ordre du Temple en Roussillon, montre comment le filet s’est peu à peu resserré autour de l’ordre et de ses membres.
Dans une analyse d’une grande précision, M. Vinas met à la portée du grand public - traductions totalement inédites à l’appui - des documents connus des seuls spécialistes, et qui se révèlent aussi passionnants qu’'un roman.
Le procès des Templiers du Roussillon,
de M. Robert Vinas aux Editions Tdo, Perpignan (2009)
Pour en savoir plus www.mediterranees.net
Robert Vinas est ancien proviseur de lycée, actuellement historien conférencier spécialiste des Templiers en Roussillon, de la conquête de Majorque, du roi Jaume Ier le Conquérant et de son Livre des Faits.
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Samedi 5 décembre 2009
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balade, actualité en Catalogne, littérature
Le Mas BOUTET, un petit paradis entre Collioure et Argelès
l'entrée du Mas Boutet
le seuil de la chambre d'hôte où j'ai séjourné :

la terrasse avec vue sur mer...
la fresque illustrant le travail dans les olivettes
Mas Boutet, petit paradis
Se réveiller dans les champs d’oliviers avec
dans les yeux le fort Saint-Elme
et d’un autre la mer et la côte avec Le Racou et les criques de Porteils à vos genoux
d’Argelès à Leucate des sables à la falaise
C’est un lieu de travail (oliviers, confitures, légumes)
et de repos où fauteuils et transats sont à la disposition du voyageur
qui désire s’éloigner des grandes usines à dormir et à manger
Deux chambres d’accueil à peine pour la convivialité
et vous n'êtes pas perturbés par les hôtes les voisins
simplement la discrétion une ombre sur le seuil
Vous comprenez que quelqu’un vient de vous apporter sous le tilleul à l’entrée de la chambre le petit-déjeuner
Tout est délicat le moindre détail est pensé
le bouquet de serviettes avec savon et lavande
le ventilateur la radio et sur la terrasse
le pin le palmier et le fameux tilleul tous posés là pour votre fraîcheur
et la beauté du monde
Une seule ombre au tableau bucolique
si vous arrivez la nuit et montez par le chemin sans trouver les interrupteurs
placés comme des cailloux blancs...
Si vous êtes paralysés par le silence d'obsidienne...
Si vous apercevez au-dessus du lit l'affiche sur le festival du polar corse
vous risquez de ne dormir que d'un oeil
Mais rien de grave
avec l'autre vous lirez les polars catalans de Gildas Girodeau...
* L'histoire du domaine merveilleux du "Roc d'en Jorda" commence avec le grand-père René Boutet qui, déjà, dans les années 1920, entretient des olivettes. Gildas, le petit-fils, marin et écrivain, décide avec son épouse Isabelle, urbaniste de formation, de développer l'activité sur ces collines qui dominent la route nationale et le rivage. Le couple se lance dans la culture des oliviers et Isabelle se spécialise en oléiculture; les récoltes sont confiées aux moulins privés de Laroque et de Corneilla-la-Rivière. Quelques années après, le domaine produit 1500 litres chaque année, en trois cuvées spéciales : Maquis, Olivière et Noël (pour plus d'explications, des initiations et visites sont organisées, chaque vendredi à 17 heures, à la bonne saison et toute l'année, sur rendez-vous; téléphoner au 04.68.81.01.64. ou au 06.14.90.52.51.)
Le visiteur découvrira encore une confiture d'olive insolite, les savons et les pâtes d'olives appelées "barrajades"...
* deux chambres d’hôtes de caractère sont aménagées au cœur de l’exploitation du Mas Boutet (prix variable selon les saisons)
**Huile d’olive du Mas Boutet – Isabelle GIRODEAU – vente directe – roc d’en Jorda, route de Collioure (entrée hôtel Les Mouettes) – 66700 – Argelès sur mer – 04.68.81.01.64. – 06.14.90.52.51. "http://www.masboutet.com" www.masboutet.com
Pour trouver le mas Boutet, prendre Collioure par la corniche et entrer par l’hôtel des mouettes et suivre le fléchage. (panneaux indicateurs le long de la route).
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Jeudi 19 novembre 2009
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paysagisme, balade, patrimoine, poésie, actualité en Catalogne
COUCHOUS, Château de CUCHOU en Fenouillèdes
La photo qu'il fallait élucider, chère Suzanne, était un paysage de Couchous, charmant château (privé, ne se visite pas, mais il paraît, selon le menuisier d'art de Montner) que l'intérieur ne vaut pas l'extérieur...) situé entre Estagel, LaTour de France et Cassagnes, Caramany. Perdu entre les vignes, cette belle bâtisse est le point de départ d'une balade champêtre : la vue sur les montagnes de Tautavel, sur les Corbières, sur le Pech de Bugarach est magnifique, surtout en cette saison automnale, avec les variations de couleurs, mêlant le jaune, le rouge, le vert, l'orangé...
le parc du château (photos J.P.B.)
La belle façade du château de Couchous
Le château et ses dépendances depuis les vignobles (à déguster les "Côtes du Roussillon")- Il faut savoir que, l'été, le site est le théâtre de récitals de musique classique. 
Christian Séguié : le blog riche et coloré du menuisier d'art vous guidera à travers le Fenouillèdes et bien plus loin... Voici un extrait de son blog :
" Ce château se situe entre Latour de France et Cassagnes et en face de la chapelle Saint Martin. Sur les différentes cartes touristiques ou routières vous pouvez voir plusieurs écritures avec Cuchous, Cuchoux , Cuixós ou Cuxùs... Quant à la vue sur Estagel ou Montner, il vaut mieux prendre la route goudronnée juste au-dessus. En cadeau une des plus belles vues artistiques du château que vous offre le menuisier d'art de Montner...
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Mercredi 18 novembre 2009
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balade, patrimoine, paysagisme
Philosophie et photographie du voyage : Transboréal
La collection « Petite philosophie du voyage » propose au lecteur de courts textes à la fois théoriques et empreints de subjectivité. Reposant sur l’expérience d’hommes et de femmes de terrain, ces ouvrages de poche offrent des axes de réflexion dans trois domaines : naturel – l’environnement et notre planète ; personnel – l’épanouissement et le bien-être ; spirituel – une plus grande communion avec le monde.
*L’Écriture de l’ailleurs, Petits propos sur la littérature nomade,
Albéric d’Hardivilliers.
Un livre suscite souvent un désir de départ. Qui n’a eu envie de découvrir Carthage après avoir lu Salammbô ? Quant à la lecture en voyage, elle permet à la fois de s’abstraire de la réalité qu’on aborde et de la mieux observer, la mieux comprendre. L’association que le voyageur tisse entre un pays et un auteur est parfois si forte que sa visite est tout entière perçue à travers le prisme de la relation que tel écrivain-voyageur ou tel romancier en a laissée. Venise avec Proust, Alexandrie avec Lawrence Durrell, l’Afrique avec Conrad, l’Afghanistan avec Ella Maillart, l’Australie avec Chatwin : voyager en compagnie d’un écrivain permet d’établir une fructueuse comparaison entre le passé et le présent d’un lieu, mais aussi d’en affiner sa propre perception par le reflet de celle d’autrui. C’est l’occasion de découvrir les écrivains du pays dans lequel on séjourne, voix vivantes qui incarnent mieux l’âme d’un peuple que les monuments historiques. L’exercice de l’écriture bénéficie lui aussi du dépaysement. Qu’aurait été Le Petit Prince sans la panne « à mille milles de toute terre habitée » que connut son auteur ? Écrire en voyage devient une manière d’exorciser à la fois la nostalgie de ses propres racines – n’y a-t-il pas une écriture de l’exil ? – et du lieu et des amitiés que le voyageur s’apprête à quitter. L’écriture de l’ailleurs permet enfin, en notant impressions, émotions et observations, de conserver une trace de l’élan spontané de la découverte, quitte à transformer ensuite le carnet en récit, et partager ainsi l’expérience vécue avec un futur lecteur, qu’un livre lancera à son tour sur les routes du monde…
*La Soif d’images, Petites révélations sur la lumière et la photographie,
Matthieu Raffard.
À l’origine de tout voyage, il y a des images : entrevues ou fantasmées, documentaires ou fictionnelles, elles sont un appel à prendre le large. Chacune d’elles représente une des mille facettes de ce kaléidoscope qu’est le monde, et nous invite à le parcourir pour confronter notre propre vision à celle qu’en offre la reproduction sur papier. Et puis, pour le photographe, tout voyage implique la réalisation d’images. Une réalisation qui a pour but, par le biais d’une technique infiniment variée dans les nuances qu’elle permet, d’immortaliser une scène, de saisir un visage, de capter les lignes d’une ville, de fixer les ombres et les courbes d’un paysage. Comme la peinture, mais au gré d’une temporalité différente parce qu’elle est un art de l’instant, la photographie habitue celui qui s’y adonne à porter sur le réel un regard plus aigu et plus conscient, et lui apprend à voir autrement choses et gens. Car l’œil du photographe-voyageur n’est jamais neutre ; de l’aube au crépuscule, la recherche de la lumière et du cadrage qui révéleront la beauté ou l’étrangeté du monde le maintient dans un état d’alerte, d’urgence et d’extrême sensibilité. Et le travail que le chasseur d’images opère à son retour, en fixant durablement sa moisson de couleurs et de formes et en la rendant visible pour autrui, prolonge et approfondit la quête entreprise durant son voyage.
*L’Appel de la route, Petite mystique du voyageur en partance,
Sébastien Jallade.
L’ouvrage développe la mystique moderne du voyage et, à partir de la riche expérience de l’auteur, explore les motivations, conscientes ou inconscientes, des candidats au départ. Indépendamment du type de voyage, de sa durée ou du pays traversé, quelles aspirations profondes relient les voyageurs contemporains ? Partir est un manifeste : c’est l’expression d’une défiance à l’égard de son propre système de valeurs, dans le secret espoir de contribuer à le changer au retour. Qu’il se risque dans une région déserte ou aborde l’agitation des métropoles, le voyageur est en quête de liberté et choisit son identité. L’exacerbation du sujet en action et de sa « mise en danger » permet d’affronter une géographie (naturelle ou humaine) radicalement différente. L’enjeu : la conquête de soi, par laquelle le voyage ne se limite plus à un défi mais reflète les contradictions et les ambiguïtés de l’existence. Comment en effet expliquer de façon rationnelle une démarche qui, le plus souvent, ne l’est pas ? (Livres brochés, avec gaufrage de couverture, 11 x 16,6 cm – 96 pages, 8 €)
Transboréal est une maison d’édition indépendante qui veut promouvoir le travail d’auteurs, d’illustrateurs et de photographes ayant fait preuve d’abnégation et de courage lors d’études ou de voyages au long cours marqués par une réelle connivence avec le milieu humain ou le monde naturel.
Marc Alaux ou Émeric Fisset Transboréal, 23, rue Berthollet – 75005 Paris - Tél. 01 55 43 00 37 - Fax 01 55 43 00 38 - HYPERLINK "mailto:contact@transboreal.fr" contact@transboreal.fr - HYPERLINK "http://www.transboreal.fr" www.transboreal.fr 
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Jeudi 12 novembre 2009
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patrimoine, littérature, balade, photographie
Le mas DEU des Templiers et du bon vin
Balade dans les vignes automnales autour du Mas Deu (de Dieu), ancienne
propriété des Templiers, exterminés par l'Inquisition et le roi de France (pour un historique précis, voir les études de Robert VINAS *) Au sud de Perpignan, prendre la N9 vers le mas Sabole; justa avant, tournez à droite, direction Trouillas (D612); à deux kilomètres, à droite, vous pouvez vous garer autour des cultures d'un pépiniériste et marcher par les chemins et par les vignes environnantes pour faire le tour du mas: non visitable mais on peut acheter des "Côtes du Roussillon"...
Lieux chargés d'histoire(s), mine de rien... (photos J.PB.)
* L'arrestation des Templiers. C'est l'initiative du roi de France qui crée l'affaire des Templiers.
Philippe le Bel alerte par lettre dès le 16 octobre 1307, trois jours après avoir fait prendre les Templiers de son royaume, les autres rois, en particulier ses parents d'Aragon et de Majorque. Il leur demande d'arrêter, comme il l'a fait, tous les frères du Temple en raison des graves accusations qui pèsent sur eux et de mettre la main sur leurs biens. Les deux monarques hésitent d'abord, demandent des informations au Pape et ne suivent qu'après avoir pris connaissance des instructions du Souverain Pontife, données le 22 novembre 1307. En Roussillon, les frères sont arrêtés deux jours avant la Noël de 1307 et emprisonnés au Masdéu où ils attendent leur jugement. Par contre, en Catalogne, les Templiers se retranchent dans leurs châteaux-forteresses. Là, il faudra des sièges en règle, en particulier celui de Miravet, défendu par le commandeur du Masdéu, Ramon Saguardia, pour que Jaume II d'Aragon puisse enfin incarcérer tous les Templiers.
Toutefois, l'information contre les frères du Roussillon, rejoints dans leur prison du Masdéu par leur commandeur, n'est ouverte contre eux par l'évêque d'Elne, Ramon Costa, que deux ans plus tard, en décembre 1309.
Les interrogatoires : Les questions qui leur sont posées, au nombre de 88, sont celles auxquelles devront répondre tous les Templiers de la chrétienté. Elles ont été rédigées à partir des premiers aveux obtenus en France sous la torture.
- Une première série de questions tente de les faire apparaître comme des renégats dès leur réception.
- Une deuxième série regroupe les accusations d'idolâtrie.
- Une troisième reprend les accusations d'hérésie.
- Une quatrième traite des pratiques obscènes et de l'homosexualité.
- Une cinquième peut être constituée par tout ce qui touche au secret dans l'Ordre.
On retrouve dans ce questionnaire tout l'attirail des procès en hérésie simplement adapté au cas des Templiers. D'autres avant eux avaient eu droit à ce type de questions, qu'ils fussent accusés de catharisme, de sorcellerie ou d'être adeptes de sectes lucifériennes.
Les interrogatoires menés par la commission ecclésiastique désignée par l'évêque d'Elne ont lieu en janvier 1310, d'abord au château de Trouillas, puis au Masdéu.
Les frères sont interrogés un par un, en commençant par Bartomeu de Torre, chapelain du Masdéu, qui fait apporter aux membres de la commission le livre de la Règle et des statuts de l'Ordre conservé à la commanderie. Aucun des frères n'est torturé.
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Vendredi 6 novembre 2009
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balade, patrimoine, littérature
Barcelone : son image de marque
Toujours en direct de Barcelone, carrer de Guardia, entre Raval et Rambla, je regarde la vie de la rue, des murs, les innovations municipales, les slogans catalans (de moins en moins nombreux) et j'essaie de saisir la nouvelle image de marque de la grande cité. Le maire en veut une représentation "clean", scientifique, universitaire, technologique, d'accord, mais quel grand écart entre les extrêmes sociaux...
"Clean", Barcelone, alors pourquoi ce "salon du porno"..? Reportage sur le salon du Porno a Barcelone (extrait anonyme capté sur la toile): "Pour vous, je suis allée en Espagne , assister au salon du Porno à Barcelone. C'était assez chouette, vous auriez adoré ! Mais j'ai pensé à vous et afin que vous puissiez découvrir ce qu'est le salon du porno, je vous ai pris quelques photos des shows et des boutiques coquines que l'on peut trouver sur place. Je vous ai décortiqué le tout en 3 parties en vous présentant quelques stands qui étaient sur place, certains sont assez surprenants mais très coquins. La première partie sera consacrée au stand, boutique, à l'espace allouée pour cet événement, la seconde partie vous présentera quelques portraits de filles qui étaient sur place et la troisième celle que vous allez aimer sera les show, et pour clore le tout une petite vidéo prise avec mon appareil photo numérique..."
Ensuite, je suis allé faire un tour du côté de Pédralbes, sur les hauteurs, près des pins, du Tibidabo : tout n'est, là-bas, qu'ordre, luxe et ... propreté. Le monastère, admirable, est ceinturé de villas de milliardaires, d'écoles et d'universités privées, religieuses. C'est un autre monde qui contemple la mer, le port et la géométrie urbaine de la vaste cuvette bétonnée... Les édifices consulaires ont pris du recul et le silence règne dans cet espace résidentiel, long comme un ennui sans fin...
Il faut revenir, avec plaisir, vers Diagonal et Passeig de GRACIA: une sculpture de plomb a été installée devant la Pedrera : la Montagne est descendue vers les embruns. Une exposition magnifique est venue de Paris, de la collection privée de Dina Vierny; certains tableaux n'ont jamais été vus; des photos de Henri Frère sont inédites: la disparition du dernier modèle de Maillol va permettre une diffusion plus ample de l'oeuvre...
Je descends plus bas, vers la rambla de COLON, jusqu'au centre d'art Santa Monica; ici a eu l'exposition des photos du Catalan de la Retirada CENTELLES (nom, aussi, d'un hameau, près de Vic): venues du Jeu de Paume, à Paris, ces témoignages seront bientôt à Perpignan, à la Poudrière. Enfermé au camp de concentration de Bram, AUGUSTI Centelles a pris de de quatre mille clichés qui furent découverts qu'en 1987, lors de la première rétrospective au Palais (Palau) de la Virriena (rambla de Barcelona). A voir jusqu'au 10 janvier 2010, du mardi au dimanche, entrée libre : +34 93 316 28 10.
* Image, quelle image pour Barcelone..?
vente de symboles catalans sur la rambla.
Après une période fastueuse (les J.O. la pub grâce au cinéma, "L'auberge espagnole" ou le film de W. Allen), après l'image positive et dynamique, voici que le discrédit, voire le déclin, semble peser sur la cité catalane. L'actualité, en effet, indique que des mafias du sexe sont installées tout près de la rambla (ruelles du Raval), que le président du fabuleux palais de la musique catalane est accusé d'avoir détourné 10 millions d'euros destinés à la réhabilitation de l'édifice moderniste... Alors, Barcelone, essor ou décadence...A suivre...
*** J'apprends ici que mon blogue n'a été consulté "que" 20300 fois, au mois d'octobre. 2500 de moins qu'en septembre...Pourquoi ? Dites-le moi..!
Statistiques : Nombre de visites par mois
MoisNombres de visitesNovembre 20093 280Octobre 200920 745Septembre 200923 146Août 200917 283Juillet 200910 066Juin 200910 953Mai 200910 571Avril 200910 512Mars 200910 079
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Lundi 2 novembre 2009
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Barcelone, photographie, balade, patrimoine, peinture, littérature
En direct du Raval à Barcelone: police voleuse, fête des morts, expos Maillol et Centelles...
J'écris depuis un petit hôtel du quartier populaire du Raval, entre le "poble sec" de Creixams et la rambla qui mène à la place de Catalogne, en non à la statue de Colomb, non au port, car, c'est vrai, cette grande ville maritime, conquérante, tourne le dos à la mer : les bourgeois et industriels de la fin du XIX° et du début du XX°, qui ont fiancé les travaux de Gaudi et des grandes architectes du modernisme, ont préféré s'implanter plus haut, vers Gracia, l'Eixample, Putxet... Ici, malgré les travaux de salubrité de la municipalité, tentant de chasser miséreux et marginaux, le quartier est resté pauvre, sale, populeux. Raval populaire, avec sa grise rambla de palmiers étiques, ses rues et ses mendiants borgnes, ses grosses et vieilles prostituées édentées. Pourtant les filles faciles sont de plus en plus jeunes, la crise aidant, et même jolies : cette grande brune s'est arrêtée à un distributeur de préservatifs; quelle va être, pour elle, l'aventure de la nuit..?
La rambla basse est toujours aussi animée : marchands de fleurs, de journaux, restaurants en terrasses, excentriques qui se sont déguisés et posent, immobiles, dans la frénésie du va-et-vient de la population, pour quelques centimes d'euros... Je me lasse de cette liesse, j'en ai assez, de cette marée... Demain j'irai vers le paseo de la Barcelonnette et visiter le musée maritime, dans son fantastique écrin gothique, racontant l'ancienne épopée catalane et la fierté castillane perdue dans une Europe de la normalité, du formatage généralisé... Vingt ans de cela et c'étaient les petits délinquants qui vous volaient l'autoradio -place du pin- ou vous fracturaient la voiture pour vous prendre une paire de ray-ban. Aujourd'hui, c'est la police qui vous vole, désirant faire place nette et surtout faire rentrer de l'argent... En effet, garant ma voiture, ce dimanche après-midi, dans une rue calme, à un emplacement ne gênant personne (mais réservé aux livraisons les jours ouvrables), je ne la retrouve plus à 18h, quand je reviens pour l'installer dans un parc pour la nuit ! Alors, angoisse et ennuis : vol ou fourrière..? Il faut trouver un poste de police, téléphoner à "la grua", se rendre place d'Espagne, entre les arènes et la statue de MIRO, récupérer le véhicule à la fourrière, à la folle police, qui vous demande 200 euros pour quelques heures de gardiennage... A ce prix-là, j'aurais pu aller dormir dans un palace du paseo de Gracia ou au Majestic, dans le lit où, Machado, sur le chemin de la Retirada, a peut-être sommeillé...
C'est le scandale intégral..! Barcelone la voleuse, Barcelone la piteuse, qui manque d'eau, d'énergie électrique, qui peine à payer ses employés, voulant trop de responsabilités dans une autonomie de plus en plus grande, Barcelone miné, mité par la TGV qui fait s'effriter et pencher la Sagrada Familia... GAUDI se retourne dans sa turne et moi, je rentre, ruiné, dans mon modeste hostal...Barcelone la si dynamique, qui veut donner une image positive, m'offre, ce soir, un visage fantomatique et mesquin...
Le maire de Barcelone, Jordi Heureu, sans X car peu érotique, se proclamant socialiste chrétien, affirme que la future gare de La Sagrera est un formidable atout stratégique, une gare "inter-modale", la plus vaste d'Europe... Cet édile-ci est un bureaucrate, un arriviste, désirant la modernité technologique et la mort des pauvres : "développer la biotechnologie, la bio-médecine"... Il est content, el segnor l'heureux, car sa ville se positionne (!) comme décor de nombreux films; il veut que la "ville des prodiges" mendozienne devienne la cité des arts et des sciences... Que c'est original ! Et c'est la ville qui "compte le plus grand nombre d'étudiants d'Erasmus" : ces jeunes-là sont sérieux, finie l'image ancienne de Barcelone "beuveries et commerces du sexe" (la Generalitat qui, elle aussi, se veut moralisatrice, a prohibé les bars proposant deux bières pour le prix d'une et interdit donc les "happy hours" !) voici la nouvelle Barcelone, animée en apparence, mais triste à l'intérieur, la ville propre, policée, prônant la fébrilité tranquille, exigeant le calme et l'ordre nouveaux... L'image de marque de Barcelone : "la cité carrefour de cultures", le droit à la différence, donc, comme c'est original...
La nuit de Maillol (photo J.P.Bonnel)
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Dimanche 1 novembre 2009
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Barcelone, humeur, journal intime, balade, politique, littérature
Bornes frontières, du Traité de Corbeil au Traité des Pyrénées
Depuis le centre d’Ille-sur-Têt, passez le pont en prenant la direction Estagel, Montalba ; au premier embranchement, prendre à gauche, les lacets, au-dessus des cheminées de fée dues à l’érosion, la route pour Montalba. A deux kilomètres, sur la gauche, vous vous garez sur un terre-plein, juste avant le refuge ASS animaux perdus ; vous pouvez apercevoir une croix commémorative « mort le 31.3.1877, à 36 ans, de Joseph Pacull, docteur en médecine) De l’autre côté de la route, un chemin de terre mène à un casot peint avec art ; suivez le chemin qui monte à gauche de cette construction. Montez tout droit : la piste mène à un chemin de rando (inscription jaune sur grosse pierre) : belle vue sur la plaine, la mer, le Canigou.
Vous faites une lecture du paysage : c’est le comprendre et saisir l’histoire de ce territoire ; le relief va délimiter les comtés nord catalans. Ici, du plateau de Montalba jusqu’à Bélesta passait la frontière entre le Roussillon et le Fenouillèdes, en 1258, date du traité de Corbeil.(*) Vous allez partir à la recherche des bornes frontières séparant les couronnes de France et d’Aragon. Quatre d’entre elles sont à proximité : celle du Pech Redoun, au-dessus de Cassagnes, mais accessible avec difficulté ; une autre à Montalba, perchée sur les contreforts ; une troisième à Bélesta, à une heure de balade environ. Celle que nous allons découvrir est proche, à une demi-heure de marche, reconnaissable sur la carte (Top 25, Ille, 2448 OT - abréviation : « bne » : le nom de la borne est noté sur un panneau du sentier « PILO den GIL ».
Rappelons un peu l’histoire autour de l’an mil : à la mort de Charlemagne, les comtés prennent de l’autorité ; naissent alors les grandes familles de Cerdagne, du Conflent… Jusqu’au 12ème siècle, époque des disputes au sujet des limites des zones d’influence. Le Comte de Barcelone va faire régner la paix sur tout le territoire ; sont alors confirmés les privilèges de la ville de Perpignan ; s’épanouit surtout l’art roman, grâce à l’argent de ces riches comtés. Aux 13eme et 14ème siècles est créé le royaume de Majorque dont Perpignan devient la capitale. Un flottement régnait à la frontière : dans cette zone intermédiaire, les gens se trouvaient tantôt au nord et tantôt au sud…Aujourd’hui, nous sommes au sud de la France et au nord de la Catalogne !
Au XVIème siècle, l’érudit humaniste Francesc Comte va publier les illustrations des comtés de Cerdagne, Conflent ; il décrit les limites : il part d’Estagel et en regardant vers le sud, du site de Rodès au col de Ternères, il note la frontières entre Roussillon et Conflent ; au col de Jau, il décrit la séparation entre Fenouillèdes Conflent ; c’est un Catalan francophobe et hispanophobe ; il légitime l’indépendance : ce pays existe, fondé sur la Méditerranée latine et munie d’une mythologie grecque…
Le sentier monte toujours ; sur la gauche, un bâtiment en ruine : de là, on peut apercevoir la borne, tout droit, sur une colline ; on avance encore : sur la gauche, c’est un piste pour VTT ou 4x4 ; on arrive à un petit carrefour, avec le panneau attendu « Piló d’en Gil » : il faut alors monter, à travers cistes, genêts vers la borne-frontière, en forme d’obus, mais en pierre, sans inscription. Ces bornages, montés sur place, assemblés avec de la matière vulgaire : en cailloux avec du mortier, ont été implantés pour être vus de loin ; certains portent la croix d’Aragon ou un symbole du royaume de France. Ces bornes ne sont plus d’aucune utilité depuis le traité des Pyrénées, en septembre 1640 ; en effet, ce nouveau traité se base sur une autre ligne géographique, celle des Albères et la barrière des Pyrénées…
La balade peut se poursuivre en direction de Bélesta, à la recherche d’une autre borne, située à une heure et demie de marcher : prendre le sentier de droite (nord-est : panneau « vers chêne centenaire » ; ce chemin qui passe, en effet par l’arbre imposant, rejoint le « circuit des tours » qui descend vers Ille. Pour Bélesta, c’est tout droit. Et pour la borne de Cazenoves, c’est à gauche…
* C’est à partir de ce moment que le Fenouillèdes va jouer un rôle important dans les dernières années de l’épopée Cathare. En effet, le pays contribuera pour beaucoup et avec l’aide des seigneurs locaux, a accueillir et protéger les derniers hérétiques pourchassés par les croisés. Après Montségur, les derniers Cathares se réfugieront dans ces dernières citadelles du vertige que sont Puylaurens et Quéribus. Puylaurens tombe en 1246 et en 1255, Quéribus, la dernière forteresse Cathare se rend sans combattre.
Date importante pour Cassagnes et le Fenouillèdes : 11 mai 1258. C'est le traité de Corbeil qui met fin au conflit concernant les limites territoriales entre la France et l'Aragon. Les séquelles de la guerre et les préoccupations stratégiques font que Saint Louis renonce à ses droits de souverain sur le Roussillon et le comté de Barcelone tandis que le roi d’Aragon Jacques 1er renonce, de son côté, à tous ses droits de suzerain sur le Languedoc et la Provence. Le roi d’Aragon devient ainsi le maître absolu du Roussillon, Vallespir, Conflent, Capcir et Cerdagne tandis que le Fenouillèdes et le Peyrapertusès sont cédés à la France.
la frontière née du traité de Corbeil
Le Canigou depuis la borne d'en Gili (hauteurs d'Ille)
depuis la borne-frontière, le Canigou et le signe étrange figuré par la piste...
la borne-caillou créée par la nature... (photos J.P.Bonnel)
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Jeudi 29 octobre 2009
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paysagisme, balade, patrimoine
Cépages d'encre : écriture et rando
Samedi 7 novembre CASTANS (Aude)
RANDONNEE-ECRITURE- 4ème édition
Entre collines et forêts
Au pied du Pic de Nore
Les livres sont des chemins qui invitent à se perdre ... ou se retrouver. Marcher en compagnie d'auteurs et, au fil des pas, laisser dériver son imaginaire.
Taille du groupe : 12 personnes
- Horaires : 8h30/20h30
- Randonnée : environ 3 heures de marche. Difficultés moyennes
- Repas : casse-croûte midi amené par les participants, buffet dînatoire prévu par le Graal
- Participation : 25 €
- Renseignement/Inscriptions : 04 68 26 63 35 (Philippe) ou 04 68 91 84 15 (Cépages d'Encres) - Proposé par le GRAAL -Groupe de Randonnées et d’Aménagement d’Animations Locales-.Conçu et animé par Cépages d'Encres -Françoise Paran & Henry Migaud. Soutenu par la DRAC et le Conseil Régional A tout bientôt autour des mots
Dans l'attente, salutations souriantes
Françoise Paran et Henry Migaud
http://cepagesdencres.midiblogs.com/about.html
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Mercredi 28 octobre 2009
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littérature, balade
Promenade amoureuse et littéraire à BARCELONE, de Mac Orlan à Juàn Marcé
La nouvelle carte du Tendre de Barcelone
Les écrivains catalans actuels font vivre une ville moderne, métamorphosée, ripolinée, jusqu'à en perdre son charme et son pittoresque, mais faut-il regretter la misère et la prostitution du Barrio chino et les années noires du franquisme..? Les années 1939-1980..? Née en 1954, Ibarz Mercè nous plonge "Dans la ville en chantier" (éditions Tintablava, 2004) et Sergi Pamies, né en 1960, nous propose "Le grand roman de Barcelone" (éditions J.Chambon)
Revenons un instant à l'amour vénal et aux nostalgiques "Rues secrètes" de Pierre Mac Orlan (réédition 2009, chez Arléa). L'écrivain de la bohème montmartroise nous convie à un voyage littéraire dans les "quartiers réservés" de grandes villes d'Europe et d'Afrique, où grouille tout un monde marginal : "prostituées mélancoliques, légionnaires tendres ou voyoux (sic!) annonce la quatrième de couverture...
Le chapitre V est consacré au quartier chinois de Barcelone. Le narrateur est enthousiaste: "Barcelone est une ville d'aventures...La nuit y est parfumée au printemps comme une chanson d'amour...Une gigantesque ville de plaisir"... C'est, déjà, dans les années 1930, une "grande ville moderne"
L'écrivain saisit le caractère catalan de la cité maritime: "Le caractère maure et espagnol n'intervient pas..." sans arriver vraiment à la définir. Ce qu'il devine, c'est la fin des quartiers troubles qui longent la rambla descendant vers le port. Au moment où il écrit, l'ouverture de l'exposition européenne a entraîné une "prise de possession du barrio chino par un service d'ordre sévère. Cinquante ans plus tard, à l'occasion des Jeux olympiques de 1992, la ville fera peau neuve et le quartier des plaisirs sera censuré, occulté, rasé; n'en demeurent que quelques ruelles, entre le Raval et la statue de Colomb. Le sexe est désormais hors les murs, plus loin, ou dans les communications virtuelles. L'obscène est ce qui ne doit pas être montré, surtout pas aux peuples modernes qui viennent touristiquer dans cette vaste "auberge espagnole".
Mac Orlan est alors visionnaire : "Quand le Barrio Chino sera anéanti, comme le fut le Rytdyke d'Anvers, il y aura autre chose...qui sera tout aussi dangereux et tout aussi immoral que l'ancien quartier. Avant de changer de moeurs, il faut changer l'homme, et c'est une besogne qui me paraît beaucoup plus divine qu'humaine."
Ville du sexe, Barcelone est devenue, selon Sophie Savary (*), une ville glamour. L'auteur dresse une carte du tendre actuelle de "la ville des prodiges" qui, poursuivant le mythe littéraire né de la vie nocturne du quartier chinois, s'étend à d'autres quartiers. Montalbàn a écrit sur la destruction de la ville romantique, sulfureuse, aux odeurs fétides et sur la naissance d'une cité mercantile. Cette propreté apparente est aussi peinte, avec ironie, par E. Mendoza, dans "L'artiste des dames"... L'amour (et le sexe) habite-il toujours les romans contemporains barcelonais. Oui, répond Sophie Savary qui, citant amplement Juan Marsé ou C. R. ZAFON, montre que "le quartier du Raval est toujours conforme au mythe....
Mythe urbain qui détermine l'imaginaire amoureux de la ville..." Depuis l'espace-temps littéraire du quartier chinois inventé par Carco, vers 1920, et prolongé par Bataille, Jean Genêt et toute une littérature qui s'alimente au phénomène de la prostitution renforcée par la présence d'une flotte américaine dans le port catalan,le mythe a contaminé la ville entière.
Ainsi l'auteur de la thèse montre avec brio l'état amoureux actuel présent dans le quartier des Corts, à Vallvidrera, dans le Walden 7 moderniste de R.Bofil, ou sur la route de Castelldefels... mais timide sur le territoire du campus qui borde la Diagonal, ou dans les quartiers aisés de Pedralbes, de l'Avenue du Tibidabo, et dans l'Eixample, réservé aux amours autorisées...Au centre-ville, ce sont les bars et boîtes de nuit "qui conservent le potentiel de rencontre et de partage né dans les années de la movida 1970-80 (lire Francisco Casavella: El dia del watusi, 2003)
Les amoureux se retrouvent toujours au Parc Güell, au sommet du Carmelo et au parc du GUINARDO...Jusqu'à la montaña, refuge de la liberté. Les nouveaux lieux glamour se trouvent vers la mer, la Barcelonette, les plages réhabilitées sur six kilomètres, Barcelone prenant là des allures de Copacabana (lire MONTALBAN : L'homme de ma vie, 2001)...
(*) spécialisée en géolittérature et imaginaires urbains, elle a soutenu, en septembre 2005, une thèse "Imaginaires d'une ville : Barcelone par ses paysages" (Paris 1 - Panthéon-Sorbonne)
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Lundi 12 octobre 2009
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balade, littérature, Barcelone
Le canal de Perpignan (de Canohès à Thuir)
J'avais présenté, il y a quelques semaines, ma petite balade à pied, de Perpignan (à partir du parcage d'Auchan ou du Mas Bresson) en passant par les Pavillons, le Mas Gaffard jusqu'aux "Tilleuls" de Canohès (traversée de la route) Le canal de Perpignan, long de 30 km, appelé en Roussillon "Las Canals" a été creusé en 1425; il a été construit pour alimenter (en eau!) le Palais des Rois de Majorque (d'où son nom de "Canal royal") et les jardins de la plaine...
En vélo à présent, laissant la voiture sur le parking d'Intermarché, je reprends le canal, les ombrages, la petite piste couronnée de platanes. Attention, le chemin est parfois étroit et semé d'obstacles: les racines des arbres affleurent souvent...
Jusqu'au Château du Moulin, imposante propriété, la beauté est au rendez-vous; mais là, devant la maison de maître, il faut dévier et passer dans les champs:l'eau passe dans le domaine! Je pousserai jusqu'au Mas d'en Galline, rempli de serres, de pêchers et aux limites de Thuir, avec le mas Delrieux : ensuite, le canal passe sous la départementale 612 et s'éloigne de Thuir et se rapproche de Nefiach...Une autre fois.
l'ombrage des platanes, l'allée large et altière
demeurent de belles demeures
cylindres de foin qui prennent le frais près du canal: sont pas près de sécher... (photos J.Pierre Bonnel)
***légendes de photos à venir :
*la modernité a remplacé l'écluse ancienne
*l'eau creuse son cours entre roseaux et vignes
*le foin prisonnier près de l'herbe folle
*le chien cherche l'eau mais le canal est trop bas pour sa peur
*mas à Canohès, squatté, abîmé, qui mériterait d'être rénové
*La grille imposante du château du Moulin...
*Aux limites de Thuir
*des bornes (usées à présent) permettaient de ne pas éroder la margelle du pont de briques au-dessus du canal...
champs proches du canal, foins : le paysage catalan change, les vignobles disparaissent...
avant Thuir, le chemin aboutit au mas Delrieu, avant de bifurquer vers la départementale et mener au large de Néfiach, puis c'est Rodès, Prades...à suivre...
Écrit par cat le
Samedi 26 septembre 2009
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paysagisme, balade
Journées Walter Benjamin à Port-Bou, sept. 2009 et Joseph Roth à Paris
Colloque et manifestations à Port-Bou (centre CIVIC - +34 972 55 65 33) les 19, 25,26 et 27 septembre, pour le 69° anniversaire de la mort du philosophe allemand. contact : office de tourisme (+34.972.12.51.61) e-mail: portbou@ddgi.es et www.museuexili.cat
*PROGRAMME DE PORT-BOU (CONFéRENCES AU centre CIVIC)
1. Le vendredi 25 septembre, à 17 h: La culture juive allemande en exil - à 18h : Francesc ABAD, artiste visuel (video, performance...? - à 19h : W.Benjamin et le cinéma contemporain, par Angel QUINTANA (Université de Picardie)
2.Samedi 26, à 7h30, départ en bus (la mairie organise) pour Banyuls, et randonnée, passage de la frontière, de Banyuls à Port)-Bou. - à 17h, conférence de Carlos RUANO : Benjamin, exil et crise. - à 18h30 : video de Guillem VENTURA "Passatges"
3.dimanche 27 : à 10h30, au cimeière marin, sur la "tombe" de WB avec Jordi VEGA, maire de Port-BOU - à 11H, le projet du Centre Walter Benjamin-Port-Bou (on ne parle plus de "Fondation WB..?" (remarque de jpb) - à 12h : Jordi LLOVET : WB et le livre des passages.
*le 26, balade à Port-Bou autour de la symbolique du Mémorial, avec l'association Bla-BlART...
* pour lire d'autres auteurs juifs de la période 1933/40 : Carl Einstein qui se se suicide en je jetant dans le gave de Pau, S. Zweig qui se suicide en Amérique, Choleil Aleichem, Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature...Et Joseph Roth à qui le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme de Paris (3ème, 71 rue du Temple) consacre une exposition "J.R. l'exil à Paris" (jusqu'au 4 octobre et colloque: "colloque.josephroth@gmail.com ) Roth fuit l'Allemagne au même moment que Benjamin et va vivre à Paris, au quartier latin: lire La marche de Radetzky (1932), La fuite sans fin (1927) et Juifs en errance (Seuil, 2009)
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Vendredi 18 septembre 2009
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cinéma, photographie, balade, patrimoine, agenda culturel, actualité en Catalogne, littérature
Walter BENJAMIN chez BlablART
à la frontière, au col de Rumpissa, le panneau montrant le chemin ultime de Walter Benjamin, entre Banyuls et Port-Bou, a été brisé...Pourquoi?
ce qui reste, à terre...
L'association propose le vendredi 18 septembre, à 20h30, à l'atelier, 20 rue J.B.Lulli, à Perpignan, une soirée (gratuite) autour de W.Benjamin; invité par Blablart, j'y participerai : évocation des derniers jours du philosophe, de ses oeuvres, de la symbolique du Mémorial de Dany KARAVAN, avec projections de photos... (s'inscrire : blablart@yahoo.fr / www.bla-blart.com )
* LE 26, sortie à Port-Bou, autour des lieux hantés par W.Benjamin : la douane, l'auberge "de Francia", le cimetière... Pour ceux qui veulent faire la rando (traversée des Pyrénées), le matin, me contacter : 04.68.55.96.39.)
* quelques exemplaires de mon livre sur WB et Machado sont disponibles (Torcatis, Prades: maison de la presse, Céret: le cheval dans l'arbre, Fnac Perpignan...ou auprès de moi-même au prix de 12 euros, ou 14 port compris : 06.31.69.09.32)
* Ce livre, refondu et augmenté sera publié par CAP Béar éditions : sortie en octobre (pour souscrire: 14 euros, port compris: JPB. 7 route de Bages, 66180, Villeneuve de La Raho)
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Mardi 15 septembre 2009
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photographie, balade, agenda culturel, littérature
Perpignan : ma ville à moa ( l'hebdo Le POINT et Jean-Paul ALDUY)
Comme l'hebdomadaire "Le Point" de cette semaine (11/9/2009) a retenu le panégyrique* du maire de Perpignan et n'a pas retenu mon texte "A ma ville", je livre ma lettre ouverte aux lecteurs de ce blog...
*discours à la louange de sa cité
Ma ville à Moi
Ma ville à moi, elle est bedonnante de couleurs, de boutiques et de filles maillolesques. Je la connais par cœur, et par le corps. J'y suis né, un chaud matin d'été. Je la connais surtout par les yeux, et par les pieds: chaque jour, je la sillonne par ses ruelles historiques, je la visite lentement, oisif, quêteur de spectacles populaires, en attente de visages. Je sens qu'elle veut me dire qu'elle aussi me connaît et je l'entends murmurer dans la voix grave de ses pavés…
Je la préfère le matin, à la montée des lumières, depuis les teintes floues des heures indécises jusqu'au franc soleil de midi. Cette longue gradation, c'est un théâtre pour l'œil. Comme si, dans les globes oculaires, un petit bonhomme faisait l'ascension d'une échelle minuscule. Alors cette image de grenouille qui monte, qui monte, ce mot de grenouille se superpose à un autre vocable, de sonorité voisine: gargouille! En effet, ma ville, ma vieille cité catalane est le domaine des gargouilles, sans doute parce que, ici, les pluies, priées, espérées longuement, ne naissent que dans la violence la plus extrême et sont qualifiées de catastrophes. En fonte, en plomb, en terre ou faïencées, ces gargouilles à l'obscène béance ou à gueule de monstre, sont omniprésentes, à hauteur des pieds prudents du passant, dans le quartier de la Révolution française et dans l'architecturale rue Pams, qui, depuis la place Rigaud, mène à la déception d'un quartier Saint-Jacques inabouti, synonyme de peur et de ghetto.
Puis le regard s'élève, vers les façades ocres, les balcons ouvragés, mêlant le noir des fers forgés au rouge des géraniums. Et quand le visiteur rencontre les statues du sculpteur de Banyuls, il devient l'amant de la beauté avec la Vénus au collier de La Loge et tombe amoureux de l'idée avec la Méditerranée du patio municipal. Il peut alors avoir aussi une pensée pour ces fantômes de bronze, qui, naguère, hantèrent les jardins et les vestibules du Palais des Rois de Majorque, et ne songent qu'à y revenir. Enfin si l'art et le hasard vous conduit jusqu'au musée Rigaud, vous vous dites que cette ville vous mieux qu'un hôtel étriqué et que Hyacinthe -en dépit de son statut de peintre officiel pour un monarque centralisateur- pourrait amplement devenir le symbole de la cité catalane…
Les habitants de ma ville ont la rue des épices, des fromages, des poissons, des olives et des anchois; ils apprécient la libération des avenues, rêvent à des ramblas conviviales et piétonnières, à une danse urbaine permanente, entre mer et neige, marinade et tramontane, gargal et sirocco. Ils veulent aussi reconquérir l'ancienne bibliothèque aux tableaux pompiers, au faste désuet, à l'inattendue trouée lumineuse de sa cour intérieure: l'intelligence et la connaissance s'y concentraient mieux que dans la récente machinerie sans âme. Pour l'instant, le peuple de ma ville se contente de l'anguille, abrupte comme la montée du Carlite. Il se plaît dans la rue de la farine, où discourt l'énergie, dans l'anachronique rue des amandiers,; il ose la fébrilité des commerces en empruntant la fusterie, l'argenterie, l'ange, la rue Saint-Jean, la rue Louis-Blanc, pour aboutir à la nostalgie des remparts, résumés à la fierté du Castillet. Enfin, plus intime, voici les fabriques-couvertes, galerie de linges et de laideur, que les bodegas, avec patience, arrivent à idéaliser…
Le but de la matinée, c'est l'attente du soleil sur les étals du marché République, le jeu de ses rayons obliques dans les venelles qui bordent les places stratégiques du centre- ville: celles des Poilus et de la Cathédrale, enserrées par de hauts immeubles en cayroux, et celle, plus ouverte, avec la perspective des quais et, tout au bout de la Basse, là-bas, l'échappée vers le Canigou blanc et massif.
Durant le lent établissement du zénith, tout est possible dans la ville encore fraîche du matin; ensuite, ce sera trop tard, le spectacle n'est plus vivant et la population se retire derrière ses murs épais, ses persiennes jalouses, ses volets égoïstes; la ville se terre alors dans le silence de la sieste, dans le mutisme du bonheur ou dans l'omerta des troubles travaux ...La ville meurt alors de la pesante chaleur de l'après-midi: on ne peut imaginer que la nuit s'ouvrira au farniente des cafés, des terrasses et des lieux culturels.
Mais le basculement du jour dans l'âpreté de l'après-midi, jusqu'aux périples de la nuit, cela m'indiffère: je ne désire vivre que les matins, les rencontres sur un marché aux fleurs, aux fruits, aux ambiances catalanes, sur un marché qu'on voudrait totalement en plein air, même si les temps poussent à se couvrir, à se prémunir, à tirer la couverture à soi. Vivre les couleurs matinales d'un sud extrême, susciter les paroles autour des titres du quotidien local, commenter la silhouette d'un élu qui fait son tour de ville, muni de mains et de bons mots.
Je l'aime, ma ville, car elle est le contraire de la limite; elle n'est, en rien, une ville frontière; n'est pas le sud de la France ni le nord de l'Espagne; pas la fin de l'Europe, ni le début de l'Afrique; pas la vérité au-delà des Pyrénées, ni le mensonge en- deçà. Elle est passage, brassage, carrefour, de peuples et de civilisations. Faite de sédiments matériels et psychologiques, elle constitue un vaste palimpseste. Elle est, sans doute, une faille, une éternelle blessure, mais elle est riche de ses faiblesses mêmes, des incessantes immigrations, de l'irrédentisme gitan et de la fatuité maghrébine.
Face à ces incursions, à ce cosmopolitisme permanent, le cœur catalan de la ville s'épuise, se ramasse en ses fêtes fraternelles et ses manifestations culturelles, en rêvant d'une improbable unité de corps et d'esprit. Je l'aime ma ville, la mauresque, l'andalouse, l'espagnole, la catalane, malgré ses velléités d'ouverture et ses tentations de repli, car elle est tout cela, le monde bigarré, le refuge des exilés, l'habitation des étrangers, l'éternelle forteresse à conquérir. Je l'aime, ma ville à la forte personnalité, car elle est faible avant tout. A l'image de l'homme.
Perpignan, je t'aime, ville humaine!
* texte lu par Lambert Wilson, le 7/7/2000, au Campo Santo de Perpignan, à l’occasion du spectacle des « Estivales » : Lettres à ma ville, spectacle conçu par Carmen Maura, Jean-Louis Trintignant et L.Wilson.
*Texte publié par les Editions de l'Agence, octobre 2002, 23 euros. (pages 98 et 99)
*Texte repris dans le recueil de J.Pierre Bonnel : CATALOGNARTS, Les Presses littéraires, avril 2006, 15 euros. (pages 111 et 112)
Écrit par cat le
Vendredi 11 septembre 2009
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balade, patrimoine, littérature
AIXPOSITION (4) abécédaire Picasso/Cézanne
A : Abstraction, rare chez Picasso, mais dans L’Amitié (Moscou, 1918)
B : les 5 baigneuses de Cézanne (1877) sont d’abord achetées par Matisse puis par Vollard en 1899.
C : Cézanne au feutre, au chapeau écossais.
Couleur : Picasso la réinvente à la fin de sa vie, avec Jacqueline Roque, à Vallauris. Ainsi Le Matador (1970), dans son habit de rouge lumière, son sexe d’épée blanche, ses escarpins de danseur homosexuel, sa double tête de Janus attardé, de pas fini, seulement apte à tuer, à toréer. Le matador est beau et bête, tel est le message de cet amoureux des corridas, aimée car elle est nostalgie de l’andalou pays, Espagne des profondeurs sudistes, des gorges de Ronda, de la ronde des arènes. Peinture tirée du toréador, du fonds de commerce
F : Fanny, la servante du Jas de Bouffan, « belle comme un homme », grand amour de Cézanne- tableau de 1885, lire Pierre Daix : « Une maîtresse pour l’éternité ».
G : GOSOL, été 1906 ; le petit hameau du CADI est représenté par une mine de plomb (col. particulière) et par une étude pour le réservoir de H de E. (col. part. encore, les bienheureux !)
H : à Horta de Ebro, durant l’été 1909, Picasso affirme le cubisme analytique. Défaut de l’expo, ici : les commentaires sont décalés, soit loin de l’œuvre exposée, soit parlant d’un personnage qui n’est pas montré ; par exemple, Fernande à Horta : on parle de son visage gonflé, mais où est la toile.. ?
H : Peter Handke, écriture vagabonde, réflexion assez superficielle, déception pour tout dire à la lecture de « La leçon de la Sainte-Victoire.
M : la mer est solide comme une pierre, veut dire Picasso en tapant dans la paume de sa main.
M : Musée : lumière rose, pour la cour et les fenêtres, et bleue, dans le pointillisme des nuages blancs, dans ce patio du musée Granet d’Aix.
O : Le livre d’or de l’expo n’est plus un jardin des Hespérides, mais un recueil de clichés, de formules répétitives, mimétiques « belle expo », « mercie » (sic) beaucoup ». Livre gâche-papier…
P : Paysages, Cézanne les définit ainsi : « Tout dans la nature se modèle selon la sphère, le cône et le cylindre. Il faut apprendre à peindre sur ces figures simples, on pourra ensuite faire ce qu’on voudra. »
P : « Je fais tous les jours des progrès et c’est là l’essentiel. » Cézanne.
P : Paul, le fils de Cézanne comme le père et Paulo, le fils aîné eu avec Olga KOKLOVA, et Paul, comme Pablo.
Perro, le chien. Son prénom et nom commun en castillan.
Picador : son premier tableau, daté de 1889.
R : Jaqueline Roque dans un magnifique tableau bleu, représentée en poupée naïve, avec grosse tête, yeux énormes de Pythie, cils et cheveux noirs (1964, col. Part.)
S : Sexe : après la lecture d’un tableau de PICASSEZANNE, que le corps, même beau d’une femme, est peu désirable ! , car fait de peau et de poils, de pubis et d’aisselles, de ripes et de pieds paquets, de graisse et de trous ! J’en suis désormais conscient après avoir vu l’épure de la toile, avoir goûté à l’eau douce des aquarelles, à l’amertume du sang des pommes et des grenades du compotier du Jas de B. Même le triangle doux du cul et le cri aigu de son seXe de plaisir n’est plus qu’un V de viande, qu’un morceau de venaison. V : Victoire, vulve, période verte de Vauvenargues.
Scénographie : belle, quand un angle , sur fond noir, de la salle, permet de mettre en évidence la période verte ; de même, les textes sur une noire géométrie, mais commentaire ridicule quand il évoque la baigneuse qui serait une représentation cachée de la montagne ; cette femme qui se baigne est peut-être une nonne, une sainte…
T : Toréador : fonds de commerce de l’Espagne franquiste, tréfonds de la péninsule souillée par l’ascension des troupes coloniales. La corrida est belle car course de la vie du soleil, mais laide car mort du soleil après son tour de manège, et bête comme la bête qu’on a dressée à baisser la tête, dressée à mourir. Picasso rêvait mieux, d’une Espagne qui relevât sa cabeza. Dire qu’il n’acheta le château que pour se reposer à mi-chemin de la Côte d’Azur et du Languedoc pour camper dans la demeure et repartir vers les villes taurines…
V : la montagne comme une mer et ce trait du dessin, vol d’hirondelle, représentant, en fait, le sexe épais de deux femmes nues, debout. Le 24.4.1959, Picasso médite devant ses toiles dans l’atelier de V (photo de DDD : David Douglas Duncàn), et vous, vous avez beau, vous avez beau noter des V et méditer, il n’en sort rien. Le Vide, la Véracité de la mort, « ce qui nous intéresse, c’est le drame de l’homme. Le reste est faux », dit Picasso.
Écrit par cat le
Dimanche 6 septembre 2009
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balade, peinture
Pyrénées-Orientales : le bus à un euro et les paysages de Céret (au MAMOC)
En tant que blogueur, à l'absolu liberté (indépendant des pouvoirs politiques et de l'argent de la pub), je peux critiquer tous azimuts, la municipalité de Perpignan, par exemple, quand elle a, parmi ses élus, des gens d'extrême-droite, ou le conseil général (se reporter aux articles sur Paulilles). Mais je peux aussi dire tout le bien que je pense de l'action culturelle de Perpignan (théâtre, Visa, les jeudis...) et proclamer aussi que l'idée du bus à un euro est magnifique..!
J'ai donc voulu expérimenter la chose et suis partit à l'aventure; à partir de la gare routière, écrasée par l'imposant chantier du "Nouvel théâtre", j'ai fait la queue avec la foule qui se rendait à Céret. Des individus, solitaires le plus souvent, de catégories sociales modestes, en apparence et beaucoup de jeunes, lycéens ou étudiants. Je retrouvais le peuple, la foule des transports en commun, mais pas des paysans avec leurs poules ou leur mouton, comme dans les pays en développement...et puis le car est confortable, propre, comme neuf. Nous étions 25 à l'aller et à peine la moitié au retour (à 18h45 place du toréador, à Céret), ce qui amortit à peine le coût du gazoil; le chauffeur, l'autoroute, l'entretien du bus...est à la charge du CG66, donc de nos portefeuilles... Le voyage se passa sans encombre, dans le silence absolu; seul défaut, le retard pris par le bus, en raison des difficultés de circulation: 15 minutes au retour. Ce moyen de locomotion n'est pas fait pour les gens pressés, les individus sérieux, tels ces décideurs qui ont des rendez-vous, ou ces responsables qui n'ont pas que le paysage à regarder...
Le paysage, justement, parlons-en! Je suis allé revoir l'expo de l'été au MAMOC (Musée d'art moderne de Céret) "paysages sublimés". De la hauteur de l'autobus, j'ai pu voir des champs ou des vignes jamais aperçus depuis la position basse de la voiture de base. Le bus à un euro a "sublimé" le paysage de la plaine du Roussillon: il l'a rendu plus beau en offrant une vision plus large et panoramique. Outre que le bus, c'est "clean et clim" et que c'est une thérapie (on ne peut fumer pendant une heure, de Perpignan à Céret), ce trajet collectif prépare bien à la visite des paysages peints du musée d'art moderne.
Dès que vous arrivez au centre de Céret, sur ce boulevard coiffé de hauts platanes, à l'entrée du MAMOC, c'est la nuit qui s'abat sur vous. Il faut vite aller vers les lumières du musée. Mais déception encore une fois: l'expo ne vaut que par les tableaux montrés, non par la scénographie, l'agencement thématique, la progression chronologique ou le discours pédagogique. Rien n'est écrit, pas un mot sur les murs, aucun discours scientifique! Que comprend le touriste de base? Qui est Herbin? Pourquoi Krémègne est-il venu à Ceret..? Après les belles salles consacrées à Soutine et Herbin, pourquoi reprend-on d'autres toiles de ces artistes, à des dates différentes? Pour montrer le passage du temps et l'évolution du paysage comme le montre naïvement l'installation photographique du tableau immobile au milieu d'images mobiles montrant le parking des Tins à différents moments de la journée..? Le promeneur n'apprend rien, ne peut rien lire sur les cimaises: il n'a qu'à acheter le catalogue! Mais il se régale des trois premières salles; mais deux pauvres "études" de Picasso, des inédits "petits" de Max Jacob, le réalisme -non la sublimation- chez Terrus, Bausil et Manolo, et après les images (là, c'est vrai) transfigurées de Chaïm Soutin, le retour à la platitude avec Pierre Brune et les variations autours de son cher Castellas. Jean Capdeville vous réveille tout de même avec sa vision des ponts et la blancheur froide de l'écume de la rivière du Tech chargée d'eaux neigeuses...Avec Bioulès, enfin, ni la forme ni la couleur ne vous prend; ses platanes banals semblent avoir changé de place, depuis le vernissage, dans le grand escalier, et Le Canigou (2006) est devenu "un don du Conseil général", dit le cartel, alors que la toile était auparavant accrochée dans le bureau du Président C. Bourquin, au conseil général. Drôles d'histoires de peintures, paysages politiques qu'il s'agirait là de "sublimer"...
